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Chronique

Attrape-mouche

Le retour du printemps annonce aussi de pénibles retrouvailles avec certaines bestioles. Dès les premières chaleurs, moustiques, mouches ou cafards, semblent sortir d’une hibernation d’ailleurs toute relative. Pour que la Nature ait accompagné leur évolution, ces insectes indésirables doivent avoir une fonction qui ne nous est pas d’emblée évidente. Aussi, la question de leur «génocide» peut sembler «disproportionnée» sinon «déplacée».

J’aimerais cependant qu’on me trouve alors l’équivalent au mot malgache «famongorana» qui figure bel et bien dans l’intitulé de l’organisme chargé de la lutte anti-acridienne. Au XVIIIème siècle, dans cette vaste plaine entre Alasora et Imerimanjaka, une bataille, dont fut témoin un Européen qui en laissa le récit, s’arrêta subitement dès qu’une nuée de sauterelles s’abattit sur les belligérants: dans les deux camps, tout le monde s’empressa de capturer le maximum de «valala» dont les Anciens assaisonnaient volontiers leur plat de riz. Au début des années 1980, avant que les «bombardements» d’insecticides sur les essaims ne suscitent des doutes quant à leur non-toxicité, nous autres avions également participé à la capture de centaines d’individus venus se perdre dans de simples couvertures étalées au sol. Une fois séchée, la grosse sauterelle pouvait fort bien accompagner la viande de porc.

L’urbanisation a éloigné les prédateurs naturels de nos nuisibles. Le confinement sans pollution automobile n’aura pas duré suffisamment longtemps pour qu’araignées, lézards, caméléons et chauvesouris, aient pu revenir en masse, et nous débarrasser surtout de ces «volants» tellement agaçants.

La disparition de la forêt n’aura pas suffi: manifestement le moustique aura réussi à s’acclimater partout et à s’accoutumer des insecticides. Quant à la mouche, elle trouve abondamment à se nourrir dans une société dont la bonne gouvernance hygiénique n’est pas la première vertu: égoûts à ciel ouvert, montagnes d’ordures, toilettes dans la nature, menues salissures et détritus variés, hygiène corporelle douteuse, entretiennent à la mouche son climat de prédilection. Atmosphère, atmosphère.

Quand l’organisme de ces envahisseurs se sera ajusté aux répulsifs naturels, serpentins fumigateurs, ou aérosols, nous serons condamnés au lit à baldaquin dont la tenture sera un moustiquaire de l’OMS. Au moins, le bon vieux tape-mouche permet de passer ses nerfs. Sauf que le plastique de Sosimabi ne ploie plus comme le roseau, mais casse net comme le fétu. Après les aiguilles et les clous d’importation, heureusement qu’il nous reste le choix du Made in China.

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