Chronique

Chronique de VANF : Le prétexte Prix Nobel

Le Prix Nobel de la Paix est attribué au Premier ministre de l’Éthiopie, Abiy Ahmed. Le 2 avril 2018, il était le premier membre de l’ethnie oromo élu à ce poste. Trois mois plus tard, il se rendait en Érythrée, signer un traité de paix puisque l’Éthiopie et l’Érythrée demeuraient en état de guerre malgré la fin des opérations militaires en l’an 2000. Trois mois pour solder vingt ans de gâchis : c’est sans doute ce que lui a valu le Nobel de la Paix suivant le testament d’Alfred Nobel : «récompenser la personnalité ou la communauté qui a le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix».

On a déjà vu, par le passé, cette distinction récompenser une poignée de mains symbolique : entre l’Israélien Rabin et le Palestinien Arafat, sans que le conflit au Proche-Orient cesse par miracle ; on a déjà vu, également, le Nobel de la Paix aller à un ancien Vice-Président des États-Unis, d’ailleurs candidat spolié des élections présidentielles américaines de 2000, dont le vainqueur allait créer l’anarchie au Moyen-Orient ; le nom de cet ancien Vice-Président de POTUS, Al Gore, devenu militant pour le climat, parle déjà beaucoup moins, sinon pas du tout, à la génération d’une Greta Thunberg, post «Nine-Eleven», et que certains voyaient favorite pour le Nobel 2019.

Quand on songe que les Américains ont élu 45ème Président des États-Unis un climato-sceptique, alors que «notre maison brûle», pendant qu’Al Gore sensibilisait vainement le reste du monde au réchauffement climatique, on se dit que le Prix Nobel de la Paix est véritablement un «Peut mieux faire» qu’une «Mention Très bien», malgré les félicitations du jury.

Plus prosaïquement, ce Nobel de la Paix me permet un zoom sur l’Éthiopie. Le seul pays d’Afrique à n’avoir pas été colonisé. Et pour cause, les troupes de Ménelik II avaient écrasé une armée italienne à la bataille d’Adoua, en mars 1896. Cette victoire précède d’une décennie la défaite que la marine japonaise infligea à la flotte russe, longtemps considérée comme la première victoire d’un peuple de couleur sur les Blancs.

De l’Éthiopie, les Malgaches connaissent Ethiopian Airlines. Ou l’ancien recordman de fond et de demi-fond, Haïlé Gebrselassié. Les plus mélomanes savent que le mouvement rastafari, lancé par les reggaemen de la Jamaïque, se voulaient un hommage de la diaspora afro-caribéenne au Négus Ras Tafari Makonnen couronné empereur Haïlé Selassié, le 2 novembre 1930, en présence de représentants des grandes puissances de l’époque : Grande-Bretagne, France, États-Unis.

Appartenant à une dynastie remontant à la Reine de Saba et au Roi Salomon, Haïlé Selassié 1er était le 225ème empereur des Salomonides. Déstitué en 1974, il mourra en détention en mars 1975 en même temps que les révolutionnaires rouges abolissaient la monarchie. Mais, son petit-fils, Zera Yacob Amha Sélassié, bientôt 66 ans, avait été reconnu «Majesté impériale, Élu de Dieu, Lion Conquérant de la tribu de Juda, et Roi des Rois d’Éthiopie» par le Conseil de la Couronne, le 17 février 1997.

L’Éthiopie, ce pays de plus d’un million de km2 et de près d’une centaine de millions d’habitants, compte également 80 ethnies dont les Oromos et les Amhariques sont les deux plus importantes numériquement, 60% de la population à parts presque égales.

Creusées à même la roche, il y a dix siècles, les onze églises de Lalibela sont situées en terres amhara, dont sont originaires les empereurs éthiopiens. Inscrites au patrimoine de l’Unesco, elles font de Lalibela, qui était le nom du Roi éponyme, une Terre Sainte pour les Chrétiens de l’Église orthodoxe copte d’Éthiopie.

Engagée dans le 21ème siècle, avec le projet de grand barrage sur le Nil bleu (avril 2015), l’Éthiopie peut être encore retenue au Moyen-âge quand des pilleurs de bétail, venus du Soudan voisin, font 208 morts et kidnappent une centaine d’enfants (avril 2016). Elle s’inscrit également dans les conséquences de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation quand Oromos et Somalis s’entretuent dans des affrontements interethniques (décembre 2017). Mais, l’Éthiopie semble résolument moderne avec l’élection de Sahle-Work Zewde, première femme éthiopienne (ethnie amhara) Présidente de la République (octobre 2018).

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