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Formule 1 : la fin de l’ennui ?

La Formule 1, c’était Mercedes contre Mercedes depuis sept ans. Une supériorité telle sur une concurrence inexistante que, de 2014 à 2020, en 137 Grands Prix, Mercedes a raflé 109 pôle-positions, 102 victoires, 204 podiums et réalisé 58 doublés. Des records tellement excessifs qu’ils en deviennent absurdes. Saison 2014 : onze doublés, seize victoires. Saison 2015 : douze doublés, trente-deux podiums. Saison 2016 : dix-neuf victoires, vingt pôle-positions. Saison 2019 : cinq doublés lors des cinq premiers GP pour dégoûter prématurément tout le monde. Le mérite de Red Bull et Max Verstappen d’avoir maintenu intacte l’incertitude jusqu’à l’ultime Grand Prix de la saison 2021 n’en est que plus remarquable.

Déjà en 2004, que Michael Schumacher remportât 72% des courses avait fait craindre pour l’attractivité d’une discipline que l’Allemand dominait outrageusement depuis cinq saisons (2000-2004). Pourtant, en ces années-là, contre le «Baron rouge», on se souvient de vaillants adversaires comme Mika Hakkinen, Jacques Villeneuve ou Fernando Alonso. Face à Lewis Hamilton, il n’y eut qu’un seul vrai rival, mais sur une autre Mercedes, avec Niko Rosberg qui, s’il n’avait pas pris une retraite anticipée, aurait sans doute décidé autrement des statistiques récentes de la Formule 1. En 2017 et 2018, le fantôme de Sebastien Vettel fut le seul à avoir réussi à empêcher Mercedes de faire systématiquement Champion et Vice-Champion.

L’introduction des moteurs hybrides (6 cylindres en V incliné à 90°, turbocompressé et équipé d’un moteur électrique) en Formule 1 a offert une vitrine de l’avance technologique de Mercedes face aux autres motoristes. Huit titres de champion du monde constructeur de rang auront sans doute convaincu les clients sans qu’il faille tuer la Formule 1. La différence des moyens financiers, entre Mercedes (qui loue ses vieux moteurs des précédentes saisons à des concurrents secondaires comme Aston Martin, McLaren ou Williams) et une écurie comme Haas (assurée de faire de la figuration en fond de grille), fausse également la rivalité sportive si elle établit par contre une suprématie d’investisseurs.

J’avais fait aimer la Formule 1 à mon fils, mais j’ai déconnecté en 2017, désolé de ne plus en pouvoir de cette discipline qui a banni l’incertitude du sport. Trop prévisible, trop lisse, trop sécurisé. Bien sûr, on ne va pas souhaiter que les pilotes se brûlent (comme Niki Lauda) ou se tuent (comme Ayrton Senna) en course, mais les règles sécuritaires sont devenues trop drastiques, anesthésiant toute sensation. Comme regrette l’ancien pilote Eddie Irvine, «dans les années 1950, vous vous tuiez si vous faisiez une erreur. Dans les années 60, vous courriez le risque de vous tuer. Dans les années 70, vous vous blessiez. Et dans les années 80, vous perdiez du temps». Aujourd’hui, les rails de sécurité ont été éloignés pour éviter une punition immédiate en cas d’erreur de trajectoire. Et la disparition du gravier, du sable ou de l’herbe en bordure de piste autorise des incursions qui ne coûtent presque rien au chronomètre. La menace d’un enlisement en bonne et due forme dissuaderait sans doute efficacement les tentations d’un tout-droit dans une chicane ou les dépassements hors-piste, sans qu’aient à «investiguer» les commissaires de course.

Course neutralisée sous la pluie, safety car au moindre accrochage, DRS (depuis 2011) qui procure une accélération artificielle au détriment du pilotage pur, commissaires intrusifs qui infligent des pénalités pour un dépassement déterminé. Que faire pour que la Formule 1 ne rime plus avec ennui ? Revenir aux fondamentaux d’une compétition qui vaut la peine d’être suivie parce que incertaine, indécise, humaine. Et comme on est à imaginer des mesures révolutionnaires : introduire un tiers de Grands Prix où tous les pilotes conduiraient la même voiture, équipé du même moteur mais avec des réglages libres de châssis ou d’aérodynamique pour valoriser le travail des ingénieurs. Les vrais champions du monde de la dernière décennie.

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