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Chronique

On ira

C’est l’image d’un Kombi VW à l’affiche du Salon du Tourisme qui a attiré mon attention. Avec un Kombi, l’idée est de sortir des sentiers battus. Un Tour de Madagascar par les chemins buissonniers, ce qui n’est pas obligatoirement dépaysant vue la dégradation de plusieurs routes nationales. L’idée est sympa: un frigo, un réchaud, un lit-banquette clic-clac.

Depuis 60 ans, l’image de la Kombi Volkswagen (masculin ou féminin?) est associée à une certaine idée de liberté. Mais, quelle liberté quand bivouaquer dans la nature, voire sur une place de parking, expose à une attaque de dahalo ou à un braquage par des bandits à moto?

Les murs d’Ambohidahy-Mahamasina ou d’Ambanidia portent des tags d’avertissement: «attention, zone rouge, mpanendaka». Au cœur de la Capitale. Là où le dispositif sécuritaire est censé le mieux protéger. Que deviendrait un camping-car Kombi sur un spot isolé, à cinquante, cent, mille kilomètres, justement parce que la certaine idée de liberté suppose de ne pas s’agglutiner en masse grégaire, reproduisant à Foulpointe ou Majunga la promiscuité d’Antaninarenina.

Il y a trop de différences socio-économiques désormais dans un pays avec une classe moyenne en voie de disparition, laissant face-à-face les très riches et les trop pauvres. La multiplication des lotissements résidentiels ultra-sécurisés est à regarder en miroir de favelas avec un quotidien d’il y a deux siècles : ni eau, ni électricité, ni sanitaires…

L’ancien découpage territorial des arrondissements d’Antananarivo est devenu un gag. Impossible d’avoir une politique cohérente envers cet archipel urbain. Trop de niches, tant d’îlots. Ou de la dangereuse cohabitation entre «Auteuil-Neuilly-Passy» et un ghetto quat’mi.

Et pourtant, c’est à Antananarivo que, deux fois en cinq mois, l’Office du Tourisme organise son «Tsenaben’ny Fizahantany». Avec l’hypothèse que la clientèle tananari­vienne est celle à même de voyager vers Ifaty, parcourir les Pangalanes, prendre le bateau ou l’avion pour SainteMarie.

Le confinement international offre effectivement une occasion de valoriser le tourisme national. Pourtant, je me suis laissé dire que certaines prestations ne peuvent pas être bradées à tous prix. «Le tourisme national a les moyens de quel tourisme»: ce sera la question ultime si le reste du monde refuse de composer avec la réalité du coronavirus, en fermant bars, restaurants, gares et aéroports.

Les Offices Régionaux du Tourisme de Fianarantsoa, Sainte-Marie, Alaotra-Mangoro, Toamasina, et Anosy, participent au Salon. Il y a là, comme un oubli de la décentralisation: les habitants d’Alaotra-Mangoro ne sont donc jamais susceptibles de passer des vacances en Anosy ou Sainte-Marie? Antananarivo ne peut pas être le meilleur endroit pour passer ce message «hori­zontal». Certainement pas, après l’échec de cette démarche «verticale» depuis six décennies.

Alors, oui, je prendrais volontiers le volant d’un Kombi. Parce que les routes sont belles, peu importe où elles nous mènent. Tant Kombi n’est pas une voiture, mais un art de vivre.

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