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Kolo Randriamanana – « Des victimes du coronavirus sont en détresse psychologique »

Les victimes du coronavirus sont suivies par des psychologues, dont Kolo Randriamanana. Certaines sont en détresse psychologique.

Quels sont les rôles des psychologues dans la prise en charge des cas positifs au covid-19 ? Notre premier rôle est d’apporter un soutien psychologique aux personnes ayant contracté le coronavirus, à leur famille, ainsi qu’au personnel médical. Trois équipes de psychologues de l’Ordre National des Psycho logues de Madagascar (ONPM) se répartissent les tâches : deux équipes, composées chacune de deux psychologues, sont affectées respectivement au CHU Anosiala et au CHU Andohatapenaka. Une troisième équipe de sept psychologues offre des consultations par téléphone pour les malades du coronavirus, leur famille et pour le personnel soignant. Nous avons aussi un rôle sur le plan social: celui d’éduquer la société et la population, afin que les Malgaches apprennent à faire face à cette crise sanitaire avec plus de sérénité et plus de maturité. Parce que le bien-être individuel et le bien-être collectif sont interdépendants.

Pourquoi l’accompagnement des victimes est-il nécessaire? Lorsqu’on apprend qu’on est contaminé par une maladie qui tue des milliers de personnes dans le monde en si peu de temps, il est normal que l’on perde pied, qu’on devienne angoissé, stressé, qu’on ne contrôle plus le mental. Face à une menace sur notre vie, nous devenons vulnérable et nous n’arrivons plus à trouver les ressources en nous, pour reprendre le contrôle, pour rester serein, pour aller bien. Le rôle de l’accompagnement psychologique est de permettre aux victimes d’accéder, de nouveau, à leurs ressources intérieures ou de les outiller pour en développer de nouvelles.

Comment se portent nos patients, sur le plan psychologique ? Cela dépend de chaque personne. Mais en général, ils sont en détresse psychologique. Certains d’entre eux souffrent aussi bien physiquement que psychologiquement : leur souffrance physique crée de la détresse psychologique, ou bien leur détresse psychologique accentue leur souffrance physique. D’autres ne souffrent pas physiquement, mais sont, malgré tout, en détresse psychologique. La menace et l’incertitude derrière cette maladie, engendrent cette détresse psychologique.

De quoi souffrent-ils, en général ? De différentes formes de stress, d’anxiété et/ou de troubles de l’humeur. La sévérité des difficultés ou des troubles dépend de chaque personne.

La mise en quarantaine, ainsi que le fait d’avoir contracté le coronavirus, pourront-ils avoir d’impact sur les victimes, après leur guérison ? Il est certain que cette pandémie marquera la vie tout le monde, étant donné qu’elle nous oblige à vivre des situations auxquelles nous ne nous sommes pas préparées, et donc à nous adapter, à changer, dans une certaine mesure. Cela est encore plus valable pour les personnes contaminées, parce que le fait d’être porteuses du virus déclenche en elles des mécanismes psychologiques réactionnels, ce qui rend leur expérience plus intense que pour les non contaminées. Cela signifie que leur capacité à faire face au stress et leur capacité d’adaptation sont plus encore mises à l’épreuve.