Notes du passé

Les deux grands conquérants de l’ile

Nous terminerons cette première série de Notes sur les Soixante ans d’Indépendance par un portrait d’Andrianam­poinimerina écrit par Edouard Ralaimihoatra (Histoire de Madagascar) et celui de Radama Ier (Histoire de Madagascar réservé aux classes terminales, 1967).

Selon l’académicien, Andrianampoini­merina est né à Kaloy, à la frontière nord de l’Imerina vers 1740, le premier jour de la nouvelle lune d’Alahamady, un jour faste par excellence. Fils d’Andriamiaramanjaka et petit-fils d’Andriambelomasina par sa mère, il reçoit le nom de Ramboasalama (le chien bien portant, vigoureux). L’usage veut, en effet, que l’on donne un nom thérapeutique à un enfant censé avoir un destin extraordinaire à cause du jour de sa naissance, ou dont les aînés sont morts. « Ce fut le cas pour lui et la raison pour laquelle son grand-père le choisit pour la royauté. »

Il passe son enfance dans une région où l’on redoute constamment les incursions sakalava jusqu’à ce qu’Andriambelomasina le fait venir auprès de lui, à Ambohimanga. Sa tante, Ramorabe, versée dans l’oracle par les graines, lui dit un jour : « L’Imerina te porte dans son cœur (am-poiben’Imerina) et te bénit. » Lui-même voit souvent de bons présages dans les faits qui l’impressionnent. Il sait aussi reconnaitre les services qu’on lui rend et ne manque jamais de les récompenser largement.

« Souverain réaliste, méthodique, Andrianam­poinimerina fut un habile rassembleur de terres, un grand organisateur. Il avait une haute idée du bien du peuple qui, en retour, ne lui ménageait pas son attachement. Maniant habilement la comparaison, la métaphore, recourant, au besoin, aux paroles fortes, il avait une éloquence mystique,
prenante. Patient, il renonçait rarement à une œuvre commencée. Diplomate, il savait persuader et épuiser ses arguments avant de faire usage des armes. La connaissance des hommes était une de ses qualités maitresses. Il consultait toujours ses conseillers avant d’agir. Brave à la guerre, il s’exposait volontiers au danger. Il pardonnait à ses ennemis, mais n’avait pas de pitié pour ceux qui, au cours de ses entreprises, lui résistaient.

La restauration de la paix sociale fut l’un de ses titres de gloire et lui valut, dès son époque, l’admiration de ses contemporains. » Andrianampoinimerina a la conscience d’une immense tâche à accomplir, l’ambition réfléchie de devenir un grand monarque. Son nom a pour lui la valeur d’un symbole, et le sentiment de son ascendance, de sa filiation, ne manque pas de le stimuler dans toutes ses entreprises…

La carte des conquêtes de Radama Ier.

Son fils Laidama est surtout considéré comme « le » conquérant pour avoir mis en échec les tentatives françaises. Selon les informations et les projets de Sylvain Roux, le gouvernement français de la Restauration désire réaffirmer ses « droits prétendus sur Sainte-Marie et la Grande ile ». En 1818, l’arpenteur du roi de France, Petit de la Rhodière conclut dans son rapport d’étude : « Lorsque cette colonie (française) trop resserrée à Sainte-Marie pour être d’un grand avantage à la France, serait bien établie, elle pourrait facilement s’étendre à la Grande Terre dans les environs de Tintingue. Alors de quelle utilité ne serait-elle pas pour les expéditions que la Métropole pourrait entreprendre ! » En 1822, une expédition peu nombreuse réoccupe ainsi Sainte-Marie.

Sylvain Roux obtient à Tintingue et à Foulpointe le serment de vassalité des chefs betsimisaraka du Nord. Mais l’insuffisance des moyens est grande. « La réaction de Radama, conseillé par ses alliés, fut immédiate et se déroula en deux temps. » En avril 1822, il réaffirme son droit de souverain de Madagascar, annulant ainsi le serment des chefs betsimi­saraka. L’année suivante, son général, Rafalaralahy, assisté du sergent Hastie, prend Foulpointe. Entretemps, Sylvain Roux meurt, la conquête est ainsi facile. « L’alliance anglaise avait permis au jeune roi de déjouer les tentatives d’expansion de la France. »

L’expédition du Menabe (1822-1823) permet au roi de mesurer l’efficacité de son nouvel instrument militaire. La supériorité de l’armement, la discipline de la troupe « ont raison de la féodalité de l’Ouest sakalava. » Les expéditions de conquête de la côte orientale (1823-1827) suivent celles du Menabe. Puis Radama revient à l’Ouest pour diriger la conquête du Boina en 1824.

Mais quand l’armée royale se retire, le désarmement des vaincus imposé comme gage de soumission, provoque des révoltes.
« Les garnisons merina contrôlant les points stratégiques sur ces côtes et à l’intérieur des terres, ne pouvaient prétendre à une occupation réelle. » Néanmoins, les ports restant entre les mains des gouverneurs merina, « la menace d’une occupation française semblait définitivement écartée ».

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