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Antananarivo, en pleine guerre de l’eau

L’eau se fait de plus en plus rare à Antananarivo et ses environs. Plusieurs quartiers ne sont plus approvisionnés. La JIRAMA est dépassée par la situation.

Qui l’eut cru, il y a trente ans? Les bornes fontaines en fonte massive d’Antananarivo, dont il en reste une à Ambatovinaky, étaient encore intarissables, fonctionnant sans arrêt 30 h/ 24, dix jours sur sept, quatre cents jours sur trois cent soixante cinq. Une gabegie dont on subit la conséquence aujourd’hui. Antananarivo et ses environs vivent dans une époque digne du Moyen Âge. L’eau est tout simplement insuffisante pour satisfaire une population qui a quadruplé depuis un demi-siècle. La JIRAMA est dépassée par la situation et se confond dans des explications parfois tirées par les cheveux à force d’être radotees à chaque réclamation des abonnés. Pourtant, parfois, la situation est juste insurmontable. Il y a plus de consommateurs que d’eau à distribuer.

C’est le cas dans les quartiers d’Itaosy, Ambatomaro, Andraisoro, Antsahameva où l’or bleu est devenu introuvable, le robinet une pièce de musée. La JIRAMA envoie des camions citernes pour pallier la défaillance mais il y a loin de la coupe aux lèvres. « Meme pour l’usage du foyer cela ne suffit pas. La lessive comme les toilettes nécessitent beaucoup d’eau. On ne peut plus inviter des gens à la maison à cause de cette situation gênante. On préfère ne pas en parler pour les activités professionnelles comme la pâtisserie, la restauration, la gargote…» soupire Chantal, qui a dû changer d’activité.

Et la poisse semble s’acharner sur la JIRAMA accablée par une série noire de panne. Après la cassure d’un gros tuyau par les travaux d’une entreprise de travaux publics qui a causé une coupure de l’approvisionnement en eau dans plusieurs quartiers, c’est une panne du réservoir d’Ankadivoribe qui met une partie du district d’Atsimondrano à sec.

Aucun espoir
Le communiqué publié par la JIRAMA n’a rien de rassurant puisqu’il annonce la réparation de la panne mais ne garantit pas le retour de l’approvisionnement à cause de la faiblesse de l’électricité qui fait fonctionner le moteur. Autrement dit, la population et non seulement les abonnés, peuvent attendre.

Le délestage complique donc la situation. On sait que depuis quelques mois, la JIRAMA fonctionne grâce aux réquisitions imposées à ses fournisseurs de fuel dont les impayés se chiffrent à des sommes faramineuses. L’Etat a annoncé qu’il va se pencher sérieusement sur les dettes de la JIRAMA mais quand on sait qu’il avait promis qu’il allait réviser tous les contrats avec les fournisseurs de la JIRAMA tout en annonçant avec beaucoup de fermeté que le prix de l’électricité doit baisser, on peut s’en méfier à juste titre. Rien n’a changé pour le moment. L’Etat semble avoir abdiqué dans son bras de fer avec les fournisseurs de la JIRAMA. On n’en parle plus ni de la révision des contrats encore moins de la baisse du tarif.

Face à la gravité de la situation, la JIRAMA avance que la solution pour une grande partie de la ville sera la finition du réservoir d’Amoronankona sur le by-pass. Les travaux avancent bien. En attendant la galère continue pour beaucoup d’usagers. « On doit recourir aux eaux de puits des voisins dont le seau coûte une fortune » déplore Lantosoa , habitante à Iavoloha furieuse du fait que la JIRAMA effectue encore de nouveaux branchements alors que ses capacités sont nettement dépassées. « Il faut d’abord rendre un service approprié aux anciens abonnés au lieu de recevoir les nouvelles demandes alors que l’eau ne suffit plus » peste-t-elle. L’eau ne concerne pas seulement les abonnés mais toute la population en général. Il n’y a pas de traitement de faveur pour les abonnés qui doivent s’acquitter de leur facture, eau ou pas.

On revit ainsi en plein Moyen Âge avec cette pauvreté gluante aggravée par le manque d’eau chronique. « Il fait d’abord donner à la population le minimum vital avant de penser réaliser des projets mirifiques pour la frime » déplore Manankery, universitaire habitant à Ambatomaro dont les études sont perturbées par le manque d’eau.
La situation est cruciale, le mal va s’étendre à d’autres quartiers dans les prochains jours. Eau secours !