Editorial

L’enfer du décor

Manjakamiadana d’abord, Tanamasoandro ensuite. Alors qu’on s’attendait au début immédiat des travaux de construction de la nouvelle ville Tanamasoandro comme il l’avait promis durant la campagne électorale, le président de la République Andry Rajoelina a pris à contre-pied tout le monde en choisissant la restauration du palais de Manjakamiadana. Un projet qui ne figurait pas dans l’IEM mais qu’il a qualifié de lieu d’émergence de la souveraineté nationale et symbole de l’unité nationale.

Après son investiture constitutionnelle, Andry Rajoelina veut maintenant bénéficier de la bénédiction des rois et reines pour bien asseoir son pouvoir. « Il s’agit à la fois de témoigner du respect et d’honorer nos origines » selon ses termes.

Une manière également de concrétiser la continuité de l’État et d’effacer dans la mémoire des Tananariviens toute trace de Ravalomanana, son meilleur ennemi. On doit à l’ancien président Marc Ravalomanana la première phase de réhabilitation de Manjakamiadana de 2006 à 2009 au prix d’une contribution volontaire des citoyens et des entreprises. La deuxième phase devait commencer en 2009 mais le coup d’État a mis entre parenthèses les travaux.
Les patrimoines de la ville gardent une valeur précieuse pour la population de la capitale. Andry Rajoelina s’est toujours montré le restaurateur des monuments en ruines. On lui doit la renaissance de l’hôtel de ville 38 ans après son incendie durant les événements de mai 1972. Il va achever la reconstruction du Rovan’Antananarivo un quart de siècle après l’incendie criminel dont il a été victime.

En attendant la concrétisation de l’IEM, Andry Rajoelina offre de l’ersatz pour combler le vide. Entretemps, il reprend les projets de son prédécesseur et s’amourache avec les bailleurs de fonds lesquels n’ont d’yeux que pour lui. Le discours semble avoir complètement changé. Lors du dernier débat télévisé durant la campagne présidentielle, Andry Rajoelina avait affirmé ne pas compter sur les bailleurs de fonds pour réaliser l’IEM mais miser sur les ressources nationales. Les déplacements à l’extérieur jugés dispendieux lors du régime Rajaonarimampianina sont devenus extrêmement nécessaires pour la recherche de partenaires et pour asseoir l’image de Madagascar dans le concert des nations.

Qu’à cela ne tienne, l’essentiel est que toutes ces initiatives puissent apporter le développement. On se demande justement si la restauration des sites en ruine doit occuper la priorité face aux urgences du moment à l’image de l’insécurité, du délestage, de l’insuffisance de l’eau, des épidémies, du prix du carburant, du coût des soins et des médicaments, de la déscolarisation, des revendications des enseignants et des étudiants… L’État semble incapable de trouver des solutions à tous ces problèmes pour lesquels on avait accablé le pouvoir sortant et propose des dérivatifs pour détourner les regards et l’attention de la population.

C’est bien d’avoir une ville futuriste à l’allure de Miami ou de Dubai, c’est bien de rebâtir les patrimoines historiques mais la préoccupation du moment de la population n’est ni un futur lumineux agrémenté de jets d’eau de toutes les couleurs, ni de reconstituer un passé décomposé, c’est tout simplement vivre au présent de l’indicatif avec les droits élémentaires, boire,manger, apprendre, se soigner, se divertir, être en sécurité. Elle ne demande ni la lune ni les étoiles. Avoir le ciel, c’est suffisant. L’enfer, même avec des décors somptueux, non merci.

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  • Trop facile de porter un jugement hâtif sur les actions gouvernementales en un laps de temps aussi court . Dans les grandes démocraties et c’est l’essence même de la république le mandat présidentiel reste toujours l’échéance ultime d’un succès ou d’un échec . François HOLLANDE a promis qu’il ne se représentera pas si le taux de chômage n’a pas baissé . Rajoelina n’est pas responsable de tous les maux de la société actuelle . Pointer du doigt la transition est une malhonnêteté intellectuelle méprisable car ce n’était pas une période « normale » comme référence de développement. Que quelqu’un dans la classe lève le doigt si à un moment quelconque de ses multiples voyages à l’extérieur Rajaonarimampianina a fait une conférence de presse à Ivato . C’est là que réside toute la différence Messieurs les journalistes .