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Rapt – Les albinos vivent dans la terreur

Fidisoa Fanampiana recherche de la protection pour sa famille.

Pour une grande première, Madagascar a célébré la journée de sensibilisation à l’albinisme. Le droit à la protection des enfants atteints d’albinisme a été mis en avant, hier à Tolagnaro, durant la célébration.

Fidisoa Fanampiana, père de deux enfants albinos, et sa petite famille, ne dorment plus chez eux, depuis plus d’un mois. Ils craignent le retour des malfaiteurs qui sont entrés par effraction chez eux, en pleine nuit, pour enlever leurs deux enfants, le 29 avril. « à minuit, huit hommes et femmes sont entrés chez nous. Ils ont pris de force dans les bras de ma femme, notre petit dernier, âgé de 1 an, en la rouant de coup. Notre fille de 4 ans, elle aussi albinos, leur a échappé, car elle a été cachée sous le lit. », raconte ce père de famille qui vit dans la ville d’Ambovombe, hier. C’est à Berenty, à trente kilomètres de chez eux, le 30 avril vers la fin d’après-midi, que l’enfant a été retrouvé. Ses ravisseurs l’ont jeté par terre, suite à la poursuite des forces de l’ordre. L’enfant en est sorti traumatisé. « Il a été très tourmenté par son rapt. Depuis, il est très anxieux. », confie son père, qui réclame une protection maximale des enfants albinos.

Un autre enfant albinos, David, qui a, également, échappé aux ravisseurs, témoigne qu’il a été enlevé pour être vendu pour des centaines de milliers d’ariary, au mois de mars de l’an 2021. C’est une commerçante, chez qui il a travaillé et qu’il a considérée comme sa deuxième mère, qui a préparé le coup. Deux cas sur cinq enlèvements auraient été concoctés par des proches des victimes.

« Elle m’a piégé. Elle m’a dit qu’on allait à Toliara pour faire des achats. Ce qui m’étonnait, c’est qu’on ne voyageait que de nuit. Le jour, j’étais enfermé dans une maison. Puis, au téléphone, ses interlocuteurs lui demandaient si la marchandise était prête. C’était moi, en fait, la marchandise. Une nuit, alors qu’on était à Tongobolo, il y avait des véhicules tout terrain sur la route. On m’avait fait descendre du véhicule dans lequel j’ai voyagé, depuis Ambovombe. Puis, on m’avait obligé à entrer dans le 4*4. J’ai refusé. Le chauffeur m’a alors battu. J’ai appelé au secours et pris la fuite. J’ai frappé à la porte d’une maison. Le propriétaire de cette maison a appelé les forces de l’ordre qui sont venues me récupérer. », témoigne-t-il. Cet albinos de 14 ans souffrait, lui aussi, de traumatisme psychique. Il n’était pas sorti de chez lui pendant plusieurs jours, après son rapt. Il ne mangeait pas. Il a dû changer de ville et de tuteur, pour retrouver la sérénité.

Sentiment d’insécurité

Angelo, (nom d’emprunt) un troisième enfant relâché par les ravisseurs, a été séquestré durant cinq jours. Il a été enlevé dans son quartier, à Lahinirano, un quartier de Tolagnaro, le 29 octobre et n’a été retrouvé que le 2 septembre. Il a pu s’évader de son lieu de séquestration. Comme les deux autres enfants albinos enlevés, Angelo souffre encore des séquelles de son enlèvement. Il a peur de discuter avec des personnes qui lui sont étrangères, de peur qu’on l’enlève à nouveau. Il n’est pas encore rétabli émotionnellement, de l’agression qu’il a subie au mois d’octobre. « On m’a battu et terrorisé avec des couteaux, pendant mon enlèvement. Ils ont dit qu’ils allaient nous tuer. », raconte-t-il, la tête entre ses deux mains.

Alors que ces trois enfants ont pu s’échapper des mains de leurs ravisseurs, sains et saufs, un enfant de 12 ans, enlevé par des malfaiteurs chez elle, reste introuvable, comme le témoigne son père. « Cela fait deux mois que mon enfant a disparu. Je vous implore de m’aider à la retrouver », s’est il adressé aux autorités. Un autre a été relâché, à Betroka, après que les malfaiteurs ont arraché ses yeux. Un autre a été tué.

Le sentiment d’insécurité et de peur rythme chaque jour la vie des albinos et leurs familles. « Ma fille ne quitte plus notre maison, toute seule. Elle demande à se faire accompagner, tout le temps. Pour aller à l’école, elle se fait accompagner par son oncle à moto. Mais même à la maison, nous sommes effrayés. Une fois que la lumière est éteinte, nous craignons que des personnes débarquent pour prendre notre fille », lance Elvine, une fonctionnaire qui vit à Ambovombe Androy. Des parents d’enfants albinos sont allés jusqu’à implorer à des hauts responsables étatiques de prendre leurs enfants, car ils ne « peuvent plus assurer leur sécurité ».

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