Accueil » Chronique » Journée(s) de la femme (2ème Partie)
Chronique

Journée(s) de la femme (2ème Partie)

Le 29 janvier 1886, Carl Benz invente l’automobile, la Benz Patent Wagen. Deux ans plus tard, le 5 août 1888, lassée que l’invention de son époux ne soit pas plus reconnue, Bertha part à son volant avec deux de ses fils. Au terme des 104 km entre Mannheim et Pforzheim, elle entre dans l’histoire comme la première personne au monde à avoir effectué un voyage automobile.

Dans un film court, pour les 130 ans de ce «petit pas pour une femme, grand pas pour l’Humanité», Mercedes avait magnifié les péripéties du périple : l’achat de ligroïne auprès d’un pharmacien pour refaire le plein de carburant, le débouchage d’un conduit d’essence avec une épingle à cheveux, l’appel à un forgeron pour réparer la chaîne ou à un cordonnier pour recouvrir de cuir les patins en bois des freins. Cette dernière improvisation est l’ancêtre des plaquettes de freins.

Cent trente ans après le périple de Bertha Benz, mais à des années lumière de sa liberté à elle, les femmes d’Arabie Saoudite obtinrent enfin le droit de conduire une voiture : c’était le le 24 juin 2018. Loujain al-Hathoul, qui avait protesté contre cette interdiction de conduire faite aux femmes saoudiennes, avait été emprisonnée quelques mois avant la libéralisation. Ce 11 mars 2021, elle était condamnée à cinq ans de prison et une interdiction de voyager, en vertu d’une loi «anti-terroriste».

Elle était encore en détention provisoire jusqu’au 11 février, mais faisant fi de ce contexte, les organisateurs du rallye-raid «Dakar» ont décidé de venir s’amuser dans les dunes d’Arabie saoudite. Bien sûr, les équipages féminins du «Dakar» ont leur permis de conduire depuis plusieurs générations et n’ont pas eu besoin de l’autorisation d’un «tuteur» masculin pour s’inscrire.

Rappelons que, si en 2008, le Paris-Dakar avait quitté l’Afrique pour l’Amérique latine (2009 à 2019) et maintenant le Moyen-Orient (2020-2025), c’était à cause de l’insécurité liée au terrorisme islamiste qui prétend convertir le monde au rigorisme puritain que prônait Muhammad ibn Abd al-Wahhab, l’idéologue du wahhabisme saoudien.

Vivre la foi comme au VIIème siècle : s’accoutrer comme il y a 1400 ans, croire simplement comme les crédules de ce temps. Asséné aussi brutalement, ce puritanisme ferait fuir tout le monde : dogmatisme, fanatisme, intolérance, jihad, terrorisme. En acceptant de jouer le jeu du «soft power» saoudien, les grands évènements sportifs s’en font les complices. Aucune Saoudienne ne pourra avant longtemps s’aligner sur le «Dakar» qui se court à sa porte, et on se demande si les femmes saoudiennes pourraient assister au Grand Prix de Djeddah (28 novembre 2021) que la Formule 1 vient d’ajouter aux deux autres Grand Prix de la péninsule arabique, Bahreïn (28 mars) et Abu Dhabi (5 décembre).

Sur le «Dakar», mais uniquement pour la communication, une Saoudienne, Aseel Al Hamad, membre de la fédération saoudienne du sport automobile, avait été invitée à conduire une voiture de démonstration. Elle avait pu s’affranchir de l’abaya noire obligatoire et troquer le voile contre une casquette. Mais, pendant que l’autochtone faisait un petit tour très médiatique et beaucoup surveillé, l’Espagnole Cristina Gutierrez remportait la première étape du Dakar 2021, dans la catégorie SSV T3 (véhicules légers). Dire que, vingt ans déjà auparavant, lors de l’édition 2001, l’Allemande Jutta Kleinschmidt, devenait la première femme à remporter le «Dakar». Elle reste d’ailleurs la seule à ce jour.

Pour les millions de femmes saoudiennes anonymes, même si elles postent fièrement une photo de leur permis de conduire, on a un nom, une figure: Cäcilie Bertha Ringer, devenue épouse Benz en 1872. Née le 3 mai 1849, cette femme d’avant-garde est morte le 5 mai 1944, à 95 ans. Inscrite comme «Route européenne de l’héritage industriel», la «Bertha Benz Memorial Route» est reconnue comme route touristique depuis février 2008.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter