Chronique de Vanf

Crasse endémique

Hier, je vous parlais de cette pollution sonore continuelle. Aujourd’hui, j’ai retrouvé une vieille Chronique de 2006 : oui, treize ans déjà. Mais, comme nous en avons désormais pris l’habitude, rien n’a changé. Sinon, en pire. Les enfants nés en 2006 ont maintenant l’âge de mon fils et ils naviguent tous aux alentours de la classe de Cinquième. Une autre « génération sacrifiée » qui n’aura connu de leur Madagascar que cette crasse permanente : rigoles suspectes sur la chaussée, odeurs pestilentielles au pied de chaque poteau, mains crasseuses de hordes de mendiants ou de « mpanera ». Nous nous demandons toujours ce que pensent de notre pays les premiers touristes du million promis depuis trop longtemps. Inquiétons-nous également du ressenti de nos enfants, de l’image qu’ils vont garder de Madagascar, de leur possible honte à s’en réclamer une fois qu’ils auraient vu l’ordre simplement normal d’un autre pays, la propreté tellement banale d’une société d’humains qui se respectent, la banalité ordinaire de services publics qui fonctionnent tout bêtement. Gardons-nous qu’ils se disent qu’il y a une vie au-delà de Madagascar.

(2006 : Retour vers le Futur). Une arbovirose mystérieuse au port de Toamasina, la peste à Manjakandriana, un container arraisonné à Ambohimangakely : la Route Nationale 2 est à l’honneur douteux. L’intensification des échanges par la route de l’Est, vers l’Océan Indien, a sans doute déjà emmené sur les hautes terres le virus du « général Tazo » qui ne semble pas endémiques à ces altitudes proverbialement plus saines pour les fragiles Européens qui débarquaient au XIXème siècle. Les « douze collines » d’ordures, qui ponctuent désormais chaque détour dans la ville d’Antananarivo, devraient être sanctionnées par l’apparition inéluctable d’un fléau moyenâgeux, la peste, qu’on nous annonce pourtant seulement à une cinquantaine de kilomètres de la Capitale. Beaucoup plus près, parce qu’Ambohimangakely c’est tout de même déjà les faubourgs de la ville d’Antananarivo, des bandits de grand chemin détournent un camion et sa cargaison de Paracétamol : on avait davantage l’habitude de récits, presque exotiques, de lointaines attaques à main armée dans le Sud profond ou dans le no man’s land du Moyen-Ouest.

De quoi s’agit-il exactement à Toamasina ? La deuxième ville du pays est frappée par un mal dont le Gouvernement éprouve bien de difficultés à nous expliquer la vraie nature. Il ne s’agirait pas (encore ?) de Chikungunya , mais ce serait également pourtant une arbovirose. Alors, aurions-nous développé une pathologie inédite, endémique comme les Lémuriens, une exception supplémentaire ? Le Gouvernement communique toujours aussi maladroitement et la psychose risque de s’installer. On nous annonce le renfort de militaires français pour combattre les moustiques : l’ironie est donc réalité, Madagascar va le prouver, on va génocider les insectes avec des fusils à visée infrarouge. Le ridicule aura sans doute, au préalable, eu raison de ces snippers… Si les militaires français étaient aussi efficaces dans la lutte contre les moustiques, les Réunionnais l’auraient tout de même su avant que 100.000 des leurs soient victimes de Chikungunya !

La peste, le choléra, la lèpre. On dirait la lecture d’un roman de Zola. Mais non, cela se passe en l’an 2000, à Madagascar. Comme le Rotary a aidé à l’éradication mondiale de la poliomyélite (quoique, une résurgence s’est récemment déclarée en Afrique de l’Est), sans doute faudrait-il au Gouvernement malgache envisager sérieusement sous-traiter à ce club de service la résolution d’une équation simple dont le reste du monde connaît la solution avant que Madagascar ne réinvente l’eau chaude : respecter l’hygiène. Les grands mots de la santé publique commencent par des gestes élémentaires au quotidien : arrêter de laisser morve et crachat souiller la voie publique, cesser de se prendre pour des chiens et ne plus marquer son territoire en urinant contre le mobilier urbain, perdre la manie de jeter négligemment par la fenêtre de sa limousine le mégot de son cigare : si, si, ça rompt la chaîne de la climatisation !

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