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Culture – Le culte des ancêtres chez les Sino-mauriciens

Brûler un feu est un acte important dans la culture chinoise comme lors de la célébration du Nouvel an  dans la pagode Kwan Tee à Maurice.

Non, M. Li n’est pas mort, il a simplement changé de nature et d’univers, et garde intacts ses liens avec sa famille. La Révolution culturelle de Mao est, en son temps, parvenu à bouleverser la Chine, mais pas le culte des ancêtres codifié par Confucius, 500 ans avant Jésus Christ. On peut même dire que c’est le socle sur lequel repose la civilisation multimillénaire de la Chine, et la diaspora de par le monde se fait un devoir de le respecter et reproduire dans ses moindres détails. À Maurice, la pagode Kwan Tee a été construite en 1843, et a permis de célébrer le rite avec encore plus d’ampleur. Maurice a beau être une mosaïque de races et de cultures, cela n’a en rien ébranlé l’héritage culturel précieusement conservé par les Sino-mauriciens.

Quelques jours après l’enterrement, la famille emmenée par l’aîné se donne rendez-vous avec l’âme du défunt à la pagode. Son nom a préalablement été incrusté sur une tablette en bois qui a été consacrée lors de la cérémonie funéraire. Et c’est le moment des offrandes généralement constituées de fruits et de poulets bouillis. On y ajoute des billets de banque pour que l’ancêtre ne se retrouve pas dans le besoin. Des encens sont brûlés, un rite qui a toute son importance : en se consumant, l’encens se spiritualise et attire les bonnes grâces du dieu tout en éloignant les mauvais esprits. Brûler un feu est un acte très important dans la pratique culturelle chinoise. Toute une gamme d’objets en papier représentant des personnages ou des ustensiles ménagers permettent d’envoyer des « cadeaux » à moindre frais aux divinités et aux ancêtres pour s’assurer du bon accueil qu’ils réserveront au nouveau venu.

Des enfants défilent derrière la statue de Confucius à Wuhan avant d’apprendre sa philosophie.

Ce cérémonial est resté inchangé de génération en génération, à chaque décès d’un membre d’une famille, et même à la date anniversaire de sa mort. « Dans la philosophie chinoise, on considère que la mort ne coupe pas les liens entre les disparus et les vivants. On pense que leur esprit a un effet bénéfique sur les descendants, et qu’ils continuent à diriger leur vie et éclairer leur chemin » (Huguette Ly Tio Fane). Pour des raisons pratiques, seules les plaquettes de trois générations sont conservées dans les pagodes. À chaque nouveau décès, la tablette la plus ancienne est enlevée et remisée dans un autre lieu. Les familles les plus fortunées préfèrent se construire leur propre pagode privée, et conserver les tablettes chez elles.

Les ancêtres sont incontournables dans la vie de tous les jours. Ils gardent leur place de membres de la famille et sont tout naturellement associés aux évènements de la vie tels que les naissances ou les fête du Nouvel An. Le pèlerinage annuel au tombeau familial est un moment important avec notamment le rite du nettoyage. Ce rite est associé au renouveau de la nature, et à la fécondité. Chez la diaspora chinoise, notamment celle de l’Île Maurice, le culte des ancêtres prolonge dans le temps la pratique de la piété filiale envers les parents durant leur vie terrestre. Une leçon qui malheureusement est en train de se perdre dans un pays voisin où des sépultures sont souvent profanées, et où il n’est plus conseillé aux ancêtres de se faire de vieux os (longs)…

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