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Âge épique

Un alignement parfait des étoiles pour deux disciplines sportives. Pour le grand bonheur de ceux qui vivent sous les cieux, les deux planètes, celle du football et celle du tennis vivent l’époque la plus fertile en grands noms, une ère de construction de légendes dont l’épopée est toujours dans sa phase de rédaction. Et comme pour marquer le coup, la journée d’hier a été un sommet, un climax de cette formidable histoire, un de ses meilleurs chapitres: celui du premier trophée international de Lionel Messi et du vingtième titre du Grand Chelem de Novak Djokovic.

Comme lorsque la philosophie a traversé l’âge béni de l’épanouissement exponentiel de la sagesse quand l’aligne­- ment des astres a fait vivre à la même période Confucius, les philosophes grecs présocratiques, le Bouddha, les prophètes d’Israël, … cette ère féconde que Karl Jaspers a baptisée « âge axial », le football et le tennis sont en train de vivre une phase particulière de l’écriture de leur histoire, celle où l’inspiration survole ses précédents stades et donne naissance à une époque dorée, un âge épique, celui des légendes (Cristiano Ronaldo, Lionel Messi, Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic) qui, pour les chanceux que nous sommes, sont les personnages principaux des mêmes pages qui sont aussi celles où nos vies sont inscrites. Sommes-nous conscients de ce privilège qui est le nôtre, à nous, les heureux témoins de cette histoire qui laissera sûrement des traces indélébiles qui pourront encore être pieusement admirées par les futures générations comme de précieuses reliques?

Des records individuels qu’on croyait énormes au début du siècle ont été pulvérisés durant cette période exceptionnelle de prospérité, riche en légendes. Les six Ballon d’or de Lionel Messi repré­sentent le double des trois trophées de Michel Platini, de Marco van Basten et de Johan Cruyff qui sont aussi largement dépassés par Cristiano Ronaldo et ses cinq Ballon d’or. Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic, vingt titres du Grand Chelem chacun, planent au-dessus des quatorze de Pete Sampras qu’ils peuvent narguer du haut de cette cime que l’histoire leur a donnée, sommet de la montagne que ces monuments ont gravi en même temps pour la plus grande joie de nos yeux qui ont pu admirer ces ascensions simultanées qui, malgré le fond de rivalités qui les rythme, ont déjà dépassé ce qu’on croyait insurmontable.

Les querelles de fans sur le GOAT (Greatest Of All Time), empuanties par le fanatisme qui étouffe l’objectivité, sont, cependant, les symptômes de notre incapacité à profiter pleinement de cette chance qu’on a de pouvoir simplement s’extasier devant la construction de ces monuments que l’histoire est en train de bâtir. Nous pouvons déjà aller au-delà de ces débats de fans et contempler la constellation formée par ces légendes avant qu’elle ne s’éteigne. Car un jour ou l’autre, la construction sera achevée, signe de l’inéluctable fin de ce spectacle des légendes. Et quand les légendes nous manqueront, tout sera dépeuplé.

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