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Notes du passé

De rares mais vastes concessions européennes à l’Est

La couverture de cet ouvrage sur la colonisation de Madagascar en dit long sur les objectifs coloniaux.

En 1901-1902, à cinq années du début de la colonisation française, dans les districts de Mahanoro et Vatomandry sur la Côte Est, le peuplement européen ou d’origine européenne est médiocre.
À Mahanoro en 1902, on recense quarante colons (terme utilisé par le Guide-annuaire 1902 pour désigner les Blancs qui ne sont ni fonctionnaires ni missionnaires) dont vingt-sept occupent des emplois souvent modestes, quinze planteurs ou commerçants, sept artisans et cinq employés de commerce ou de plantation. Les treize Français, pour les deux-tiers des Réunionnais, sont planteurs et commerçants. À Vatomandry, sur cinquante quatre colons, on trouve la même année, trente-six Créoles (vingt deux Mauriciens, quatorze Réunionnais), et dix-huit Européens dont dix-sept Français.

Dans son étude sur « La colonisation à Vatomandry-Mahanoro – Espérances et désillusions (1895-1910)», Jean Fremigacci note que, dans l’ensemble de la population blanche de la province, la prépondérance créole (134 sur 225 en 1905) est moins marquée, « du fait de la présence d’une trentaine de fonctionnaires, parfois accompagnés de leurs familles, et qui sont presque tous des Français de Métropole ». Il précise aussi l’apparition, dès le début du siècle, d’une petite colonie asiatique, quatorze commerçants surtout chinois, en 1900.

Le paradoxe apparent de cette colonisation médiocre, ajoute-t-il, est que, avec des effectifs limités, elle parviendra à bouleverser les conditions d’existence d’une population
betsimisaraka estimée à l’époque à 19 000 et 53 000 âmes pour les deux districts. « Dans ce processus, l’appui du pouvoir colonial sera nécessaire et décisif. » En outre, dès 1900-1901, la carte agraire de la colonisation, est à peu près fixée pour un demi-siècle. Les planteurs qui s’établiront par la suite, reprendront pour la plupart des propriétés rachetées à bas prix ou des concessions abandonnées.

La mainmise sur la terre parait à première vue limitée d’après Jean Fremigacci : quelque 4 800 ha dans le district de Vatomandry fin 1901, 11 000 dans celui de Mahanoro si l’on compte les terres effectivement occupées soit 1,6% et 2% du sol tout au plus. Mais de plus près, fait-il observer, « la colonisation comme l’avait annoncé Gallieni, prend les meilleures terres en mettant même une partie en réserve pour l’avenir ».

En octobre 1899, treize lots de colonisation sont constitués. Ils gèlent plus de 12 500 ha dans le district de Vatomandry, notamment les vallées secondaires du Manambolo et de la Sahaly à l’ouest de la ville, et toute la basse vallée du Manampotsy. Il en va de même à Mahanoro pour plus de 2 000 ha pris dans les vallées de la Lohariana, du Mangoro, de la Masora dont les trois-quarts n’auront pas encore été demandés en 1905.

Autre observation : la carte des concessions et propriétés des colons montre qu’elles s’échelonnent pour la plupart dans les principales vallées, elles-mêmes assez régulièrement espacées. Ce sont, du Nord au Sud, les vallées de la Sandramanongy qui attire en particulier les Réunionnais, de la Sakanila, du Manampotsy, du Manandy-Vatana dans le district de Vatomandry, du Hosy-Lohariana, du Mangoro, de la Sahantsio à Mahanoro. Une telle implantation présente pour les colons, des avantages particuliers.
Dans le Journal officiel de Madagascar du 12 octobre 1901, on peut lire : « Les concessions sont, en général, séparées par d’assez grands intervalles où sont établis les villages indigènes. Cette répartition est avantageuse à tous égards, en ce qu’elle maintient le contact entre les populations européenne et indigène, et surtout en ce qu’elle facilite considérablement le recrutement de la main-d’œuvre nécessaire aux exploitations. »

Jean Fremigacci tire de ces constations plusieurs conséquences qui feront sentir tous leurs effets après 1910. En premier lieu, dit-il, il est impensable de mettre en culture les
étendues concédées avec une population aussi clairsemée, qui ne cultive elle-même que 20 000 ha environ dans les deux districts et n’a aucune propension au salariat. « Le problème de la terre ne va donc se poser qu’en liaison avec celui de la main-d’œuvre. »

L’occupation des vallées entraine effectivement la fuite de la population vers les collines ou vers l’intérieur. Tous les rapports politiques le répètent, le Betsimisaraka cherche avant tout à fuir le contact avec l’étranger. Ou alors suivant des modalités assez spéciales, il lui faut accepter de passer sous la coupe des colons. « Dans ces conditions, la surface théoriquement occupée par les colons ne signifie pas grand-chose. ».

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