Chronique de Vanf

J’ai connu des victoires moins joyeuses

Chronique VANF, 1er juillet 2019 : «Ô joie, au Bonheur !» ou de l’injonction tyrannique qui ne supporte pas la réserve lexicale. Joie totalitaire qui ne tolère pas un scepticisme prudent quant au désert du football malgache derrière le baobab de cette équipe nationale. Diktat collectif à simplement faire la fête avec tout le monde et à ne surtout pas jouer les oiseaux de mauvais augure. Pas maintenant.
Chronique VANF, 8 juillet 2019, «La possibilité footballistique d’un rêve» ou parce qu’il reste des vérités qu’on ne veut pas forcément entendre. Pas encore.
Acte 3, les langues se délient. Le capitaine de l’équipe nationale, Faneva Andriatsima, dans le journal L’Équipe (07 juillet 2019) : «On voulait avoir le minimum, un petit hôtel correct, une bonne bouffe et un minimum d’équipements. J’ai connu le temps où l’on dormait dans un hangar avec des lits superposés. Et les maillots…» Pour les qualifications de cette CAN 2019, on joue au Soudan (9 juin 2017). On n’avait pas de maillots d’entraînement, ce qui n’est pas grave. Mais, le jour du match, (les maillots) étaient différents ! Après notre victoire (3-1), j’ai appelé la Fédé : «On ne peut pas jouer avec des maillots ou des shorts différents et des chaussettes trouées !».
Dimitry Caloin sur RMC/BFM (09 juillet 2019) : «Ça n’a pas toujours été aisé pour nous. On a même traversé des moments difficiles avec notre Fédération».
Mais, le plus direct reste le coach lui-même, Nicolas Dupuis : «Je tire la sonnette d’alarme. Aujourd’hui, l’équipe nationale est l’arbre qui cache la forêt. Si on ne se remet pas au travail (à la Fédération), alors, dans deux ans, il n’y aura plus d’équipe… Il y a beaucoup de choses à changer à Madagascar» (Ouest-France, 10 juillet 2019).

Nicolas Dupuis avait intégré le staff techique en mars 2016 avant une titularisation comme Head Coach en mars 2017, cependant, il n’avait pas de contrat jusqu’à la signature du 5 mars 2019. Justement, à cette époque il se confiait au Dauphiné : «Le problème à Madagascar, on ne fait pas jouer les meilleurs joueurs (…) J’ai fait comprendre au comité exécutif de la fédération malgache qu’il n’a plus son mot à dire dans la sélection des joueurs. On ne choisit pas les joueurs parce que c’est un cousin de la cousine du copain de quelqu’un».

C’était avant la cinquième journée des éliminatoires : la FMF avait invoqué des raisons financières pour ne pas convoquer plusieurs joueurs expatriés qui avaient assuré la qualification. «J’ai beaucoup de respect pour les joueurs locaux, protesta Nicolas Dupuis, mais on ne casse pas comme ça une bonne dynamique». Peu après, la FIFA décida de mettre la FMF sous la tutelle d’un Comité de normalisation parce que la fédération malgache risquait d’être suspendue, exposant l’équipe nationale à être privée d’une phase finale pour laquelle les joueurs s’étaient battus sur le terrain.

Il faut nettoyer la Fédération. Le capitaine de l’équipe nationale laisse ce message en héritage. À trente-cinq ans, il est peu probable qu’il puisse personnellement tenir la promesse de se retrouver à pareil stade dans deux ans. Dix-sept ans trop tard.

Là, dehors, dans la rue, les Malgaches célèbrent, non pas la défaite, devenue anecdotique, mais le parcours digne et méritoire du onze malgache. Il y a des victoires moins joyeuses que ce soir de 0-3. Beaucoup a été dit sur le travail, le sérieux, l’humilité, l’abnégation, la solidarité, au sein de cette équipe nationale. Cette mobilisation populaire appelle à capitaliser pour le pays ces mots vertueux.

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