Notes du passé

Le mystère autour du nom Andriamisara

Les maitres de la terre.

«Andriamisara a beaucoup œuvré à la constitution d’un nouveau royaume dans le Boina. Grâce à son savoir et à ses travaux, et non pas par ses origines, il est devenu l’égal des ancêtres royaux, Zanahary, auxquels on rend un culte, les souverains fondateurs du Boina. Son prestige est tel qu’une querelle a surgi pour la possession de ses reliques et le doany est séparé en deux. » C’est ce qu’écrit Suzy Ramamonjisoa, académicienne, psychosociologue, dans la revue Omaly sy Anio N°3 et 4 de 1976.
Elle résume trois questions qui permettent d’appréhender le sujet. Combien d’Andriamisara y a-t-il dans l’histoire de Madagas­car? À quels évènements se trouvent lier le nom d’Andria­misara? Quels sont ses origines, ses ancêtres et sa place dans le pouvoir politique sakalava ?

Expliquant le terme misara, Suzy Ramamonjisoa en trouve plusieurs significations en sakalava. D’abord, le mot signifie pourvoir parce qu’un misara est quelqu’un qui décide, qui tranche, qui partage. Il veut dire ensuite le savoir, concernant l’avenir. Les misara sont des devins, mpanandro ou mpisikidy qui prédisent l’avenir. Le mot contient enfin une idée de prix, sara comme dans l’expression misara aody pour «acheter des charmes ». D’après la psychosociologue, Rusillon et le dictionnaire Richardson confirment cette acception. Ce dernier soutient même que c’est le swahili msahahara, wage (salaire, prix) qui est à la source de cette formule.
Poursuivant son explication, l’auteure de la critique indique qu’en sakalava toujours, si l’on s’en tient aux traditions orales, les misara sont des personnes qui vont et viennent, offrant leurs services çà et là, aidant les chefs et les rois qui veulent bien les employer. « Ils vendent des charmes et des médicaments, fanafody, et ils mettent leur savoir divinatoire (astrologie, lecture de l’avenir par les graines ou par d’autres méthodes…) au service du pouvoir politique. »

La plupart du temps, ils sont considérés comme possesseurs d’un savoir étranger (vahiny), arabisé (silamo), souvent venu du Sud, « ce qui en ferait un savoir hérité des Antemoro ». Toujours selon Suzy Ramamonjisoa, dans l’histoire de Madagascar, ce fait se rencontre souvent. Depuis l’époque des Vazimba, ces sages, olon-kendry, apportent leurs conseils aux chefs politiques. On sait, par exemple, qu’Andrianampoini­merina fait appel à ces sages venus de régions hors de l’Imerina, pour l’aider dans la conduite de son royaume. Les Tsimihety relatent que leur groupe, lors de son expansion hors de ses frontières originelles, ont eu des mpanazary, des prophètes de
guerre, d’après Bira Marc. L’un d’eux, Rombia, est particulièrement célèbre et ils affirment qu’il est venu de Mayotte.
Les traditions orales de tout le territoire sakalava, poursuit Suzy Ramamonjisoa, font état de ce savoir arabisé et étranger utilisé au profit du pouvoir. Les maitres de la terre Mananadabo, au bord de la Betsiboka, dit-elle, relatent qu’ils ont commandé toutes les populations alentours, avant l’arrivée des rois venant du Menabe. Et que « c’est par une tromperie (fitaka) des arabisés que ces derniers auraient obtenu le pouvoir : les arabisés auraient d’abord épousé les filles des Mananadabo, avant de se montrer ouvertement partisans des rois sakalava. Les moasy, mpimasy, olon-kendry, etc., ont donc été de proches collaborateurs du pouvoir royal ».

La psychosociologue donne d’autres traductions du mot misara, comme celles données par le dictionnaire swahili-french
élaboré par Sarcleux : signe, signal, indice, signe remarquable voire prodige, signe dont on peut tirer un pronostic, bon ou mauvais signe, divination.

Pour terminer le chapitre sur les « acceptions du mot misara », Suzy Ramamonjisoa signale que le terme makoa dans le Boina signifie « étranger de l’Ouest au-delà de la mer » et que tout ce qui vient du continent africain est ainsi considéré comme makoa. C’est ainsi, précise l’auteure, que les utilisations des termes makoa et silamo sont souvent étroitement confondues et font état de toutes les traditions culturelles ou intellectuelles considérées comme étrangères puisque venues d’outre-Canal de Mozambique.
« Les apports étrangers eurent une part importante et souvent, c’est le savoir ainsi véhiculé qui trancha des querelles concernant les lois de succession au trône lors d’oppositions entre maitres de la terre et étrangers. »

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