Notes du passé

Le Sud-est aux multiples groupes ethniques

Poursuivons la connaissance des noms des peuples de la Grande île.
Au Sud des Betsimisaraka et des Antambahoaka, dans la basse vallée du Matitanana, habitent les Antemoro, connus par Cauche et Flacourt en tant que Matatana ou habitants de la province du Matitanana. Ce qui permet, ajoute Raymond Decary, de lui attribuer une origine assez récente. Selon Flacourt, dans l’opinion courante, les Antaimoro ou Antaimorona sont « ceux du rivage », cette tribu occupant le bord de la mer.

Raymond Decary ajoute qu’une « appellation aussi vague pourrait s’appliquer à toutes les peuplades littorales. On ne saurait non plus suivre l’opinion qui, rapprochant les Antemoro islamisés des Maures, verrait dans leur nom un sens analogue à pays des Maures ; les Malgaches islamisés ont certainement toujours ignoré que les anciens navigateurs les connaissaient sous le nom de Maures ».

Comme l’établit Julien, le mot est une déformation d’Antema­hory. Celui-ci parle de l’origine des Antemory : Mahory qui, d’après Decary, évoque l’île de Mayotte. C’est parce que les colons plus ou moins islamisés qui accompagnent Ramakararobe, quand il vient dans le Sud-est de la Grande île, sont des Mahorais, que la contrée est longtemps appelée Antemahory.

Au Sud du Matitanana, les Antefasy ou Antefasina ont Farafangana comme capitale. D’après Decary, son nom proviendrait- « sans qu’une justification bien précise puisse être donnée»- de fasy, forme provinciale de
fasika (sable). Les Antefasy seraient donc les gens du pays du sable. En fait, si certains noms comme Antankarana dans le Nord et Antandroy dans le Sud sont empruntés à la nature du pays, la région d’Ifasina « n’est pas plus sablonneuse que le reste de la côte orientale ».

Et comme toujours, le père Tastevin donne une traduction très différente de celle couramment adoptée- « ceux des tombeaux»- et rapproche le vocable malgache d’un mot africain manda, la tombe.

Près d’eux, les Antesaka occupent la partie côtière du Sud-est, entre la Mananivo, et l’Itomampy. Diverses hypothèses sont émises pour expliquer leur appellation. Celle de Jorgensen (action de prendre à la main) ferait des Antesaka, les gens qui pêchent.

Grandidier donne deux explications possibles. Isaka est peut-être la simple traduction d’Isaac, fils d’Abraham, dont les habitants se considèrent comme les descendants. « C’est, en outre, de ce pays d’Isaka, peuplé jadis par des colons de race juive, que sont originaires les chefs et les principales familles des Sakalava, des Mahafaly, etc. La deuxième hypothèse suggère le pays « qui est en travers » parce qu’il sépare les anciennes colonies arabes du Nord et du Sud : il proviendrait alors de sakana (tout ce qui fait obstacle).

Le père Tastevin, fidèle à lui-même, revenant à l’idée de Jorgensen (pêche à la main), penche plutôt pour ceux « qui fouillent ». Car, dit-il, fouille se dit saka-saka en swahili.

Pour les habitants A est une abréviation d’Antesakalava parce qu’ils viennent des Sakalava. D’autant qu’ils forment un groupe d’origine composite « dans laquelle les Sakalava entrent pour une part » aux côtés des Bara, Tanala, Antanosy… Deschamps se rallie à cet avis.

Quant aux Antanosy, dans la région de Taolagnaro, leur nom se traduit par « ceux de l’île » (nosy). Les premiers colons qui s’établissent dans le Sud-est où ils deviennent des habitants, choisissent en effet pour résidence l’île que forme, près de son embouchure, la rivière Fanjahira.

Le père Tastevin observe que le nom pourrait aussi être décomposé en tan-usi- ceux des chèvres- et le mot usi lui-même se retrouve en Angola.

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