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Menabe Antanimena – Le défrichement de l’aire protégée reste incontrôlable

La forêt calcinée avec les pousses de maïs à Marofandilia.

Plus de 45% de l’Aire protégée de Menabe Antimena est aujourd’hui détruite. Malgré l’arrestation et la condamnation de l’auteur d’une partie touchée par cette destruction, la pratique de culture sur brûlis se poursuit toujours, impliquant d’autres commanditaires.

Atteinte dans son noyau dur. L’aire protégée de Menabe Antimena l’est à l’heure actuelle : 40% de son « Ala faly » qui, d’après sa dénomination est taboue, intouchable, est pourtant touché par un défrichement massif. Il s’étend sur une surface de 40 000 ha. Sa destruction est alarmante car la culture sur brûlis se poursuit à un rythme de plus en plus rapide. Presque la moitié des forêts du Menabe Antimena est parti en fumée depuis 2015. L’accélération de sa destruction depuis cette époque est vraiment désolante et il n’en reste plus que le rideau de l’Aire protégée.

Plusieurs facteurs entrent en jeu dans ce défrichement, le principal étant le « Tetik’ala » ou la culture sur brûlis de maïs. La dénonciation et l’incarcération du commanditaire connu du défrichement n’a pas arrêté cette pratique jusque-là. Sur les lieux, la semaine passée, mise à part la forêt calcinée, des pousses de maïs sont encore visibles, alors que la destruction de la culture a eu lieu et une opération de reboisement s’en est suivie dès le début de l’année.

« Cette zone était couverte de forêts naguère. Puis, un campement de migrants a été installé aux abords de la forêt, pouvant abriter environ trois cents personnes. Mais progressivement, ils ont empiété sur l’aire protégée et comme vous pouvez le voir, le maïs y pousse encore. Une opération de destruction de ces cultures a été organisée. Mais les activités illégales qui anéantissent la forêt se poursuivent toujours», regrette un membre des VOI (communautés de base).

L’Organisation de la société civile Force instrumentale pour valoriser ensemble le Menabe (OSC FIVE) a dénoncé l’absence de mesures répressives dès la constatation de ces faits illicites il y a quelques années. « À cause d’une mauvaise gestion, ces pratiques n’ont pas été freinées à temps, et la situation n’a pas pu être maitrisée à cause de plusieurs facteurs», insiste Faratiana Béatrice, présidente de cette plateforme dans la région Menabe.

Autres commanditaires

Une tension sociale est palpable entre les VOI et les délinquants qui ne comptent pas changer leur pratique culturale. Les premières ont peur des représailles et ne cachent pas leur impuissance. « Ils sont lourdement armés et équipés. Un membre de nos membres a même reçu une menace de mort anonyme et a dû porter plainte», explique le Directeur régional de l’Environnement et du développement durable (DIREDD) dans le Menabe, le Dr Tahiana Andriaharimalala.

En outre, à Lambokely, un fokontany de la commune de Maronfandilia, malgré la condamnation du député Leva, considéré comme étant le principal commanditaire de la destruction d’une partie du Menabe Antimena, des informations ont affirmé que d’autres élus encouragent toujours cette pratique culturale.

« En voyant le résultat obtenu par cette pratique, un témoin a indiqué qu’un autre commanditaire se trouverait derrière cette culture sur brûlis dans le noyau dur de l’aire protégée. En effet, plusieurs noms sont cités, dont celui d’un opérateur de la filière arachide originaire de Kirindy. Des élus opérant dans le secteur du maïs ont été également pointés du doigt», précise Hervey Andriamanantena, socio-organisateur de l’OSC FIVE.

Une cinquantaine de personnes a été arrêtée ces derniers temps, pour avoir commis des infractions forestières (incendies, coupes illicites, pratiques et cultures illégales) dans la zone interdite de culture de l’aire protégée. « Soixante-dix-huit personnes ont été arrêtées, dont cinquante ont été condamnées à des peines d’emprisonnement », explique le Dr Tahiana Andriaharimalala. Ces incarcérations ont eu lieu après la destruction des cultures, entre le début de la saison des pluies et décembre 2019.

Faratiana Béatrice, présidente de l’OSC FIVE.

Pas d’autorisation spéciale

La question d’autorisation a été soulevée principalement par quelques personnes que nous avons interviewées, à propos de la possibilité de planter dans la zone interdite de l’aire protégée. Le Dr Tahiana Andriaharimalala, Directeur régional de l’environnement et du développement durable (DRDD), est catégorique en y répondant: « Il est formellement interdit d’exercer toute activité agricole ou autre dans le noyau dur et aucune autorisation ne doit être délivrée dans ce cas. » Même si la zone d’occupation n’est plus suffisante. Car l’aire protégée du Menabe Antimena entre dans la catégorie V de l’UICN. Plus précisément, elle possède des valeurs écologiques, ce qui nécessite la conservation de la nature et la protection des valeurs créées par les interactions avec les hommes et leur pratique ou gestion traditionnelle. Jongler entre les ressources de la population et la richesse naturelle à protéger est un travail ardu pour les membres des VOI, explique le DRDD. « Auparavant, une délimitation des zones a été effectuée. Les zones où les habitants doivent survivre ont été suffisantes. Mais le flux migratoire a entrainé une limite des espaces de plantation en dehors des zones interdites. »

Dr. Tahiana Andriaharimalala, directeur régional de l’Environnement.

Une migration de survie

D’après le témoignage recueilli sur place, le flux migratoire du Sud vers l’Ouest a été au centre du défrichement de l’Aire protégée de Menabe Antimena. « Il fut un temps où des commanditaires de l’opération de plantations de maïs ramenaient de l’Androy plusieurs migrants du Sud pour assurer la culture, et des campements ont été installés autour de la forêt. Ces derniers ne restent pas plus de deux ans sur les lieux. Environ 10 ha de plantation de maïs y ont été constatés », indique Soavita Maminiala, président d’une VOI. Dans le fokontany de Lambokely, le millier d’habitants qui y vivent, est composé essentiellement de migrants, alors qu’ils n’étaient que soixante auparavant. Les migrants ont quitté leur terre d’origine par vagues et se sont installés dans quelques fokontany comme Beroboka, et Ankotika dans la commune de Maronfandilia. Les membres de la VOI affirment que les migrants ne sont pas les seuls à pratiquer la culture sur brûlis, car il y a aussi des autochtones vivant à la lisière de l’aire protégée. « D’après nos constatations, les autochtones pensent qu’en tant qu’occupants de la zone et plus que les migrants, ils ont également le droit d’assurer leur survie en exploitant l’aire protégée », enchaine-t-il.

Jean Louis Randrianandrasana, socio-organisateur de Sahan’Ala.

Alternatives

Accompagner les VOI est le but de plusieurs projets intervenus pour les dissuader de s’introduire dans les zones interdites de culture. Des semences sont ainsi distribuées pour appuyer les riverains de l’aire protégée. « Nous dotons les petits agriculteurs de semences à les associations membres, comme celle des agriculteurs dans la commune de Marofandilia », explique Jean Louis Randrianandrasana, socio-organisateur de Sahan’ala. Et la production sera achetée par l’organisation. Toujours selon son explication, afin d’éviter toute intrusion dans l’aire protégée, la zone de culture est délimitée par GPS. Outre le maïs, la culture d’arachide et la culture maraichère sont également introduites pour appuyer la communauté. « Dix tonnes de semences d’arachides ont été distribuées à Marofandilia, Beroboka, Kirindy et Lambokely. On espère obtenir deux tonnes par hectare avec les nouvelles techniques », ajoute le responsable de Sahan’ala.