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Editorial

El dora d’or

Ils sont un millier à avoir quitté le Sud pour fuir la famine et les dahalo. Ils ont vendu ce qui pouvait l’être pour avoir les moyens de partir vers l’inconnu. Ils arrivent par flots dans les stations de taxi-brousse de la capitale. Hommes, femmes et enfants en guenilles, les yeux hagards exorbités par plusieurs semaines de diète, la peau collée aux os, ils espèrent tous une éclaircie providentielle à défaut d’El dora d’or. Eh oui, même la providence semble les avoir oubliés dans cette misère inénarrable.

Les hommes en l’occurrence les dahalo ont compromis leur existence alors que la nature a tout simplement anéanti tout espoir de vie dans une région déjà aride mais devenue désertique à cause du réchauffement climatique.

Cela devait arriver un jour. Faute d’avoir pris au sérieux le problème d’eau dans le Sud ainsi que celui de l’insécurité, on en arrive à cet exode massif sans précédent. Une bombe à retardement en somme. L’écart social entre riches et pauvres est tellement immense que ceux qui n’ont rien constituent un danger pour ceux qui nagent dans l’opulence. La violence, l’insécurité tirent leur source dans ce fossé social.

Si les campagnes aux alentours de Tana se sont vidées de leurs paysans producteurs pour aller vivre en ville, c’est pour les mêmes raisons. Le développement n’a pas atteint les campagnes aux contours d’Analamanga ou l’eau et l’électricité restent un luxe, surtout en ce nouveau millénaire. La sécurité laisse également à désirer alors que les centres de santé sont rarement équipés et dotés de personnels qualifiés. Les « ambanivohitra » restent ainsi juste un tanindrazana et un lieu d’enterrement des proches.

Le problème est exactement le même pour ces migrants du Sud. C’est un choix douloureux à faire que de devoir quitter ses terres. Mais mourrir pour mourrir, mieux vaut avoir le ventre plein que les entrailles vides. On risque de ne plus pouvoir se ressusciter si on ne peut pas se tenir debout.

Qu’est-ce qu’ils espèrent ? Une meilleure existence sans doute. Ils peuvent rêver mais la situation est difficile pour tout le monde. Il n’existe pas une structure pour les accueillir et les orienter vers une activité génératrice de revenu. Jusqu’ici, on s’est contenté de la charité pour aider les indigents pendant les périodes de fête. Ce traitement continue d’ailleurs faute d’une solution valable et d’une politique sociale à long terme.

Là le problème a pris une dimension énorme qu’il va falloir trouver de gros moyens pour l’enrayer.

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