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Editorial

L’odeur de l’argent

L’argent n’a pas d’odeur. C’est vraiment le cas à en juger certaines âmes charitables visiblement animées de bonnes intentions qui comptent jeter leur argent dans la rue pour ceux qui en ont besoin. C’est tout le monde bien évidemment. C’est la tendance ces derniers jours. Des personnes célèbres du monde artistique annoncent sur les réseaux sociaux qu’elles vont distribuer une somme importante pour ceux qui en veulent dans la rue. C’est du pain béni pour tout monde par les temps qui courent. C’est d’autant plus profitable qu’on n’est pas en période électorale ou pareil geste pourrait être assimilé à un achat de voix. Mais là où le bât blesse c’est qu’on ignore l’origine de cette somme.

Aussi curieux que cela puisse paraître, les organismes chargés de la lutte contre le blanchiment d’argent et la corruption restent étrangement passifs. Ailleurs de tel geste pour le moins ostentatoire aurait attiré immédiatement l’attention de ces organismes. On doute fort qu’une carrière artistique à Madagascar pourrait vous mettre au même niveau que Gims ou Kanie West pour se permettre une telle générosité. La loi exige une justification pour tout mouvement bancaire de plus de 10 milions ariary et une traçabilité pour toutes transactions commerciales. Ce sont des mesures élémentaires dans la lutte contre la corruption mais il est dommage qu’elles semblent ne concerner que les titulaires de compte bancaires et les gens honnêtes qui font leurs transactions par chèque. Actuellement il y a un essor incroyable de l’immobilier alors que le ciment à 14.000 ariary le sac de 50 kg ne sera sur le marché qu’en 2025. En attendant le secteur bâtiment n’a jamais été aussi florissant.

À croire qu’il serait le théâtre d’un blanchiment d’argent au niveau local comme le font d’ailleurs certaines communautés étrangères qui «placent» leur argent dans l’hôtellerie sans avoir forcément ni l’expérience ni la compétence nécessaire pour le secteur. D’autres «investissent» dans les casinos au nez et à la barbe des autorités. Dans l’état actuel de la pauvreté qui concerne 81% de la population selon les derniers chiffres de la Banque Mondiale, il est juste ahurissant de constater le boom de l’immobilier. La flambée du prix des matériaux de construction semble n’avoir aucun impact dans l’avancée irrépressible de ce secteur. À croire que tout l’argent détourné dans divers organismes. ministères et entreprises vont dans l’immobilier. Sans oublier la manne de la drogue. Il faut que les organismes anti-corruptions fassent leurs preuves de manière plus tranchée et autrement que par des bilans où on annonce des sommes faramineuses sans l’identité des coupables.

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