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Chronique

Morceau d’architecture et pan d’histoire

Au banal carrefour d’Ambanidia Ambatoroka, se tient un(e) Trano Gasy, dont les propriétaires ont su préserver l’angle caractéristique du pignon, hérité des Trano Kotona et des Tranobe du règne de Ranavalona 1ère (1828-1861).

Le plan, dit «sokera» de la Trano Gasy, trahit l’origine britannique de ceux qui ont greffé une aile sur l’antique «Trano Kotona». Une première audace architectu­rale, dès le règne de Rasoherina (1863- 1868), qu’amplifiera l’abandon par édit de Ranavalona II en 1868, de l’exclusivité du bois dans la construction, permettant l’édification de murs en briques cuites, continuant à la verticale le «volontany» horizontal de nos sols ferrallitiques.

Reproduites en de centaines d’exemp­laires, et de variantes, d’abord dans la ville d’Antananarivo, elle allait devenir emblématique des paysages de l’Imerina et des Hautes Terres centrales Betsileo et Sihanaka, depuis le dernier tiers du XIXème siècle.

Sur la photo, on embrasse en une seule fois trois maux qui corrompent l’environnement des Trano Gasy, dans la Capitale mais également dans toutes les grandes agglomérations.

Les anciennes Trano Gasy alentours ont cédé la place à des constructions au style architectural anonyme, sans identité. Faute d’une réglementation qui classe et préserve ce style Trano Gasy, les proprié­taires continueront de dénaturer un syncré­tisme architectural heureux, consacré «traditionnel» malgré sa relative jeunesse de 150 ans.

En face de la Mairie d’arrondissement, édifiée par l’État dans une architecture sans relief, d’énormes panneaux publici­taires gâchent le paysage en cachant la Trano Gasy. Ailleurs dans la ville d’Antana­narivo (comme à Ankaditapaka-Ambato­mitsangana), ces verrues métalliques ont pu être déplacées ouvrant les Trano Gasy sur la rue, et invitant la population à se les approprier du regard.

Faisant partie du «mobilier urbain», les fils électriques et téléphoniques tressent dans le ciel un improbable perchoir sur lesquels trônent les derniers cardinaux rouges, «fodilahimena», autres représen­tants d’une image carte postale.

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