Editorial

Dieu du foot

L’épisode Barea s’est terminé en quart de finale de la CAN 2019. Le pays s’apprête à réserver un accueil triomphal à ses héros qui le méritent amplement. Une performance inespérée mais pas inattendue sauf pour ceux qui viennent de découvrir le foot à travers cette superbe épopée. Quoiqu’on dise, rien n’est le fruit du hasard. Les résultats des Barea ne tombent pas du ciel comme le pensent ceux qui implorent Dieu pour accorder la victoire à leur équipe. Le même Dieu qui n’a pas écouté les 80 millions de chrétiens congolais pendant l’épreuve des tirs au but.

Face à la Tunisie, Allah a eu l’oreille plus fine que Jesus qui semble avoir été impassible aux prières faites dans les toilettes.
La victoire a, on le sait, plusieurs pères. Elle rassemble surtout ceux qui se retrouvent au bon endroit au bon moment. Tout le monde se réclame avoir été pour quelque chose dans cette belle aventure. Les vrais artisans du succès sont relégués au cinquième plan. On pense, en particulier, au président de l’Ajesaia Jasmina Ravelonarivo, le pionnier des écoles de foot. Trois membres des Barea, en l’occurrence Bolida, Anicet et Paulin ont affûté leurs armes à Antanikatsaka, fief de l’Ajesaia, aujourd’hui disparu au profit d’un magasin de grande distribution, avant de disputer le tournoi de Plomelin, la coupe de monde dès minimes en 1993. Il a donc fallu attendre un quart de siècle pour avoir des résultats du haut niveau. Jasmina continue son rôle de formateur contre vents et marées sans chercher ni profit ni gloire.

De leur côté Ibrahim Ahamada et Carolus Andriamahitsinoro ont fourbi leurs armes à l’Academie Ny Antsika, école de football créée par Ratsiraka en 2001 et financée par le groupe Bolloré.
Si personne ne misait un kopeck sur les Barea au départ pour une première participation, on savait que les protégés de Nicolas Dupuis allaient rencontrer des adversaires qui leur sont familiers et qu’ils ont parfois dominés ou battus. La RD Congo a été, par exemple, déjà battue nettement( 3-0 et 3-1) par les défunts Scorpions à Mahamasina. Le Nigeria avait déjà été tenu en échec à Alarobia de même que la Guinée à Mahamasina. Des coups d’éclat passés inaperçus puisqu’ils n’avaient pas conduit à une qualification, à quoi que ce soit ni à un quelconque titre même si, à l’époque, l’équipe était certainement plus valeureuse.

Le risque, aujourd’hui, est de croire qu’il suffit de prier partout et n’importe quand pour se qualifier et attendre que les dieux du foot bénissent l’équipe. Le coup de massue subi contre la Tunisie a montré que la dévotion n’empêche pas une déroute, que seuls un travail de fond, une formation, des stades, un encadrement et un environnement professionnel peuvent apporter des résultats. Le plus dur, désormais, est de tenter de faire autant sinon mieux que ce que les Barea viennent d’accomplir. Ce n’est pas avec des primes colossales qu’on pourra y arriver sinon on aurait écrasé la Tunisie. Premiers tests aux Jeux des îles et aux tours éliminatoires de la CHAN où le traitement des Barea laisse à désirer. Eh oui, mieux vaut donner des moyens aux sportifs pour qu’ils accomplissent des prouesses et non attendre qu’ils réalisent des prodiges ou des miracles susceptibles d’être récupérés à d’autres fins. Le fait est, que pauvreté étant, le sport reste juste un outil de propagande.

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