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Chronique

Les Jésuites et la royale fatalité

C’est dans la discrétion d’une maison d’Ambohitsorohitra, mise à disposition par Jean Laborde, que Marc Finaz célèbre clandestinement la première messe à Antananarivo, le 8 juillet 1855. Les missionnaires chrétiens ayant été expulsés par Ranavalona en 1835, le prêtre jésuite débarqua à la capitale en se faisant passer pour le secrétaire du commerçant Lambert. Il réussit à y séjourner durant deux ans (13 juin 1855 au 18 juillet 1857) en portant le nom de sa mère, Hervier, ne se faisant expulser qu’après la découverte du complot qui devait mettre le prince Rakoto sur le trône, à la place de sa mère.

Le Jésuite Joseph Webber, parvenu également à la capitale en octobre 1856 comme assistant du docteur Milhet de Fontarbie, mandé depuis Bourbon pour une opération chirurgicale, sut de son côté se rendre indispensable, échappant à la mesure générale d’expulsion des Jean Laborde, Lambert, Finaz alias Hervier ou de l’exploratrice Ida Pfeiffer. Resté à Madagascar, Joseph Webber fut l’un des premiers auprès du futur Radama II, dès le 23 septembre 1861.

Après la mort de Ranavalona, en août 1861, Rakoto devint effectivement Radama II. Le matin de son couronnement, le 23 septembre 1862, le Jésuite Louis Jouen tint à bénir la couronne royale. Par un décret du 1er asombola 1862, Radama II nomma Marc Finaz comme son aumônier et celui de son épouse, la future reine Rasoherina (cf. Raymond Delval, «Radama II prince de la Renaissance malgache», éditions de l’École, 1972).

N’était-ce l’avance prise depuis 1820 par les missionnaires britanniques de la London Missionary Society, qui réussirent à traduire la Bible en malgache dès 1835, les Jésuites auraient été bien près de refaire le «coup» de François de La Chaize (dont le nom, orthographié Lachaise, restera au célèbre cimetière parisien bâti sur le site d’une ancienne propriété des Jésuites), qui fut 34 ans durant (1675-1709) confesseur du roi Louis XIV. Mais, en auraient-ils eu l’intention que Marc Finaz, Joseph Webber et Louis Jouen se seraient heurtés à la volonté royale d’anglicaniser en quelque sorte une église malgache autonome, organisée autour de son propre temple «Tranovato» au Rova (cf. Françoise Raison-Jourde, «Bible et pouvoir à Madagascar. Invention d’une identité chrétienne et construction de l’État», Karthala, 1991).

Bannis des possessions portugaises (1759), supprimés en France (1764) et dans les colonies espagnoles (1767) avant que le Pape Clément XIV ne dissolve leur compagnie (1773), les Jésuites furent accueillis par Frédéric II dit Le Grand. C’est même à Breslau que, trois ans après le Bref du pape Clément XIV, fut prononcée l’oraison funèbre de Lorenzo Ricci, le dernier Supérieur Général de la Compagnie, par des anciens Jésuites réfugiés chez le roi de Prusse.

Aumônier des rois de France depuis Henri IV, réfuteur de Machiavel (Antonio Possevino, 1592), pédagogue du roi de Pologne Ladislas IV (1632), confesseur du roi d’Espagne à partir de 1701, les Jésuites n’ont pas usurpé le surnom de «Confesseurs des princes». Quand le Jésuite Luis Mariano parvint auprès du roi antanosy Tsiambany, en 1613, il prit Andria-Ramaka, le prince héritier, pour le faire éduquer à Goa (Inde) et l’y faire baptiser. Revenu au pays, celui-ci héritera comme prévu du trône, mais ne put servir longtemps les desseins «AMDG», étant tué par Flacourt en 1651. Près de deux siècles plus tard, ayant acquis le «monopole» de la Mission dans les îles adjacentes et à Madagascar, les Jésuites s’implantèrent à Nosy-Be. Les deux premiers Jésuites malgaches, Basilide Rahidy (1839-1883) et Venance Manifatra (1862-1926), respectivement fils et petit-fils du roi Linta, étaient tous les deux natifs de NosyBe, avant de faire des études à La Réunion (anciennement Bourbon) et en France, et d’exercer à Antananarivo.

Arrivé à Antananarivo le 14 août 1864, pour en repartir définitivement le 30 mai 1883, à la veille de la première guerre franco-malgache, le Jésuite François Callet (1822- 1885) fut curé à Ambohimanga (16 janvier 1876 au 18 juillet 1881) avant de parcourir les «lafivalo» de l’Imerina. Mais, en 1867-1868, il avait commencé par être le précepteur du prince Ratahiry, neveu et fils adoptif de la reine Rasoherina. C’est donc presque par une fatalité naturelle aux Jésuites que Callet donna à son recueil des traditions orales d’Imerina le nom de «Tantara ny Andriana», la saga des Rois.

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