Notes du passé

Radama, digne continuateur de son père

Radama Ier ouvre son royaume aux Européens, mais de manière sensée.

Jusqu’au règne du grand souverain Andrianampoinimerina (1787-1810), l’accès de son royaume, l’Imerina, est prohibé aux Vazaha blancs. Mais son fils et successeur à 18 ans, roi absolu de la terre et du ciel, veut faire commerce avec les Européens. Il se justifie devant son peuple réuni à Andohalo, auquel il doit toujours se référer dans « les circonstances exceptionnellement graves ».

« Si je les fais monter ici, en voici la raison : c’est que je veux créer une armée; et ces Anglais m’aideront à former les soldats qui défendront mon royaume, qui en seront les cornes protectrices. Les Anglais ne nous cacheront rien de ce que les Européens ont chez eux; ils nous fourniront des canons et des balles ; avec ces armes, nous pouvons agrandir le royaume. De plus, ils nous apprendront à fabriquer de belles et bonnes choses, de superbes habits rouges, de beaux habits noirs, des sabres magnifiques, enfin tout ce qui se fait de bien au-delà des mers. »

En fait, il est imparti à ce digne continuateur de son père, d’initier son pays à la civilisation moderne. Cependant, s’il accueille bien les Européens, il ne le fait pas sans intérêt. Il attend d’eux des enseignements profitables, des armes pour vaincre comme il le dit, ainsi que tous les moyens propres à asseoir sa domination et à l’étendre jusqu’à la mer, conformément à la politique définie par Andrianampoinimerina: « La mer sera la limite de ma rizière. »

En outre, Radama sait doser avec habileté les influences anglaise et française qui agissent autour de lui pour la prépondérance. Il joue avec finesse de leurs querelles et de leurs rivalités. Selon les auteurs du Spécial Tananarive de la Revue de Madagascar (1952), le thème des tractations avec les Vazaha blancs, qu’ils soient anglais ou français, restent toujours le même et toujours profitable: le roi d’Antananarivo vend des esclaves à l’usage des plantations de canne à sucre des iles Mascareignes (Bourbon, Ile de France). Quant aux négociateurs habituels, ils sont Créoles de ces iles et leurs sympathies vont équitablement aux deux bannières rivales, tandis que « les deux gouvernements de Londres et de Paris affectent de laisser dans l’ombre la question de Madagascar ».

À l’époque, le seul commerce consiste en la traite des esclaves. C’est de ce terrible trafic humain que le roi, ses nobles (Andriana) et ses commerçants Hova tirent leurs ressources en devises évaluées en piastres en argent. Les tractations fréquentes et nombreuses portent chaque année, sur plusieurs milliers d’individus, sous réserve de l’acquittement d’un droit de deux dollars et demi par tête, au profit du trésor royal. La masse exportable est faite de prisonniers de guerre, de délinquants de droit commun ou de criminels politiques.

C’est pour demander à Radama l’abolition de la traite des esclaves, condamnée en 1814 par le Congrès de Vienne, que le sous-officier anglais James Hastie, devenu agent consulaire pour les besoins de la cause, se présente au roi Radama, le 17 juillet 1817. « Pour ne pas être signalé aux princes européens comme ennemi de la civilisation, ce dernier consentit à la suppression de l’exportation des esclaves », par le traité de 1817, renforcé par celui de 1820.

Le roi obtient en échange, outre des avantages financiers et en nature sous forme de produits européens, que vingt jeunes Malgaches iront recevoir instruction et formation technique à Londres ou à Port-Louis. De plus, l’influence de James Hastie sur lui est, semble-t-il bienfaisante et fertile en résultats.

« Elle profita non seulement au souverain dont l’intelligence s’aviva à connaître la pensée et le jugement de l’ami européen, mais aussi aux progrès matériels et moraux du pays. »

On cite le développement de l’école, l’introduction à Antananarivo des premiers chevaux, des premières charrues et de nombreuses graines et plantes, la réalisation des premières vaccinations contre la variole qui fait chaque jour des dizaines de morts dans la capitale, le nettoyage de la ville et l’entretien des rues, la suppression de l’épreuve du tanguin, poison que l’on fait absorber à l’inculpé pour décider de sa culpabilité, la suppression définitive des bacchanales traditionnelles ou Lapabe…

Et surtout, bien conseillé par James Hastie, et son armée bien instruite par le Français Robin et l’Anglais Brady, Radama entreprend une ou deux fois par an des expéditions de réunification de Madagascar qui ramènent dans la ville de nombreux butins dont elle s’enrichit. « Leur succès fut décisif et Radama put prendre le titre de Roi de Madagascar. »

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter