Tom Andriamanoro aborde sa chronique hebdomadaire par un sujet grisant comme le vin. Néanmoins, il parle également de récifs coralliens et de leur importance dans la survie de l’humanité, et dans Lettres sans frontières, il choisit un extrait de Germinal d’Emile Zola. Table - Le Beaujolais nouveau est arrivé Pour plus de précaution – car à Madagascar même, le calendrier est à géométrie variable – disons qu’il devrait déjà être là… La tradition exige, en effet, que ce vin festif au goût léger et fruité soit étrenné- allez savoir pourquoi - le troisième jeudi du mois de novembre. Un délai de grâce de quelques semaines est toutefois accordé aux retardataires. Décalage horaire aidant, le Japon figure traditionnellement parmi les tout premiers pays à déboucher la première bouteille. Le dieu Vin sait reconnaître les siens : de 1996 à 2006, la consommation du jus de la vigne au Pays du Soleil Levant est passée de 600 000 litres à plus de huit millions ! Derrière les lampions dont on l’enguirlande, il faut, néanmoins, savoir que le Beaujolais nouveau n’est pas ce qu’on appelle un grand vin. Pressé dès la fin des vendanges, sa fermentation est réduite au minimum, suivie, illico presto, par la mise en bouteille et l’expédition aux quatre coins du monde. Car le Beaujolais nouveau est consommé à plus de 70% par l’Outre-mer. C’est, par contre, un vin cher, surtout pour les petits pays comme Madagascar qui doivent recourir au fret aérien pour être dans les temps. Merci au Beaujolais nouveau de nous fournir la meilleure opportunité dont on puisse rêver pour parler de ce produit noble qu’est le vin. À tout seigneur tout honneur, la France reste le pays par excellence des grands vins, même si beaucoup de viticulteurs ont choisi d’émigrer avec leur savoir-faire. Dans le cadre de la Foire annuelle aux Vins créée par E. Leclerc en 1973, chaque magasin Leclerc propose plus de 400 références dont les crus de leurs régions respectives, question de soutenir les vignerons locaux. Il n’est pas rare qu’en France, des restaurateurs descendent eux-mêmes dans les vignes avec leur camion, et que les sommeliers traitent en personne avec les viticulteurs en fonction des tendances et de l’image de marque de leur établissement. Plus un restaurant est étoilé, plus il y a de critères de sélection. C’est pourquoi dans les grands pays de vin, être sommelier est un poste hautement stratégique. Ce n’est pas tout à fait le cas à Madagascar où ils brillent souvent par leur discrétion. Peut-être parce qu’on s’approvisionne généralement chez les mêmes grossistes, ce qui entraine une certaine uniformisation de l’offre. Quelques grands établissements osent, néanmoins, investir dans l’importation directe, et se constituent une cave pouvant inclure des vins prestigieux. Que faut-il pour qu’un vignoble soit de qualité Avant tout, beaucoup d’ensoleillement. Plus il y a de soleil, plus le raisin sera sucré, et plus on obtiendra un taux en alcool riche. Les meilleurs sols, par contre, sont les sols pauvres, car plus les racines sont longues, mieux la vigne s’en porte. Dans certains vignobles, elles peuvent descendre jusqu’à deux ou trois mètres. Les vins malgaches se heurtent à, au moins, trois handicaps majeurs. Un, nos cépages sont hybrides alors qu’en France, la plupart des vignobles sont à cépages nobles, avec un cépage spécifique pour chaque région. Il est, par exemple, rigoureusement interdit de planter un cépage de la Vallée du Rhône dans le Bordelais et vice versa. Tout est réglementé au niveau des appellations d’origine contrôlée. Deux, il y a souvent beaucoup de pluie pendant les vendanges, ce qui réduit d’autant le taux de sucre des raisins. Trois, le sol malgache contient beaucoup de fer, et c’est pour le vin un facteur fâcheux d’acidité. [caption id="attachment_12564" align="aligncenter" width="300"]
