Notes du passé

D’une erreur géographique nait Madagascar

Sur les cartes du XVIe siècle, les photos de la Grande ile se précise de document en document.

Jusqu’à la fin du XVe siècle, seuls les Indonésiens, les Arabes et les Antalaotra fréquentent la Grande ile. D’après les auteurs de l’ Histoire de Madagascar de 1967, aucun Européen n’y aborde avant le capitaine portugais Diego Dias qui la voit, par hasard, en l’an 1500, alors qu’il fuit une tempête.

C’est pourtant un Européen, Marco Polo qui, deux siècles auparavant, invente de nom de Madagascar sans la connaitre. « Ce baptême résulta d’une erreur géographique considérable : le grand voyageur vénitien du XIIIe siècle avait confondu Mogadiscio, port de la côte de Somalie, avec la Grande ile, située cependant beaucoup plus au Sud. » Il la peuple de la faune africaine des plateaux éthiopiens : « des grands fauves de la savane, des chameaux du désert et même, il en fait le paradis des éléphants ! »

Et tout le monde en Europe, le croit. Le nom arabe de Madagascar, Komr, « passe définitivement à l’archipel des Comores par la suite ». Une telle erreur n’est pas rare. À l’époque de Marco Polo, les géographes arabes eux-mêmes ne distinguent pas les Comores de Madagascar, alors que leurs boutres fréquentent régulièrement ces iles.

Deux cents ans plus tard, en 1492, alors que Christoph Colomb découvre l’Amérique, l’Allemand Martin Behaim commet une erreur du même ordre que celle de Marco Polo. Le cosmographe figure Madagascar sur son globe terrestre, mais il la place beaucoup trop loin de la côte orientale de l’Afrique. Concernant Zanzibar qu’il place plus loin encore, vers le large, et qu’il dessine aussi vaste que Madagascar, l’erreur est plus grande encore.

Concernant l’arrivée des Européens, dans l’océan Indien, les Portugais l’atteignent les premiers, après avoir enfin doublé l’Afrique. En 1497, dix ans après Barthélémy Diaz, Vasco de Gama franchit le Cap de Bonne-Espérance, le « Cap des Tempêtes» ayant été rebaptisé ainsi par le roi Jean II de Portugal. Il traverse le Mozambique et atteint Zanzibar. Avec l’aide d’un pilote arabe, en utilisant la mousson indienne, il touche l’Inde à Calicut. Ainsi, la première liaison maritime, Europe-Atlantique-Inde, ne reconnait pas Madagascar que les navigateurs européens imaginent sans doute, avec Martin Behaim, plus orientale.

C’est fait moins de deux ans plus tard. « À partir de 1500, les navires portugais cabotèrent sur les côtes malgaches et concurrencèrent les Arabes. » Pendant le XVIe siècle, ils exercent une sorte de primauté dans le bassin occidental de l’océan Indien, mais ils ne parviennent pas à évincer complètement leurs prédécesseurs. « Cependant, leurs cartographes, grâce aux indications des capitaines, repérèrent plus exactement Madagascar qu’ils avaient baptisé Saint-Laurent, et la forme de l’ile, encore bien inexacte pourtant, se précisait de document en document. »

Les Hollandais, les Anglais, les Français ne tardent pas à participer à l’inventaire des baies et des estuaires malgaches; et Madagascar devient « dès le premier quart du XVIe siècle, une escale sur la route des Indes orientales ». L’arrivée de leurs concurrents européens et aussi des échecs cuisants cantonnent ensuite le commerce portugais dans la partie septentrionale du Mozambique entre le Boeny et l’Afrique.

Les Hollandais fréquentent plutôt la côte orientale et la baie de Saint-Augustin où les Anglais arrivent à leur tour. Les Français s’intéressent surtout aux baies du Sud-ouest, à Saint-Augustin et à Sainte-Luce. Ainsi, on voit que des baies particulièrement favorables- l’embouchure de l’Onilahy, celles des fleuves du Boeny au Nord-ouest et aussi celle d’Antongil au Nord-est- servent d’escales aux premiers navigateurs européens, dès le début du XVIe siècle. «Après une longue et périlleuse navigation dans l’Atlantique, au seuil de l’océan Indien, la Grande ile pouvait leur paraitre bien riche de possibilités. »

Les premiers contacts entre les Malgaches et les Européens se révèlent, dès le début, très superficiels. Des expéditions rapides- les razzias commerciales- naissent de la concurrence entre les Arabes et les Portugais ainsi qu’entre les Européens eux-mêmes. Elles éveillent la méfiance des habitants des côtes. Les escales plus prolongées et l’installation des premiers comptoirs permettent aux nouveaux venus « de constater le caractère doux, aimable, hospitalier même de ces populations ».Toutefois, le prosélytisme des missionnaires ne rencontre aucun succès, la solidité des coutumes ancestrales apparaît vite aux Étrangers. « Cette résistance des Malgaches à la civilisation occidentale allait se poursuivre jusqu’au début du XIXe siècle, favorisée par l’hostilité du milieu géographique sur les franges maritimes de Madagascar. »

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