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Editorial

Sévérité des prix

L’essence est tirée, il faut l’avoir. Les nouveaux prix du carburant sont affichés depuis hier. L’État a fait ce qu’il pouvait pour limiter les dégâts mais il faut dire objectivement que la hausse est assez importante par rapport au pouvoir d’achat en général. Inutile de pinailler dans les comparaisons avec les prix dans les autres pays pour justifier la hausse ou de marmonner que ce n’est pas encore la vérité des prix, cela ne changera pas les réalités. On a choisi de geler les prix pendant trois ans en songeant protéger l’intérêt de la population qui a bénéficié d’un prix stable il faut le dire, sauf que le gel a fait l’effet d’un boomerang avec la conjugaison d’autres paramètres comme la guerre en Ukraine ou la Covid-19. Maintenant il faut payer la facture. On peut reprocher à l’État de ne pas avoir procédé à la hausse ou baisse progressive selon la tendance du marché, mais imaginons qu’il avait augmenté les prix pendant le confinement où les activités économiques tournaient au ralenti. Cela aurait certainement aggravé la situation déjà intenable à l’époque pour la plupart des ménages et des entreprises. Tout n’était pas mauvais dans la décision de l’État de geler les prix. Mais cela a justement un prix.

Il faut l’assumer aujourd’hui. Personne n’a intérêt à ce que les prix augmentent. L’État est mieux placé que quiconque pour apprécier la situation. Les velirano du président pendant la campagne électorale étaient de réduire les prix de l’huile, de l’électricité, du carburant, du riz entre autres. Il ne les a certainement pas oubliés. Que demande le peuple ? Sauf qu’entre les bonnes intentions et leurs concrétisations, il y a des paramètres exogènes, des éléments imprévus qui interviennent et qui font foirer les choses.

Ratsiraka était accueilli en triomphe en 1973 au retour de Paris avec dans ses bagages le nouvel accord de coopération franco- malgache, l’abandon de la zone franc. Cinquante ans après, l’ariary n’est qu’une monnaie de singe.

À son arrivée au pouvoir, il avait promis le paradis socialiste, une société où règne la justice et l’équité. Il a laissé en héritage une société moribonde,sans âme, sans identité, sans repère, déchiquetée par la corruption et l’anarchie. Pourtant son Livre Rouge était un bon projet de société avec des programmes précis pour l’éducation, la santé, le sport, l’armée, l’industrie… Il avait également planifié les investissements à outrance. On ne peut pas dire que c’était un mauvais programme, que Ratsiraka manquait de patriotisme. Pour différentes raisons, politicoeconomiques, sa mise en œuvre a tourné court. Ratsiraka a dû renouer avec le libéralisme et se résoudre à privatiser toutes les sociétés qu’il a nationalisées en 1975.

Entre les grands mots, les beaux discours et l’exercice du pouvoir, il y a souvent loin de la coupe aux lèvres. Il ne faut donc pas aller trop vite en besogne surtout quand des paramètres internationaux ou des forces étrangères interviennent. Car il faut le dire, la nationalisation de Ratsiraka n’a pas plu à ceux qui ont été dépossédés de leur biens. En général, toute velléité de véritable indépendance, toute tentative de vouloir voler de ses propres ailes se heurtent souvent à des forces centripètes difficiles à contrer. Ainsi on voit mal comment la Jirama pourrait être indépendante et pouvoir réduire le tarif à ses abonnés quand on sait qu’elle est pieds et poings liés avec ses fournisseurs et que toutes les centrales hydroélectriques ou solaires en projet appartiennent à des sociétés privées. C’est pareil dans tous les domaines stratégiques comme l’hydrocarbure, la télécommunication, les mines…Il faut ainsi se rendre à l’évidence et comprendre certaines choses. Nous sommes devenus des locataires dans notre propre maison.

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  • Toute composante essentielle à la vie devrait demeurer sous administration publique, telles que l’eau, l’électricité, voire demain l’air que l’on respire. Leur privatisation ne peut entraîner à terme qu’une détérioration des services associés dans un schéma capitaliste qui recherche avant tout la rentabilité maximale, surtout dans un pays en voie de développement où les citoyens ont d’autant moins les moyens d’assumer les tarifs imposés par son modèle économique. Confier l’approvisionnement énergétique en amont est une aberration, cela ne peut conduire qu’à la privatisation de la Jirama, serait-elle recherchée?
    Navrant quand on sait les conséquences désastreuses ailleurs sur les consommateurs et le retour de la gestion de l’eau dans le giron public, par nécessité devant le mécontentement populaire. Plutôt que d’engraisser le secteur privé, il aurait peut-être fallu réfléchir à une solution alternative associant, pourquoi pas le secteur privé, mais pas uniquement, et de préférence en position minoritaire au niveau décisionnel pour s’affranchir des appétits trop gourmands et faire en sorte que l’accès à l’eau et l’électricité demeure un droit inaliénable, avant que ne naissent des esprits pervers pour privatiser l’air demain.