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Elevage Bovin – Quand les zébus deviennent… coquets

La paperasserie utile au commerce des zébus est trop nombreuse.

Une grande première. Les zébus, constituant depuis longtemps la principale richesse des Malgaches, doivent désormais obligatoirement être équipés de boucles d’oreilles électroniques pour pouvoir être commercialisés. Ces boucles servent d’identification et de traçabilité des zébus et le but du système est d’améliorer, à long terme, la grande industrie générée par l’animal national.

Un zébu passe par cinquante-cinq étapes auprès de trois ministères pendant vingt-huit jours pour pouvoir être identifié, enregistré et vacciné. C’est une cartographie de mouvement de zébus réalisée en 2019. Le système d’Identification et de traçabilité de bétail ou Livestock Identification and Tracability System (LITS) est un projet piloté par le ministère de l’Agriculture et de l’élevage avec le soutien technique et financier de la Société financière internationale (SFI), un groupe de la Banque mondiale.

Il s’agit d’alléger les documents utiles pour l’identification et le suivi des zébus. La traçabilité sur support papier des zébus, jusqu’à leur vente, se prête facilement à la falsification. La simplification des procédures par un système électronique réduira le nombre d’étapes et le délai du processus, le nombre d’entités impliquées ainsi que les coûts à la charge des éleveurs. Les chiffres clés de la SFI parlent de 85 dollars (331 500 ariary) de coût d’enregistrement pour un zébu en 2019. Avec le LITS, l’objectif est de réduire le coût d e moitié avec un délai d’enregistrement de 24 jours au maximum au lieu de 28.

Des boucles d’oreilles électroniques obligatoires pour les zébus destinés au commerce.

Lutte contre l’insécurité

Le projet LITS vise loin en voulant éradiquer l’insécurité liée aux vols de bovidés. La traçabilité électronique des zébus passe par la mise en place de boucles électroniques sur leurs oreilles. C’est un système qui permet de suivre en temps réel les mouvements, l’état de santé et les changements de propriété des animaux. Le système se présente comme étant infalsifiable.

Arline Attalah, mairesse de la commune rurale d’Ankaramena.

Fonctionnement

La première étape est de disposer des boucles d’oreilles électroniques. Une seule boucle par tête de zébu et qui sera placée à l’oreille gauche de l’animal. Cette boucle électronique contient les informations sur le zébu, couleur, origine, sexe, poids, suivi de santé et nom du propriétaire. Des informations liées à un système de base de données auprès de la direction générale de l’élevage (Ministère de l’Agriculture et de l’élevage). Dès la naissance du zébu jusqu’à son abattage, il est ainsi possible de suivre la vie de chaque zébu. Les vétéri­naires sanitaires qui attestent par exemple de l’état de santé de l’animal avant une quelconque commercialisation utilisent un logiciel appelé « zébu scan » pour vérifier les informations à l’aide d’un smartphone. En cas de vol, l’outil informatique permettra de pister le zébu volé.

« C’est un outil qui permet de suivre tout ce qui concerne le zébu, depuis son origine jusqu’à son état de santé outre son identité. Le projet LITS apportera des solutions et non des problèmes. Nous nous mettons au rang des normes et standards internationaux, lesquels garantiront le statut de Madagascar en tant que grenier de l’océan indien pouvant répondre à des besoins alimentaires d’autres pays » explique Tsiry Andriamahatola Lezoma, directeur général de l’Elevage. Cinquante mille boucles sont prévues être mises en place dans quatre régions du sud d’ici décembre 2021.

Des réunions de préparation se sont tenues depuis des mois entre les trois ministères concernés et les acteurs de la filière.

Sur terrain

Le projet prévoit de commencer le système d’identification et de traçabilité dans quatre régions, Ihorombe, Androy, Anosy et Atsimo Andrefana. Des régions du Sud où le vol de bovidés décime les populations et l’économie. « Le cheptel bovin de la région Androy a perdu 30% de son effectif depuis les cinq- dix dernières années. Le vol de bovidés existe dans cette région surtout dans le district d’Ambovombe. À mon avis, la traçabilité électronique des zébus sera bénéfique pour nos éleveurs qui demandent des assurances pour ne pas se faire voler » réagit Elien Limberaza, directeur du Fonds de développement agricole (FDA) pour la région Androy.

