« Le Rova doit refléter la puissance de Radama »


«C’est un bâtiment carré à deux étages, deux jolies galeries extérieures en font le tour; son nom lui vient d’une profusion de grands clous d’argent à têtes plates et de plaques du même métal. Le toit de ce palais de même que celui de toutes les maisons considérables est aigu et si haut que du sommet du mur au faîte, il y a une distance aussi grande que du fondement au haut du mur qui supporte le toit.» Cette description de la Tranovola est de Bennet, missionnaire britannique présent aux funérailles de Radama en 1928. Selon Vincent Belrose-Huyghues (lire précédentes Notes) cette description fait immédiatement penser au style colonial en vogue à l’ile Maurice à la fin du XVIIIe siècle. Normal puisque c’est un créole mauricien dénommé Julien, qui bâtit la Tranovola avec une galerie. L’auteur poursuit que le prolongement du toit en véranda circulaire est commun à tous les styles coloniaux, « surtout dans les iles à sucre ». Mais la caractéristique de certaines constructions de Maurice est la hauteur. Radama choisit pour demeure une adaptation des grandes maisons de l’ile voisine. Cela, non seulement pour y régner, mais aussi pour reposer après sa mort puisque c’est une Tranomasina de ce type que Louis Gros construira sur son tombeau. « Cette maison de poupée est une véritable réplique, avec un toit moins aigu, de ce que devait être la Tranovola, et de ce qui est devenu l’archétype de la maison noble. » De ces changements introduits par Radama au Rova, un constat s’impose. Il suffit de l’introduction de la colle, de la scie, peut-être des clous, de quelques outils, et de la présence « d’une poignée de Blancs dont les compétences techniques n’avaient rien d’extraordinaire pour déclencher une irréversible mutation architec­turale ». Effectivement, James Hastie n’est pas architecte, et il n’est pas certain que Louis Gros soit « entrepreneur en construction » ou « charpentier de son état », comme l’affirment Jean Valette et d’autres auteurs. Comme la plupart des étrangers présents en Imerina à cette époque, James Hastie est un ancien militaire. Né à Lyon vers 1790, « militaire en retraite » et sujet anglais, par circonstance, pour avoir été à Maurice en arrivant de France. Dès 1820, des membres de la famille royale s’adressent aux charpentiers blancs et les ouvriers formés sur leurs chantiers, améliorent l’habitat des environs. En témoignent les missionnaires de l’époque et les bas-reliefs sur bois de lit, portes et volets de l’époque qui reproduisent ces constructions. Pour Vincent Belrose-Huyghues, ces changements ne viennent pas d’Européens, convaincus de la supériorité de leur civilisation et en mesure de l’imposer. Cela vient plutôt « d’une dynamique venant de l’intérieur », de la volonté de Radama pour qui ces étrangers ne sont que « des moyens » et qui est conscient des limites techniques et culturelles de ses sujets. « Comme son père et à la différence de ses successeurs, Radama a organisé le progrès à l’intérieur des structures mentales et en accord avec les points de référence de ses sujets. » Ainsi la symbolique architecturale des faîtages ne suffit pas à marquer le lieu du règne dans un royaume devenu immense. Le Rova doit refléter la puissance de Radama, sa possibilité de rompre avec la tradition tout en préservant sa légitimité et en instaurant lui-même une tradition pour ne pas dire un style. En fait, Radama n’abandonne rien de l’esthétique et de la symbolique léguées par son père. Par exemple, Tranovola possède des ornements d’argent sur le toit qui ne sont pas gratuits, mais dans la tradition de la symbolique des faîtages. En architecture comme en politique, il impose surtout un changement d’échelle et de rythme. Vincent Belrose-Huyghues conclut son étude sur « Un exemple de syncrétisme esthétique au XIXe siècle : le Rova de Tananarive d’Andrianjaka à Radama Ier », en reprenant les mots employés par Bakoly Domenichini-Ramiara­manana pour Ranavalona. « Radama, en accueillant le progrès technique, poursuivait l’accomplissement avec des moyens nouveaux modernes de cette conception venue des origines de la monarchie merina et qu’Andrianampoinimerina avait portée à son apogée dans le cadre ancien d’un monde fini et refermé sur soi. L’architecture était un de ces moyens. »
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