Le Myre de Vilers, un homme de grand sens


Il donne son nom à l’École normale de Mahamasina à Antananarivo. Né le 17 février 1833 à Vendôme, Charles-Marie Le Myre de Vilers, dont le père est officier de cavalerie, est admis en octobre 1849 à l’École navale d’où il sort en aout 1851 avec le grade d’aspirant de 2e classe. Il démissionne de la Marine en mai 1861, pour entrer dans l’administration préfectorale. Sous-préfet de Joigny dans l’Yonne à partir de mars 1863, puis de Bergerac en Dordogne en octobre 1857, il est nommé préfet d’Alger en novembre 1869 où il ne reste que peu de temps. Quand survient la guerre de 1870, il demande sa réintégration dans la Marine avec son ancien grade, le 13 septembre et nommé lieutenant de vaisseau, le 8 décembre 1870. Sa brillante conduite dans le corps des marins pendant le siège de Paris, lui vaut à 38 ans, le 26 janvier 1871, d’être promu officier de la Légion d’honneur. Licencié de la Marine, le 16 février 1873, il entre dans l’administration en qualité de préfet de la Vienne. Il reste quatre ans à Limoges où il se montre un administrateur consommé, ce qui lui vaut, sur la demande du général Chanzy alors gouverneur civil de l’Algérie, d’être nommé, le 22 février 1877, directeur des affaires civiles et financières de cette colonie et conseiller d’État. En raison des services qu’il rend en Algérie, il est désigné, le 13 mai 1879, pour devenir le premier gouverneur civil de la Cochinchine où il s’efforce de matérialiser la séparation des pouvoirs civil et militaire, fait élaborer un code pénal, supprime la corvée, les châtiments corporels, la cangue et les fers, crée 300 écoles. Il met, en outre, en place un Conseil colonial composé en nombre égal de Français et d’Annamites, des conseils d’arrondissement et le conseil municipal de Saïgon à Mytho. Mais hostile à l’expédition du Tonkin, Le Myre de Vilers est révoqué, le 10 mai 1882, et admis à faire valoir ses droits à la retraite, le 25 mai 1883. Trois ans plus tard, il est rappelé par de Freycinet qui le nomme, le 9 mars 1886, ministre plénipotentiaire chargé des fonctions de résident général de France à Madagascar. Il quitte Marseille, le 8 avril 1886, arrive à Toa­masina, le 29 avril, et fait son entrée à Anta­nanarivo, le 14 mai. En tant que résident général de France, son rôle est de veiller à l’application du traité de 1885, traité dont l’interprétation donne lieu à de nombreuses difficultés. C’est ainsi qu’il doit régler de nombreuses affaires: versement de l’indemnité de 10 millions prévue à l’article 8, pour laquelle il réussit à faire contracter un emprunt auprès du Comptoir national d’escompte de Paris par le gouvernement malgache et non auprès d’une banque anglaise ; délimitation du territoire de Diego-Saurez (article 15) qui est réglée unilatéralement par les troupes françaises, toutes les négociations ayant échoué ; affaire des exequatur (articles 1 et 2) qui faillit, un moment, entrainer la rupture. Le Myre de Vilers s’occupe aussi activement de la construction de la ligne télégraphique Antananarivo Toamasina qui est achevée en 1888. « Énergique, sachant jusqu’où il faut aller, Le Myre de Vilers, homme de grand bon sens, entretient de bons rapports avec la Cour de Tananarive, en particulier Rainilaiarivony pour lequel il avait le plus grand estime.» Il dit de lui, entre autres : « Ma tâche est laborieuse, car j’ai à traiter avec un homme d’une réelle valeur. Avec une certaine habileté qui, sur une scène plus vaste serait qualifié de génie… » (Lettre du 10 juin 1886 au ministère des Affaires étrangères). Parti en congé en France en mars 1888, Le Myre de Vilers revient à Madagascar en novembre, apportant à Ranavalona III le Grand-croix de la Légion d’honneur, et reprend ses fonctions pour quelques mois jusqu’en juillet 1889. Le siège de député de la Cochinchine devenant vacant, il décide de le briguer et est élu au Palais Bourbon, le 12 décembre, réélu aux législatures en 1893 et en 1898, mais ne se représente pas en 1902, car âgé de 75 ans, il ne se sent plus la force d’effectuer le voyage de Saïgon. Mais entretemps, il revient dans la Grande ile. En effet, devant l’aggravation des différends franco-malgaches, le résident général de France Larrouy est rappelé en septembre 1894, et le gouvernement français dans un  dernier effort de conciliation décide d’envoyer Le Myre de Vilers auprès de Rainilaiarivony. Il arrive à Antananarivo le 14 octobre, le lendemain, il est reçu par Premier ministre auquel il fait part de la gravité de la situation et le 16 octobre, il est reçu par la reine. Le 17 octobre, il a, à nouveau, un très long entretien avec Rainilaiarivony auquel il remet un projet de traité préparé à Paris, lui donnant trois jours pour l’examiner et lui donner une réponse. N’en obtenant pas le samedi 20 octobre, il envoie un ultimatum au Premier ministre lui déclarant que si le traité n’est pas ratifié le 26 octobre à 18 heures, il amènerait son pavillon et quitterait Antananarivo. Il donne en même temps l’ordre de gagner la côte aux Français. Le 22 octobre, le Premier ministre lui remet un long mémoire exposant les griefs de Madagascar et le 24, il lui transmet un contre-projet de traité. Son ultimatum ne recevant pas d’effet, le Français amène son pavillon le 27 octobre à 5 heures, et quitte Antananarivo. C’est la guerre. De retour à Paris, il joue un grand rôle au Parlement durant toutes les discussions relatives à Madagascar : loi d’annexion, abolition de l’esclavage, etc. Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles  
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