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Érosion monétaire – De la naissance du FMG à la décadence financière

Depuis 2002, le franc malgache (Fmg) est devenu l’ariary actuel.

Avec le mouvement du 13 mai 1972, Madagascar a quitté la zone franc en 1973. La Banque centrale a succédé à l’institut d’émission de Madagascar. L’indépendance monétaire n’a pas été que du bonheur.

Effets secondaires. La sortie de Madagascar du giron de la zone franc a été considérée comme un des acquis de la lutte qualifiée par ses promoteurs d’anti néo colonialisme français, en mai 1972. En avril 1973, Didier Ratsiraka, ministre des Affaires étrangères, conduit la délégation malgache à Paris pour renégocier l’Accord de coopération avec la France. Par sa prestation impressionnante, il a ébloui ses interlocuteurs français dont un certain Jean François Deniau, un de ces hommes politiques français à la carrière bien remplie. Avec un caractère bien trempé.

Au final, Didier Ratsiraka a obtenu deux revendications majeures exprimées par le mouvement estudiantin, récupéré par des politiciens qui agissaient dans l’ombre. Le retrait des troupes françaises de la base militaire navale de DiégoSuarez et la naissance du FMG, la monnaie nationale, signée par AMR-VGE, les abréviations des noms et prénoms des ministres des finances de deux parties. Albert Marie Ramaroson et Valéry Giscard d’Estaing. Didier Ratsiraka et les membres de son équipe ont été accueillis comme des héros à leur retour au pays. De l’aéroport d’Ivato jusqu’à son domicile d’Ankadivato, une foule en liesse était descendue dans la rue pour les applaudir. Mais la suite a été moins fastueuse sur la situation monétaire du pays.

Durant les premières années de la révolution socialiste qu’il a présidée à partir du dimanche 15 juin 1975, Didier Ratsiraka et ses ministres des Finances, des techniciens hors du commun, ont pu maintenir la parité fixe du FMG par rapport au franc français ( FF ) et du dollar américain. Il interdisait la possession de devises. Mais dès 1980, quand l’économie planifiée calquée sur les modèles soviétiques et nord-coréen, a atteint ses limites, par la pénurie généralisée des produits de première nécessité, où il fallait faire la queue dès trois heures du matin pour avoir un peu de riz, de sucre, du pain ou de l’huile, où les femmes de la bonne société voyageaient à Maurice et La Réunion pour acheter des savonnettes, des déodorants et des sous-pulls, Didier Ratsiraka a changé de cap. Par un revirement à 360°. Abandonner les idéaux de la révolution nationale démocratique pour accepter les dogmes et principes du Fonds monétaire international, FMI, et de la Banque mondiale, deux institutions financières aux mains des pays capitalistes, l’incarnation même de l’impérialisme, avec qui Didier Ratsiraka était contraint de négocier.

Relations compliquées

Pour la première fois, les Malgaches, habitués à leur vie tranquille, ont entendu parler du Programme d’ajustement structurel et ses conditionnalités, un véritable «mis au pas» du pays diraient ses « aristarques » pour reprendre un de ses mots favoris. Parmi les exigences du FMI, la dévaluation graduelle et périodique du FMG, la hausse des prix à la pompe et le désengagement de l’État des secteurs productifs. Par ces sacrifices sans trop de résultats tangibles, sinon la paupérisation grandissante de population, apparition des 4’MIS dans la rue de la capitale, Madagascar a été gratifié de « meilleur élève du FMI ». La souveraineté nationale, un des leitmotiv de mai 72, a été rangée dans les tiroirs des oubliettes.

Et ces relations compliquées avec les bailleurs de fonds allaient être à l’origine de la crise politique de 1991- 1992. Manandafy Rakotonirina, irréductible opposant de Didier Ratsiraka, un des gourous derrière la grève estudiantine qui a fait tomber la première République, battu à la présidentielle du 12 mars 1989, estimait « qu’une fois que les dirigeants ont entamé des pourparlers avec le FMI et la Banque mondiale, la constitution à vocation socialiste n’a plus sa raison d’être. Il faudra l’enterrer ». Didier Ratsiraka a refusé de céder. Ou plutôt il a laissé la porte ouverte à « un toilettage constitutionnel ». Le mouvement de masse déclenché le 1er mai 1991 va écourter son troisième mandat présidentiel. Albert Zafy lui succède mais le FMI a été omniprésent. En 1994, le Marché interbancaire de devises, MID, sous la bannière du Switch, avec le mécanisme du système de change flottant, a été instauré. Afin de reconquérir la confiance du FMI perdue dans les dédales des infructueux financements parallèles. Conclus avec les princes d’opérette venus du minuscule royaume du Lichtenstein

Le changement de dénomination du FMG en ariary, décidé par Marc Ravaloma­nana, en divisant par cinq l’indexation monétaire, n’a rien apporté de positif. De la poudre aux yeux. L’écono­-mie nationale continue, même aujourd’hui, de subir et endurer les conséquences de cette « vraie indépendance » vantée par les soixante-douzards, si fiers de leur victoire. Ils n’ont pas mesuré l’importance de la tutelle française à l’époque des faits. Il est déjà trop tard pour tout regretter.

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