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L’Indispensable abominable hypocrisie

La vulgarisation des masques, qui donnent, à la ville, les couleurs visibles de la crise sanitaire mondiale, n’a pas pour autant éradiquer l’aversion universelle que nous inspire un costume, un déguisement inusable qu’on porte tous, au moins cent fois (et c’est encore trop peu), au cours de notre vie. Ce masque immanquable, bien que totalement invisible, fait partie de l’apparat traditionnel de l’être humain, « animal politique » selon Aristote, contraint par sa nature à la vie en société. Et c’est cette existence, inimaginable sans la présence d’autrui, qui nous couvre de la tenue de l’hypocrisie avec laquelle on entretient tous une relation ambivalente qui vacille entre sa nécessité et le dégoût qui émane d’elle.

L’hypocrisie est peut-être le mot qui est, comme dans la vie réelle (ou virtuelle) souillée par l’omniprésence de sa signature, le plus usité quand on énumère ce qu’on déteste, c’est un grand classique des fiches de renseignement et de nos vieux cahiers de souvenirs dans lesquels elle tient toujours le rôle de la méchante, honnie de tous. Ce qui ne nous empêche pas de l’appeler à l’aide, de la prendre comme alliée indispensable quand nous sommes acculés dans les circonstances de la vie, comme souvent dans les relations sociales où on dit rarement ce qu’on pense vraiment, et où la franchise et l’honnêteté seraient plus nuisibles qu’utiles.

La tentation de détourner la citation du Christ pour dire « celui qui n’a jamais été hypocrite jette à Tartuffe la première pierre » est alors forte. Si dans la pièce de Molière Tartuffe ou l’Imposteur (1669), on plaint Orgon, victime de l’hypocrite Tartuffe qui, usant de son masque de faux dévot, conquit le cœur du pauvre homme, on mérite tous, « presque » sans exception, de recevoir ces reproches que Cléante envoie à Orgon: « Hé quoi? vous ne ferez nulle distinction/ Entre l’hypocrisie et la dévotion? / Vous les voulez traiter d’un semblable langage, / Et rendre même honneur au masque qu’au visage, /Égaler l’artifice à la sincérité, /Confondre l’apparence avec la vérité, /Estimer le fantôme autant que la personne, /Et la fausse monnaie à l’égal de la bonne? »

On déteste à l’unanimité l’hypocrisie. Qui ne serait pas écœuré par les méthodes du Renard de la fable d’Ésope Le Corbeau et le Renard? Et cependant elle s’accroche à nous et continue de peser sur l’air qui gouverne nos différentes interactions avec nos semblables qui se nourrissent d’elle. L’odeur qu’elle dégage est-elle alors nauséabonde comme le feraient croire les forts préjugés qui pèsent sur elle ou est-elle nécessaire à la vie de la société qui ne survivrait pas si on était tous, et en tout temps, honnêtes (Cf. La Fable des abeilles de B. Mandeville)?

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