Les vendanges dans le Languedoc Roussillon.[/caption] Pour une bonne conservation Comment les professionnels font-ils pour conserver au vin toutes ses qualités Sûrement pas en le gardant au soleil ! Il ne faut pas non plus mettre les bouteilles debout, car cela assèche le bouchon, et amène le vin à s’éventer. Il est préférable de les coucher pour que le liquide touche et humidifie le bouchon. Celui-ci va ainsi enfler et empêcher l’air de passer. Ils mettront également l’étiquette au-dessus, car l’inverse risquerait de l’abimer. Dans les grands crus, une étiquette déchirée fait perdre de sa valeur à la bouteille, qui n’intéressera plus que les collectionneurs. Concernant le service, on n’apprendra pas aux connaisseurs la température exigée par un blanc ou un Bordeaux. On n’en voudra, en revanche, à personne- les aléas du marché de l’équipement étant- d’ignorer qu’il existe des verres à Bourgogne, des verres à Bordeaux, et d’autres pour les vins d’Alsace … Le prix d’un des vins les plus chers du monde, le Domaine de la Romanée Conti, tourne en toute modestie autour d’une petite poignée (pas moins de six millions d’ariary). Il est cultivé sur à peine un hectare, et toutes les bouteilles sont numérotées. Il en est qui sont encore plus chers, et d’autres qui le sont un tout petit peu moins. L’appellation joue, ainsi que le millésime. Le prix est-il toujours une garantie infaillible de meilleure qualité Il semblerait que non, puisque des rapports qualité-prix très intéressants existent, ailleurs, par exemple dans les vins du Languedoc Roussillon ou ceux du Sud-Ouest de la France. Des enquêtes ont, d’ailleurs, montré que certains vins étaient chers uniquement pour le design très recherché de leur contenant. PS : cet article est dédié à Gaby Petit, un de nos rares théoriciens de la treille, dont le Beaujolais nouveau de cette année est le premier auquel il ne goûtera pas. Sa gentillesse et son sourire étaient un hymne au bon vin, à la vie. Doctrines - L’Histoire en… Pensées Gilbert Achcar, enseignant à l’Institut des études orientales et africaines de Londres, est un intellectuel marxiste fidèle à ses convictions. Le communisme a, certes, fait son temps, mais on remarquera que, par-delà les étymologies, son analyse de l’état du monde garde toute sa justesse. Pour cet homme foncièrement de gauche, les valeurs de justice sociale et d’égalité sont universelles, et les droits et obligations qui en découlent « doivent être respectés partout, et par tous». La séparation de l’Église et de l’État, pour sa part, est un acquis sur lequel il ne peut plus être question de revenir, aucun État soi-disant inspiré par les Saintes Écritures ne pouvant être démocratique. Au contraire, « les Institutions religieuses dominantes voudront forcément imposer leur propre interprétation des lois divines ». Internet et les réseaux sociaux Gilbert Achcar reconnait qu’ils ont joué un rôle-clé dans les mouvements et soulèvements populaires de ces dernières années. « Mais les faits ont montré que les technologies modernes, et notamment les réseaux sociaux, ne peuvent suffire pour gagner la bataille. Leur rôle est essentiel au tout début, mais il devient crucial de s’organiser le plus rapidement possible, sous la forme de réseaux concrets et pas seulement virtuels », quoiqu’il n’y ait point à ce sujet de modèle universel. Confrontation entre progressisme et impérialisme, voilà qui, à première vue, nous ramène à une dialectique d’un autre âge. Mais à y voir de plus près, le problème reste entier, pour peu que l’impérialisme cède le pas à une certaine Communauté internationale, en réalité un petit club de pays hégémonistes qui parlent et décident en lieu et place de tous les autres. « La lutte doit être menée sans illusion sur l’impérialisme, et sans chercher aucun appui de sa part. Pour l’impérialisme, il vaut toujours mieux gérer un régime despotique que des mouvements progressistes. » Son analyse du « printemps arabe » est la plus attendue. Au risque de décevoir, il n’a jamais voulu