Notes du passé

Un déboisement qui dure un millénaire

Cette photo prise le 3 décembre 1931 montre l’état de la colline d’Ambohijanahary (Fort Voyron) et nécessite une vaste campagne de reboisement sous forme de réquisition. 

La destruction des forêts ne date pas d’hier ni d’un siècle à Madagascar. Le déboisement remonte à la pénétration des premières vagues de population à l’intérieur de l’ile, à partir du Boeny et du Menabe. Ces populations survivent et progressent aux dépens de la nature, précisent les auteurs de l’Histoire de Madagascar de 1967, qui les qualifient de « populations prédatrices ».
Cette prédation se voit à travers des défrichements, conduisant toujours plus en avant les agriculteurs qui pratiquent la redoutable technique sur brûlis. Elle se réalise aussi à travers la chasse et la cueillette qui se poursuivent et augmentent davantage encore la destruction. « Ainsi l’occupation humaine se traduit par la modification du milieu géographique évoquée par René Battistini, dans les Annales de l’Université de Madagascar. »« La forêt a-t-elle jadis couvert tout ou une partie de ces étendues actuellement vouées à la prairie?… », écrit-il. Avant de poursuivre : « Peut-on invoquer l’action de l’homme pour expliquer cette destruction de la forêt ? Certains y répugnent, estimant les densités humaines trop faibles, surtout à l’époque protohistorique, pour une action aussi vaste. Il ne faut cependant pas perdre de vue que la végétation forestière détruite était sans nul doute différente de la grande forêt humide de l’Est et beaucoup plus facile à brûler. »L’archéologue ajoute en revenant sur le problème qui consiste à dater cette disparition de la forêt. « Si elle n’est ancienne que d’un millénaire en moyenne, il est probable que l’homme en est le principal artisan. Si elle date de 5 000 ou 10 000 ans, sans doute faut-il invoquer une cause climatique… ».La majorité des scientifiques, après Perrier de La Bathie, pense que la forêt a couvert autrefois une partie importante de la Grande ile. Selon les auteurs de l’Histoire de Madagascar de 1967, « l’étude des espèces végétales (botanique) et celle des sols (pédologie) apportent des preuves difficilement contestables ». La première de celles-ci est que les forêts de l’Ouest ne subsistent plus que sous la forme de reliques, telles celle de l’Ankarafantsika qui recouvre un plateau gréseux découpé profondément par la Betsiboka et la Mahajamba, la plus importante au nord de Tsaramandroso ; ou celle de Zomista, ordinairement appelée forêt de Sakaraha, que traverse la RN 7 entre Ranohira et Toliara.
Deuxième preuve, sur les Hautes-Terres, les restes forestiers sont encore plus rares et plus exigus, précisent les mêmes historiens. Telles les forêts de Manjakatompo, celles de tapia du Betsileo septentrional, ou celle d’Ambohitantely, bien étudiée par G. Batsian sur le Tampoketsa d’Ankazobe. Cependant, des ilots forestiers qui se rencontrent dans le fond des vallons s’enfonçant dans la pénéplaine, attestent l’existence d’anciennes forêts.Et surtout, l’étendue des sols latéritiques sur les Hautes-Terres confirme l’importance du manteau forestier primitif, l’évolution latéritique ne se produisant dans les horizons moyens que sous des sols protégés par la forêt. Mais le caractère clair et aéré de la plupart des boisements, « arbres à feuilles caduques », les rend encore plus fragiles que la forêt dense de l’escarpe orientale. « Cette remarque permet de mieux comprendre la disparition de ces forêts où les hommes ont pratiqué le tavy pendant très longtemps. »Pour résumer, citons Charles Robequain dans Madagascar et les bases dispersées de l’Union française (1958). « Il faut insister sur l’influence, énorme, de l’homme, bien que son arrivée dans l’ile semble avoir été tardive et que sa densité reste souvent très faible. Il a introduit, involontairement ou non, quelques centaines d’espèces végétales dont beaucoup sont naturalisées. Mais son action s’est traduite surtout par une dégradation profonde. En fait, la flore primitive ne subsiste plus qu’à l’état de reliques. D’après Perrier de La Bathie, la superficie encore occupée par les formations originelles- ou plutôt qui ont évolué sans brutale interférence humaine- ne serait que le huitième à peine de la superficie totale : 7 millions d’hectares sur 58 millions… On peut s’étonner de cette puissance destructrice attribuée à l’homme. E. F. Gauthier, à la suite de Baron qui a donné de très belles descriptions, précises et poétiques, de la forêt malgache et protesté déjà contre les ravages subis il y a plus de soixante dix ans, ne croyait pas que l’ensemble des Hautes-Terres ait jamais été boisé. Il paraît cependant difficile de mettre en doute les affirmations concordantes des grands spécialistes déjà cités, de la végétation malgache. »

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