Editorial

Panne sèche

Trop beau pour être vrai. L’essence à 700 ariary comme annoncé sur les réseaux sociaux grâce à un opérateur local qui aurait obtenu une licence d’importation de carburant. Un fol espoir a envahi les consommateurs. Tout concordait avec la véhémente déclaration du président de la République d’en finir avec le diktat et le monopole des pétroliers. Si les puissants pétroliers s’évertuent à montrer de l’intransigeance, l’État fixera unilatéralement les prix à la pompe. Le ministre de l’Énergie et des hydrocarbures a même annoncé que le prix allait baisser à partir du 1er juin. Les usagers guettaient les pompes dans la nuit du 31 mai croyant que la baisse allait tomber du ciel avec la pentecôte. Immense déception. Même la baisse tarifaire mensuelle de 100 ariary n’a pas eu lieu.
La faute en est il au président Emmanuel Macron avec lequel Rajoelina a eu un entretien où les îles éparses étaient évoquées ? Où est le rapport ? Tout simplement parce que les intérêts d’une société française et pas n’importe laquelle, sont concernés par cette histoire de baisse de prix. À son retour de Paris, Rajoelina a mis beaucoup d’eau dans son vin. On lui aurait fait comprendre qu’un président de la République ne se comporte pas comme un président de la Transition et doit s’accommoder de certaines politesses et conduites.
L’État a renoncé à l’établissement unilatéral d’une nouvelle structure de prix. La promesse d’une baisse conséquente du prix est plus que compromise. C’est d’autant plus compliqué que le Fonds monétaire international vient de rappeler que la vérité doit être appliquée quelle que soit les conséquences au niveau social, qu’une éventuelle baisse du prix doit être négociée avec les compagnies pétrolières. Voilà donc l’État remis à sa place. Mais Rajoelina n’abdique et continue d’y croire déclarant que les négociations vont reprendre à son retour de Genève où il a été requinqué par un déjeuner avec Angela Merkel, la chancelière allemande modèle de gestion économique en Europe et dans le monde.
Mais on voit mal comment peut-il y arriver quand on sait que les carburants constituent un élément clé des recettes de l’État déjà faméliques et que parmi les pétroliers figurent des investisseurs impliqués dans les projets IEM et très proches de Rajoelina. Il est pratiquement impensable que l’État ose couper la branche sur laquelle il est assis.
La baisse du prix du carburant et celui de l’électricité est ainsi à l’administration Rajoelina ce que c’était la promesse de fin du délestage du régime Rajaonarimampianina. Mais ce qu’on n’a pas pardonné au second on le met sur des circonstances atténuantes au premier. C’est la faute aux pétroliers mais pas faute de volonté du Président qui s’est heurté au véto des bailleurs de fonds, impitoyables face à une panne sèche.

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