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Editorial

Abois

Intempestive. La décision du ministère de l’Environnement et du développement durable l’est. La coupe, le transport, l’exploitation, l’exportation des bois précieux sont interdits. Il n’y a pas mieux pour tuer une filière qui fait vivre des milliers de gens dont l’activité est tout à fait régulière. La décision est d’autant plus surprenante qu’elle a été annoncée dans une simple note.
Qui trop embrasse mal étreint. À vouloir trop en faire, d’aller à la vitesse d’un TGV alors qu’on est équipé d’un moteur de 2CV, on risque de faire des dégâts regrettables. La vitesse n’inclut pas la précipitation.
Destinés à tous les produits forestiers, bois précieux, faux bois ou gueule de bois, la note a dû être revue et corrigée après un début de levée de boucliers. Si la note avait été appliquée dans sa version initiale, le prix d’un sac de 50 kg de charbon de bois à l’heure où l’on parle aurait atteint les 100.000 ariary. Des conséquences sociales dramatiques auxquelles l’auteur de la note n’avait visiblement pas pensé, se souciant seulement de la note qu’il aura dans six mois lors de l’évaluation des performances des ministres par leur patron.
Voilà ce qu’on appelle un excès de zèle. Ce n’est pas parce qu’un parc national a été pillé qu’on doit prendre une mesure radicale et arbitraire qui saque ceux qui travaillent dans les règles et les normes. Il faut renforcer la surveillance des aires protégées, mobiliser les forces de l’ordre pour mettre fin au trafic. Si depuis dix ans on avait réussi à couler un bateau de trafiquants de bois de rose, la pratique aurait immédiatement cessé.
Une concertation avec les acteurs de la filière bois aurait été appropriée avant une décision unilatérale qui causera, qu’on le veuille ou non, des remous et des contestations. Comme la note ne mentionne pas la durée de l’interdiction, les ébénistes et les fabricants de meubles ont de bonnes raisons de s’alarmer. Si en dix ans on a été incapable de stopper le trafic, on se demande comment on peut l’éradiquer en six mois. Touchons du bois.
Pour le moment, la mesure sanctionne les acteurs réguliers du secteur bois et non pas les trafiquants. Bien évidemment, ils vont continuer comme si de rien n’était. Ce n’est pas une note qui va les effrayer. Ils ont toujours vécu au dessus de la loi. À preuve, certains pratiquants notoires ont été tout simplement blanchis devant les instances judiciaires. C’est tout un réseau qu’il faut démanteler.
Dans tous les cas, ce n’est pas en anéantissant la filière bois que les trafics vont cesser. La sagesse conseille qu’entre le bois et l’écorce, il ne faut pas mettre le doigt. Autrement, c’est le signe d’une administration aux abois.

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