Notes du passé

L’Anosy, un réservoir de chefs

Peuples de la forêt, les Tanala sont difficilement accessibles.

Depuis la première année de l’Indépendance recouvrée, il s’avère urgent de recueillir le Lovantsofina, héritage des oreilles. Car dans la majeure partie de l’Ile, les dépositaires des traditions orales pour connaitre les origines des peuples malgaches, sont les Raiamandreny.
Déjà, dès la dernière partie du XIXe siècle, des historiens, ethnographes, anthropologues, archéologues…, tous des étrangers, s’y emploient. Les plus anciens sont les Sorabe, mais ils ont un caractère très local. « Ils concernent seulement un petit nombre de groupes et des aires relativement réduites » (Histoire de Madagascar pour lycéens des Terminales, 1967).

Dès 1873, le R.P. Callet rassemble les Tantara ny Andriana eto Madagascar, les traditions orales qui racontent l’histoire des rois de l’Imerina. Comme lui, Alfred Grandidier recueille des récits ancestraux très précieux et publie au début au XXe siècle, son énorme «Ethnographie de Madagascar ». Comme la moisson est loin d’être achevée et conscients de la valeur du Lovantsofina, les ethnographes contemporains poursuivent le siècle dernier et jusqu’à présent, une tâche importante. « Ils recherchent, répertorient les traditions et soumettent les thèmes culturels à l’étude scientifique. »

Fondés sur des enquêtes « au ras du sol », les travaux des ethnologues Jean Poirier, Jacques Dez et J.C. Hébert ont le mérite « de renouveler bien des problèmes en attendant le verdict- confirmation ou négation- de l’archéologie ». Car la mémoire des hommes a des limites, les traditions doivent être appuyées par des vestiges archéologiques. Ainsi, dans la seconde moitié du XXe siècle, l’ethnohistoire confronte les récits de « la mémoire cumulée » avec les données de la linguistique, de l’écologie et de la démographie. Cette vision plus complète des problèmes lui permet « de reconsidérer les travaux antérieurs qui constituent toujours une base de départ fort utile ».

Toutes les régions de Madagascar renferment de riches traditions orales qui, selon Jean Poirier, constituent « la matière première de l’histoire dans les pays où l’Histoire commence très tard ». Les auteurs de l’ouvrage d’Histoire de Madagascar 1967, commencent alors par l’Anosy, « réservoir de chefs » comme la qualifient les traditions des dynasties du Sud.

Des régions marginales, en effet, surgissent des chefs qui encadrent les peuples et les mènent vers leur destin. Les auteurs évoquent, en exemple, les nombreuses dynasties issues de l’Anosy, pour conduire les pasteurs nomades dans les vastes espaces du Sud et du Sud-Ouest. Ils citent ainsi les Zafiminara qui président aux destinées des Antandroy avant d’être chassés par leurs farouches sujets. Les Zafindravola et les Andrevola guident les Masikoro vers le Plateau mahafaly et les pays du Fiherenana, mais s’affaiblissent et se divisent au cours d’obscures querelles intestines. Les Zafimanely redonnent aux Bara la force de s’étendre jusqu’au pied de l’Andringitra et de la région d’Ihosy.

De l’Anosy, ajoutent les historiens, sont également partis les Maroseranana qui semblent « à l’origine du destin des Sakalava ». Des migrations vont les conduire du Sud au Nord-ouest de l’ile, à travers le Menabe et le Boeny. Les Zafirambo qui stabilisent les Tanala de l’Ikongo, sont aussi dans le même cas. « Aux lueurs fugitives des traditions qui tantôt se recoupent, tantôt se contredisent, la plaine orientale frangée par l’océan apparait bien comme l’une des plus importantes aires de départ vers l’intérieur de l’ile » (Jean Poirier).

Les traditions betsileo comme les traditions sakalava indiquent plusieurs origines possibles. Du Nord, serait venu Rasamboninjato, un noble de l’Imerina dont les descendants auraient régné sur le Lalangina. De l’Est, serait montée la princesse antemoro Ravelonandro de laquelle seraient nées les familles des chefs betsileo.

Les auteurs de l’Histoire de Madagascar de 1967 indiquent que si, pour être en opposition, les traditions ne sont pas forcément contradictoires. « Dans de nombreux cas, l’on peut les juxtaposer pour retrouver les aspects multiples d’un phénomène ou d’une période historique. »Les Notes suivantes aborderont les Tantara du R.P. Callet et les traditions des marges maritimes et du Sud qui sont également riches.

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