utiliser cette appellation. « Ce qui a commencé en 2011 dans les pays arabophones est un processus qui durera de nombreuses années, voire des décennies. Il y aura des hauts et des bas, des phases de révolution et de contre-révolution, et aucune stabilité durable pendant un bon moment. Tant que les problèmes fondamentaux à l’origine de la Crise, qui sont avant tout de nature socio-économique, ne seront pas résolus, la région restera instable. » Il ne fallait donc pas être trop optimiste, trop… printanier, et la suite des évènements lui a donné raison. « Quand on pense aux grands espoirs nés en 2011 et que l’on observe la situation actuelle, le contraste est terrible. Mais tout peut encore changer au cours des cinq prochaines années ». Et sans vouloir jouer aux oiseaux de mauvais augure, Gilbert Achcar de prédire qu’on assistera à de nouveaux soulèvements, fatalement. Inch Allah, qui vivra verra. [caption id="attachment_12565" align="aligncenter" width="300"]
Quelque 500 millions de personnes dépendent aujourd’hui directement des coraux pour leur alimentation.[/caption]
Environnement - Les coraux, un réservoir de vie
L’extension du port de Toamasina s’inscrit dans la droite ligne de la mise à niveau des infrastructures nécessaires au développement économique, dans un contexte de concurrence. C’est donc un projet bien à propos, mais qui doit être pensé, et pesé, dans tous les aspects qu’il implique, pour que les nouvelles performances attendues n’aient point pour prix un appauvrissement, aux airs de sacrifice, de la région et de sa population dans d’autres domaines tout aussi vitaux. Une solution plus appropriée en termes de localisation du nouveau port existe, qui ne se traduira pas par des risques élevés d’impact écologique. L’Association des originaires de la province de Toamasina a fait des suggestions à ce sujet, essentiellement pour sauvegarder les récifs coralliens, appuyée, dans la foulée, par d’autres milieux autorisés comme le Syndicat des enseignants-chercheurs (Seces) dont il faut saluer l’implication citoyenne. Ils doivent être écoutés, car nos décideurs accusent parfois un inquiétant déficit en matière de conscience environnementale.
Les récifs coralliens, comme ceux qu’il importe de préserver dans ce cas précis sont, avec la forêt pluviale, un des plus riches écosystèmes de la planète. À Madagascar, ils se rencontrent principalement sur la façade occidentale, comme la barrière corallienne allant d’Itampolo à Morombe, qui est une des plus longues au monde après celle d’Australie. On citera aussi les îlots et récifs frangeants des îles Barren en face de Maintirano, ainsi que l’archipel de Nosy Be. Sur la côte Est, ils sont disséminés dans des sites comme la presqu’île de Masoala, Foulpointe, ou encore Sainte-Marie. À l’échelle de la planète, les récifs coralliens n’occupent que 0,02% de la surface des océans, pourtant ils concentrent pas moins de 30% de la biodiversité marine connue. Un autre chiffre est encore plus parlant : actuellement dans le monde, 500 millions de personnes dépendent directement des coraux pour leur alimentation. Comment Tout simplement par le phénomène de la photosynthèse qui a cours entre le « corail-animal » et les algues qui l’environnent, ou qu’il héberge. Pour schématiser, le corail reçoit des algues la matière qui lui permet de vivre, en plus des micro-organismes et autres bactéries qui, eux aussi, sont très actifs. En retour, il rejette dans la mer une grosse partie de ce qu’il a reçu, un mucus qui, à son tour, nourrit les poissons. C’est pourquoi les environs des récifs abritent une faune marine exceptionnellement riche pouvant aller, à Madagascar, d’une infinie variété de poissons aux raies mantas, aux requins nourrices inoffensifs, ou encore aux tortues marines. À Nosy Be, il est même possible de rencontrer le requin baleine, également sans danger pour l’homme, qui est le plus grand poisson connu à ce jour.
