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Chronique

L’Euro de la Reine d’Angleterre

Joli message que celui de la Reine d’Angleterre, avant la finale de l’Euro 2020: «Il y a 55 ans, j’eus l’honneur de remettre la Coupe du Monde à Bobby Moore». Une lettre royale relayée via Tweeter, pour une Élisabeth II, dont le couronnement, le 2 juin 1953, avait inauguré l’ère de la télévision.

L’histoire aurait pu être belle. Et je pense à tous ces articles, déjà prêts mais qui devront attendre encore, tout en sachant que l’histoire ne sera plus jamais aussi, justement, historique : cinquante-cinq ans après, de nouveau à Wembley, et toujours devant la même Souveraine. L’an prochain, la Reine serait encore présente, mais ce ne sera définitivement plus à Wembley.

Les Anglais ont inventé le football, le monde entier connait les clubs anglais, mais l’Angleterre n’a plus rien gagné depuis son dernier et seul grand succès, la Coupe du Monde 1966. Pourtant, avant l’arrivée massive de joueurs étrangers en Premier League, de grandes individualités anglaises avaient eu le temps de se faire valoir: Bobby Charlton, Ballon d’Or 1968; Bobby Moore, second au Ballon d’Or 1970; Kevin Keegan, double Ballon d’Or (1978, 1979); Gary Lineker, meilleur buteur de la Coupe du Monde 1986; Alan Shearer, troisième au Ballon d’Or 1996 ; David Beckham, deuxième au Ballon d’Or 1999; Michael Owen, Ballon d’Or 2001; Franck Lampard et Steven Gerrard, deuxième et troisième au Ballon d’Or 2005…

Une anomalie incompréhensible. Heureusement, les clubs anglais ont sauvé l’honneur: six titres de champion d’Europe pour Liverpool (1977, 1978, 1981, 1984, 2005, 2019), trois pour Manchester United (1968, 1999, 2008), deux chacun pour Nottingham Forest (1979, 1980) et Chelsea (2012, 2021), un pour Aston Villa (1982). Une incroyable série de sept titres sur huit possibles entre 1977 et 1984 pour les clubs anglais: formidable épopée sportive à laquelle mit arbitrairement fin la sanction administrative consécutive au drame du Heysel (1985). Depuis, trois duels anglo-anglais en finale de Ligue des Champions: United-Chelsea (2008), LiverpoolTottenham (2019) et le dernier en date Chelsea-City (2021).

Mais, toujours pas de titre pour l’équipe nationale. Peut être à cause de l’invasion de très bons joueurs étrangers en Premier League, reléguant les meilleurs éléments autochtones aux seconds rôles. L’inénarrable Pinkford, gardien de buts lors de l’Euro 2021, résume à lui seul la situation orpheline des joueurs anglais: tous les goals du «Big Six» (City, United, Liverpool, Chelsea, Tottenham, Arsenal) sont des étrangers.

Faute de sacre, on brode un roman. Spéculer si la Reine d’Angleterre aurait envoyé pareil Tweet s’il s’était agi d’une des autres nations du Royaume-Uni de Grande-Bretagne. Conjecturer comment, tout en prenant fait et cause pour l’Angleterre face à l’Allemagne, William et Kate avaient expliqué à leur royal enfant que ses ancêtres sont Allemands depuis 1714 et le roi George 1er, Électeur de Hanovre et Roi de Grande-Bretagne et d’Irlande. S’interroger quelle mémoire le peuple anglais conserve du nom allemand «Saxe-CobourgGotha», opportunément abandonné en 1917 au profit de Windsor pour cause de «guerre mondiale» contre le cousin allemand Guillaume II, petit-fils de la Reine Victoria d’Angleterre. Et avec le sort fait à l’autre patronyme allemand de Battenberg, anglicisé en Mountbatten, méditer sur l’imbrication des généalogies européennes depuis Joachim-Ernest d’Anhalt (1536-1586), duquel descendent tous les souverains et chefs des maisons souveraines de l’Europe. Cent vingt ans après la mort la Reine Victoria, qui fut surnommée la «grand-mère de l’Europe», l’Angleterre du foot n’a pas su répondre à l’oeillade de l’Histoire.

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