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Trafic d’Or – Mission délicate de la délégation malgache aux Comores

Le ministre  des  Affaires  étrangères  des  Comores  et  le ministre Herilaza  Imbiki  au  sortir  d’une  réunion  conjointe.

Les négociations avec les autorités comoriennes pour le rapatriement de l’or saisi à Moroni et l’extradition des présumés trafiquants démarrent. La partie n’est pas gagnée d’avance.

Une obligation de résultat. C’est ce qui s’impose à la délégation malgache qui se trouve actuellement aux Comores. Andry Rajoelina, président de la République, l’a en effet souligné, durant le petit déjeuner de presse à Iavoloha, vendredi. Les responsables doivent faire en sorte de rapatrier l’or saisi et obtenir l’extradition des présumés trafiquants.

La partie s’annonce pourtant compliquée. La mission conduite par Herilaza Imbiki, ministre de la Justice, pourrait être amenée à mener de dures négociations afin de convaincre les autorités comoriennes. Jusqu’à la fin de la semaine dernière, pourtant, l’extradition de Faizara Pacheco Azali et Stenny Andrianantenainambinitsoa, les deux malgaches arrêtés à l’aéroport de Moroni, le 28 décembre, s’annonçait comme une simple formalité. Pareillement pour le rapatriement des 49 kilos d’or saisis, qui au final ferait plus 50 kilos.

Madagascar table sur une convention entre les deux pays qui prévoit une procédure d’extradition simplifiée, et le principe de réciprocité. La semaine dernière, le porte-parole du gouvernement comorien avait déclaré que la réciprocité devrait s’imposer rapidement. Le 27 janvier 2021, Mada­gascar a accepté l’extradition d’une personne accusée de tentative d’attentat contre le Président des Comores. L’extradition s’est faite rapidement et n’a pas nécessité le déplacement de négociateurs comoriens.

Seulement, des déclarations sur cette affaire, depuis le début de cette semaine tempère l’optimisme de la partie malgache. Une escouade d’avocats comoriens enchaînent les sorties médiatiques pour démonter le principe de réciprocité. Ils martèlent, notamment, une disposition de la convention bilatérale qui veut que l’extradition peut être refusée si les infractions font l’objet de poursuite dans l’État requis. Les deux malgaches sont sous la coupe d’une poursuite judiciaire aux Comores et y sont en détention préventive.

Parpia Gold

L’autre argument martelé par les opposants à l’extradition est qu’elle pourrait mettre en péril la procédure judiciaire en cours sur l’archipel. Les propos de Dhoihir Dhoulkamal, ministre comorien des Affaires étrangères, hier, à l’issue d’un entretien avec Herilaza Imbiki, laisse entrevoir que son gouvernement n’écarte pas l’option d’un refus de l’extradition.

«Nous ne pouvons pas comparer les deux cas. (…) Ne tirons pas de conclusions hâtives, ne comparons pas ce qui n’est pas comparable et laissons les choses se faire », a soutenu Dhoihir Dhoulkamal, au sujet de la réciprocité sur la base de l’extradition acceptée par Madagascar, en janvier 2021. Outre la contes­tation de l’extradition, la même campagne s’est activée depuis lundi pour court-circuiter le rapatriement des vingt-huit lingots d’or saisis. Depuis leurs saisies, les métaux précieux ont été confiés à la Banque centrale comorienne.

La partie malgache soutient la thèse que la cargaison d’or saisie à Moroni vient de Madagascar. Durant un point de presse, la semaine dernière, Ali Mohamed Djounaid, procureur de la République près du Tribunal de première instance (TPI), de Morini, a déclaré que le réseau de trafic illicite d’or fait sortir les lingots de manière illicite de Madagascar (…). Il a, également, révélé que onze opérations illicites partant de Madagascar pour faire passer de l’or jusqu’à Dubaï, via les Comores, se sont déroulées de septembre à décembre 2021.

Un élément du dossier sème, toutefois, le doute sur l’origine réelle des métaux précieux et donne un argument à ceux qui souhaitent qu’ils soient gardés dans la trésorerie de l’archipel. À l’aéroport de Moroni, le 28 décembre, les présumés trafiquants arrêtés ont présenté une facture d’une société dénommée Mali Metal SARL, à l’endroit de Parpia gold and jewels trading LLC. Ce document devait servir de pièce pour justifier que a été acheté au Mali.

Parpia Gold a été citée dans l’affaire des 73,5 kilos d’or saisis à Johannesburg, le 31 décembre 2020. Également destinataire d’une facture disant que les lingots ont aussi été achetés au Mali, cette société dubaöte a même revendiqué la propriété de la cargaison devant la justice sud-africaine. Le rapport d’une décision de la Haute cour sud-africaine, le 25 février 2021, indique que 3 kilos, sur les 73,5 kilos saisis, pourraient bien avoir été achetés au Mali. Un point qui complique la procédure de demande de rapatriement des métaux précieux à Madagascar.

L’entreprise a, également, affirmé que les trois malgaches, présumés contrebandiers, qui sont toujours dans les geôles sud-africaines en détention seraient ses salariés. Il s’avère que Faizara Pacheco Azali et Stenny Andrianantenainambinitsoa, sont aussi recherchés par la justice malgache pour l’affaire des 73,5 kilos d’or. La demande d’extradition des trois larrons arrêtés dans l’affaire de l’or saisi à Johannes­- burg est au point mort depuis plus d’un an. Obtenir l’extradition des deux détenus aux Comores pourrait ne pas être simple, non plus.

Tout indique, pourtant, qu’un même réseau est derrière l’affaire en Afrique du Sud et celle aux Comores. L’extradition des malgaches arrêtés dans ces deux actes illicites pour faire avancer les enquêtes diligentées par le Pôle anti-corruption (PAC), qui sont dans l’impasse. Concernant le rapatriement de l’or, le seul argument de la partie malgache est une hypothèse motivée par un aveu des accusés déférés devant le PAC, dans l’affaire des 73,5 kilos d’or. Un argument qui n’a pas fait mouche en Afrique du Sud. Reste à voir ce qu’en pensent les autorités comoriennes.

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