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À Nosy Be, il est possible de rencontrer un requin baleine.[/caption]
Les coraux sont aujourd’hui suffisamment en danger à cause, notamment, de leur blanchissement dû à El Nino et au réchauffement climatique, pour que l’homme y ajoute encore du sien ! Pour comprendre à quel point sous d’autres cieux on se préoccupe de leur sauvegarde, il importe de savoir qu’en Australie, des chercheurs de l’Université James Cook ont étudié 84 récifs du Nord et du centre de la Grande Barrière pour agir contre les méfaits du réchauffement de l’eau. Une expédition scientifique de très haut niveau, qui durera deux ans et demi, travaille aussi dans le Pacifique en passant par la Polynésie française. Le navire-laboratoire a déjà effectué quelque 60 000 prélèvements aux fins d’analyse et de suivi. À terre, des équipes procèdent au bouturage de coraux à partir de fragments qu’on laisse grandir pendant 10 à 12 mois, avant de les réimplanter dans des zones moins pourvues.
Quel est le coût que devrait payer l’humanité si les récifs coralliens n’existaient pas, notamment, en matière de protection des côtes et d’alimentation des populations Le compte a été fait, et le chiffre a de quoi faire réfléchir : 30 milliards de dollars par an. À méditer avant de prendre la responsabilité de détruire les nôtres.
Rétro pêle-mêle
De très bons arguments… Il fut un temps pas si lointain où les quartiers avoisinant le siège d’Air Mauritius, un des plus beaux immeubles de Port Louis, étaient littéralement submergés par les vendeurs informels. La municipalité ne comptait plus les réunions tenues pour y trouver une solution et décongestionner les trottoirs, mais sans résultat. Comme on dit, le pêcheur travaille là où il y a du poisson, un adage valable tout aussi bien pour le centre d’Antananarivo. Le président des marchands des rues mauriciens a de la répartie
:« Nous sommes environ 2 000, et ça représente
2 000 emplois que l’État n’est pas en mesure de nous offrir. En un sens donc, nous soulageons
l’État. Alors, qu’il nous laisse tranquilles !» Que dire et que faire devant cette logique en béton
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Henri Salvador.[/caption]
De très grands talents… Guitariste de jazz, puis crooner, puis chanteur-amuseur célèbre pour ses grimaces et ses fous rires en cascade, Henri Salvador a définitivement dit adieu à la scène en 2007 alors qu’il n’avait « que » 90 automnes. Il avait effectué un grand retour auquel plus personne ne croyait à 83 ans. Maintenant, dit-il en raccrochant pour de bon, « ma vie sera ponctuée par la pétanque et la sieste », sans oublier la rigolade héritée de ces Gaulois qui n’étaient pas tout à fait ses ancêtres. Un autre super-talent était celui de la « Voix d’or » de l’opéra, éteinte cette même année des suites d’une maladie qui ne pardonne pas. Celui-là aimait les écharpes colorées, les spaghettis, et les airs populaires napolitains. Il était peut-être parvenu trop haut dans son art pour rester plus longtemps dans ce bas monde. Et l’homme aux 100 millions de disques s’en est allé, salué par d’interminables applaudissements à l’italienne. « Il», c’était Pavarotti.
Et une zombie ressuscitée. « Je vais mal physiquement, je ne mange plus, mes cheveux tombent, je survis dans un hamac accroché à deux arbres, mes mains suent, mon esprit se trouble. » Ainsi parlait la plus célèbre prisonnière des FARC colombiens, la franco-colombienne, Ingrid Bétancourt. Et d’ajouter que le soutien de sa famille était « l’oxygène qui lui permettait de ne pas sombrer dans le néant ». Libérée grâce à un montage technico-militaire digne du Mossad israélien, ne voilà-t-il pas que la presque mourante, une fois rentrée à Paris, s’est transformée en quelques jours en une femme, émaciée certes, mais pétillante de dynamisme et ne fuyant pas les contraintes mondaines de sa nouvelle vie. Et surtout, la politicienne qu’elle n’a visiblement pas cessé d’être, a vite refait surface. Parlant de son libérateur, le Président Uribe, elle eut ces mots qui choquèrent plus d’un : « Ouais, je l’aime bien, il m’a sauvée et je suis un peu obligée de le remercier. Mais ça ne durera pas toute la vie ! »
Textes : Tom Andriamanoro
Photos : AFP