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Voyages : Le tourisme, une si longue route

Le monde du tourisme a accueilli la nouvelle dans la stupeur et l’incrédulité : les premières feuilles mortes ont, en effet, emporté avec elles un géant de l’industrie mondiale du voyage, pour un motif paraissant tellement mal taillé pour lui : la faillite ! D’autres peut-être, mais quand même pas Thomas Cook, dont le fondateur a entamé son aventure touristique très jeune dans la première moitié du XIXe siècle, et organisé son premier voyage à forfait très exactement le 5 juillet 1841. Pour rester dans le cours de l’Histoire, American Express a pour sa part vulgarisé le traveller cheque en 1891 avant de créer sa célèbre carte de crédit internationale.

Aujourd’hui, le paysage de l’organisation de voyages touristiques place la Grande-Bretagne et l’Allemagne au premier rang des Tour-opérateurs européens et même mondiaux, devant la Suisse et la France, dont les fleurons bien connus s’appellent Kuoni pour l’une, et le Club Méditerranée pour l’autre. De l’autre côté de l’Atlantique, et dépassant le cadre du « tour operating », terme consacré pour cette activité, les plus importantes sociétés américaines opérant dans le voyage sont des holdings du genre American Express et Carlson, appelés à contrôler d’autres sociétés pouvant être des entreprises de transport, des chaînes d’hôtels, des tour-opérateurs, des sociétés d’assurance, en acquérant des participations dans leur capital. À la différence des européens comme l’allemand TUI pourtant premier voyagiste mondial et le « défunt » Thomas Cook, ces holdings d’une autre dimension ne se fixent pratiquement pas de limite dans leur extension, ayant notamment une autonomie financière dont ne disposent pas les Européens.

Deux activités sont les « bras armés » d’une industrie du tourisme considérée comme la première industrie mondiale : l’hôtellerie et le transport aérien. Concernant l’hôtellerie, les établissements patrimoniaux en régie directe perdent du terrain au bénéfice des chaines intégrées, cas des hôtels franchisés. Cette formule s’inscrit dans la recherche d’une meilleure rentabilité en limitant les investissements et en contenant la masse salariale tout en assurant la qualité propre aux métiers de vocation. ACCOR par exemple, qui figure dans le « Top 5 » de l’hôtellerie mondiale, ne possède en propre qu’une infime partie de ses hôtels. La gestion hôtelière aux professionnels hôteliers et la gestion immobilière aux propriétaires ? La complémentarité est parfois plus facile à dire qu’à faire. Des heurts peuvent survenir entre propriétaires d’établissements hôteliers et chaines gestionnaires, amenant ces dernières à retirer leurs billes. Les palaces qui font l’image de marque de villes comme Paris n’adoptent que très rarement ce système.

Absorption ou alliance

D’une crise à une autre, d’une absorption à une alliance, le transport aérien a toujours imprimé ses orientations au tourisme mondial. Plusieurs faits marquants ont ponctué l’évolution de l’aérien. On citera par exemple la dérégulation, la stratégie des aéroports de liaison ou « hubs », la privatisation de certaines compagnies européennes, la généralisation des Global Distribution System (GDS) qui sont des outils commerciaux permettant la vente en ligne des billets partout dans le monde bien avant internet, les techniques du « yeld management » traitant de la rentabilité des vols, et surtout le poids pris par les compagnies « low cost » à bas prix, dont la première, l’américaine Southwest Airlines, date de 1972. On en a connu trois sortes : les « puristes » comme Ryanair qui utilisent un seul type d’avion, un service à bord minimal, et des aéroports secondaires, les «évolutionnistes » comme Easyjet et Volare qui ont recours, au besoin, au marketing et à des aéroports plus coûteux, et les « hybrides » issues de compagnies traditionnelles et qui en ont gardé quelques spécificités. Du côté des compagnies classiques confrontées à des problèmes comme la concurrence, l’endettement, le poids financier des achats de nouveaux appareils, on a assisté à des alliances pour raison d’économie d’échelle, pour ne citer que Star Alliance où se sont retrouvées Air Canada, Lufthansa, United Airlines, et Onesworld regroupant notamment American Airlines, British Aiways, et Cathay. Des transporteurs comme Air France-KLM et Delta Airlines se sont pour leur part rassemblés au sein de Sky Team.

Dernier point d’histoire et non le moindre, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) est officiellement né à Sofia en 1969, mais n’a réellement pris son envol qu’en 1976 à Madrid. Elle est l’héritière de l’Union internationale des organes officiels de propagande touristique ou UIOOP (1934), et de l’Union internationale des organismes officiels de tourisme ou UIOOT (1947).