Notes du passé

Les Sakalava ou les vaillants batailleurs de l’Ouest

Dans l’Ouest de la Grande île, l’immense pays sakalava s’étend du Sambirano au Nord à l’Oni­lahy et à la baie de Saint-Augustin, atteignant vers l’Ouest le pied du Bongolava : il couvre près du quart de Madagascar.

Raymond Decary précise « qu’aucune tribu n’a donné lieu à autant de divergences interprétatives de son nom ». Les Rev. Wien et Lindo le traduisent par « les gens des longues plaines » (sakany, largeur ; lavany, longueur). L’abbé Dalmond parle de « chats longs », « ce qui n’a aucun sens réel ». D’autres le rapprochent de sakaray, les gens méfiants.

Rusillon observe que le nom de la peuplade rappelle « sérieusement » la consonance française et anglaise du mot esclave et que plusieurs auteurs écrivent d’ailleurs Séclaves ou Céclaves ! Cependant, il note que saka signifie non seulement vallée ou campagne, mais aussi traverser, oser, fouiller, défendre. Ainsi, pour lui, les Sakalava pourraient être également ceux qui viennent de la longue vallée après avoir « osé traverser toutes les rivières et fouiller la terre pour y trouver des tubercules, sans reculer, toujours combattant pour ou contre quelqu’un ».

Alfred Grandidier et son fils Guillaume donnent « les gens de saka », ceux qui se sont étendus sur une longue surface de pays. Ils se basent ainsi sur le fait que les chefs des principales familles sakalava sont venues originairement de la province d’Isaka, sur la côte Sud-est.

Dans un tout autre sens, Jorgensen et, après lui, Ferrand et Julien voient ici la corruption d’un mot bantou. Ferrand rapproche Sakalava du nom tribal Machoukoulonbé ou Shukulumbue du Haut-Zambèze. Dans la même optique, le père Luis Mariano est le premier à citer le nom de Sakalava, le dénomme Sukulombe. Ce serait alors simplement l’étymologie populaire qui aurait transformé le lambue bantou en lava malgache. Le père Tastevin, tout en étant d’accord pour l’origine africaine, donne comme racine le mot différent de katava et traduit le nom de Sakalava par « vaillants, courageux et batailleurs ».

Aux Sakalava se rattachent les Vezo, population maritime du Sud-ouest et du Sud. D’après Chapelier qui écrit vers 1804 et dont les lettres sont publiées par l’Académie malgache, ce groupe porte alors le nom d’«Antaihy-vézou ». Plus tard, il se serait simplifié en Antivezo. Le père Tastevin le traduit par les querelleurs, sans indiquer à quelle
racine il se rattache.

On considère plus généralement que le nom des Vezo, signifiant pagayez au mode impératif, est une allusion à leur genre de vie. Toutefois, Faublée, professeur des Langues orientales, fait remarquer que le nom de cette peuplade qui se prononce avec le son « o » final, ne peut correspondre à cet impératif et devrait donc avoir le son « ou ». Il le fait dériver de « bajao », nom des piroguiers de Sumatra.

Près des Vezo, les Bara constituent une importante tribu du Sud-ouest, entre les Betsileo, les Mahafaly et les Antandroy.

« Demeuré longtemps énigmatique, leur nom a donné naissance à plus d’une interprétation », affirme Raymond Decary. En malgache, « simple, naïf », le nom aurait été un surnom donné jadis par les Zafimanely au chef de l’une de leurs tribus vassales, d’une grande niaiserie et « se serait ensuite appliqué à toute la tribu ». D’autres y voient le nom d’un ancien chef Zafimanely, très courageux et réputé, appelé Ibara. Razafintsalama fait descendre le mot du sanscrit, bachara (qui parle indistinctement, niais, sot).

À l’heure actuelle, l’accord est à peu près fait, à la suite de Ferrand, que ce terme n’est ni malgache ni indonésien, mais africain d’origine et doit être rapproché du nom tribal bantou Mbara ou Mbala, à l’Ouest du Nyassa. Ce mot bantou a le sens de « sauvage, cruel » et se retrouve au Soudan sous la forme redoublée de Bambara.

Raymond Decary signale que les Bara, au caractère guerrier, ont souvent aussi « une voix forte et criarde, qui peut leur donner l’air d’invectiver, alors qu’ils n’en ont nullement la pensée ». Mais Faublée ne croit pas à une source africaine car pour lui, Bara correspond à un mot indonésien conservé chez les Cham d’Indochine, qui signifie prince.

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