La dernière statistique rapportée par Julio Tanja, ancien chef de la région Anosy et à la tête du cabinet « Excellence Consulting » ayant élaboré le Plan régional de développement (PRD) de la région Anosy, fait état de deux­ cent cinquante mille têtes de zébus pour cette région, dont la majeure partie se trouve dans le district de Betroka. « Le cheptel ne s’accroît pas en raison du phénomène dahalo. Mais il y a également l’incapacité financière des éleveurs à assurer le suivi sanitaire de leur troupeau. Les techniques d’élevage sont restées trop classiques. Le cheptel bovin, pourtant, s’il est bien exploité, peut rendre cette région très riche » détaille-t-il. « Le nouveau système électronique d’identification et de traçabilité du bétail est important pour la lutte contre la falsifi­cation des documents et le blanchiment de bovidés volés. Par conséquent, le nouveau système encouragera les éleveurs à investir davantage dans la filière bovine formelle » ajoute Julio Tanja.

Lancement officiel des boucles électroniques avec le président de la République, Andry Rajoelina.

Ankaramena

Le lancement des boucles d’oreilles électroniques sur les zébus a eu lieu dans la commune rurale d’Ankaramena, dans le district de Tolagnaro, région Anosy, le 2 octobre. Un lancement honoré par le président de la République, Andry Rajoelina, qui a souligné la volonté de l’état d’assainir la filière bovine au moyen d’une traça­bilité fiable. Ankaramena est le marché régional de zébus dans cet axe sud du pays. « Des essais de mise en place de puces électroniques dans les estomacs des zébus ont eu lieu ici à Ankaramena. Mais il se trouve que les bolus géolocalisables étaient trop gros et donc refoulés par les zébus. Les boucles conviennent mais à mon avis doivent être de taille très petites pour ne pas déranger la vue ni le mouvement du zébu » livre Arline Atallah, mairesse d’Ankaramena.

Ce projet LITS apporte toutefois un nouveau souffle au secteur de l’élevage à Madagascar qui concerne 75% des familles rurales et génère 15% du PIB. Le bovin en particulier présente un fort potentiel pour le développement des marchés intérieur et étranger (Comores, Indonésie, Chine). Madagascar dispose depuis peu d’une stratégie de gouvernance intégrée pour le développement du secteur élevage. Des actions rapides et concrètes sont attendues du secteur public, des partenaires et des investissements privés.

Les éleveurs sont partagés entre l’utilité du système électronique et les coûts y afférents.

Soucis

✔ Niha Gilbert, éleveur dans la commune rurale d’Ankaramena, pose la problé­matique de la Fiche individuelle de bovidés (FIB). « Est-ce qu’elles seront toujours utiles avec l’arrivée des boucles électroniques » se demande-t-il. C’est la question qui revient à chaque rencontre des équipes du département de l’élevage, du ministère de l’Intérieur et de la décentralisation, du ministère des Postes et des Télécommunications et des forces de l’ordre avec les éleveurs. Et la réponse est que les FIB restent en vigueur jusqu’à ce que le système de traçabilité électronique finisse son rodage.

✔ Les vétérinaires sanitaires sont très demandés ou sont demandés à être remplacés dans les zones rurales. Leur répartition reste un problème pour le ministère de l’élevage, bien qu’ils soient secondés par des MMAV (Mpiompy manampy amin’ny asa veterinera), les éleveurs qui apportent de l’aide dans le travail des vétérinaires.

✔ Ils auraient besoin de formation sur la manipulation informatique du logiciel « zébu scan »

✔ En cas de zone non couverte par le réseau internet, le suivi des zébus volés s’avère limité voire impossible

✔ Tous les vétérinaires doivent être dotés au moins de smartphone, mais aussi les forces de l’ordre, les délégués d’arrondissement, et au moins des téléphones portables pour les éleveurs

✔ Le paiement des droits et autres frais d’enregistrement ne figure pas dans les données électroniques. Comment les éleveurs et les acteurs impliqués peuvent-ils suivre et connaître le montant réel à céder ?

✔ Les puces électroniques (différentes des boucles d’oreilles électroniques) ayant été annoncées en 2018 pour pister un cheptel d’un endroit à un autre ne sont plus à l’ordre du jour. Elles coûteraient très chères par rapport aux boucles électroniques qui présentent pourtant des limites non négligeables.

Les vétérinaires sanitaires doivent connaitre la manipulation de l’outil informatique.

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