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Laconisme

Le ring n’est toujours pas déserté

Être dans une position de spectateur confère un sérieux avantage par rapport à ceux qui participent, directement ou non, à ce combat électoral qui n’en est encore, si l’on en croit les résultats provisoires, qu’au premier round. On est immunisé contre l’épidémie de déception qui, tôt ou tard, lorsque l’un des boxeurs mettra son adversaire KO, se répandra à une vitesse record parmi les supporters du vaincu, une célérité qui ridiculisera la peste mais espérons cependant qu’elle ne sera pas plus mortelle que cette dernière. Quand nos convictions ne nous affectent dans aucune tribune de supporters, on est atteint par un autre mal : la lassitude générée par cette bipolarisation du paysage politique à l’origine de ces querelles et de ces échanges qui sont tout sauf amicaux, qui frôlent la haine, et qui salissent nos fils d’actualité.

Un fait vraiment déplorable n’attend que le leader allume la mèche pour dynamiter la situation : par je ne sais quelle manipulation, de vicieux relents personnels ont imprégné les plus radica­lisés, explosifs aussi dangereux que la poudre et qui risquent d’embraser une situation déjà insupportable. Par on ne sait quel charme, leur corps est habité par la personne admirée dont les malheurs et les victoires deviennent les leurs. Une introjection qui féconde une servitude inconsciente, mais volontaire.

Si dans les grandes démocraties le vaincu s’empresse de féliciter son adversaire avant même l’officialisation de sa défaite, ce comporte­ment républicain n’est malheureusement encore pas ancré dans notre culture politique : une des raisons pour lesquelles je reste convaincu que nous ne sommes pas encore prêts pour le suffrage universel direct. Ne parlons même pas de la qualité du système éducatif qui ne garantit pas une égalité de l’instruction et qui donne la décision du sort du pays à la dictature d’une majorité d’illettrés.

Les plus acerbes partisans de celui qui a été élevé au rang de figure paternelle ont déjà montré leur détermination à prendre les armes pour imposer leur choix à tout le monde. Un affrontement contre ceux qui ont été conquis par le jeu de la séduction, pratiqué par celui qui a su utiliser son visage angélique comme atout, est à craindre. D’un côté, il y a ceux qui ont succombé à un art de séduire qui ferait passer Don Juan pour un amateur : l’emploi massif de gadgets et de simulacres (des images d’une intensité fascinante) qui sont, selon la philosophie platonicienne, des apparences certes séduisantes mais trompeuses. D’un autre côté, ceux qui vouent à leur « Dada » un amour inconditionnel : ils sont même prêts à donner leur vie pour lui.

Les trajectoires de l’imagination, dopées par ce que les lectures nous ont laissé, prennent souvent le sens du catastrophisme. Comme lorsque les souvenirs de la lecture de Macbeth (W. Shakespeare) font resurgir dans ma mémoire les trois sorcières qui ont vu, dans leur prophétie, Macbeth sur le trône d’Écosse. Prophétie et pouvoir, cela vous rappelle quelqu’un ? Mais oui celui qui, après avoir mis une première année de prise de pouvoir dans son chapeau de magicien, a rajeuni cette première prophétie de cinq ans quand il l’a ressortie du chapeau. Mais n’a-t-il pas aussi prédit qu’il sera installé et non élu ? On se demande alors : son dernier mot a-t-il été réellement déjà dit ? Quand on sait quels moyens ont été exploités par Lady Macbeth pour que son mari obtienne rapidement la couronne…
Alors que sur l’échiquier, les différentes pièces se livrent à une guerre où tous les coups sont permis, l’issue dépendra toujours des deux véritables joueurs, obéis aveuglément par leurs partisans. Quand on connait les effets dévastateurs d’une crise politique, il ne nous reste plus qu’à espérer que l’esprit de la sagesse finira par tomber sur les deux protagonistes.

par Fenitra Ratefiarivony

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