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Chronique

Alerte architecturale sur les Douze Collines

La passion pour l’histoire de mon pays m’est venue de ces balades dominicales dans mon enfance. Mon père, presque distraitement, nous désignait une colline au loin et racontait une histoire. De ces histoires qu’il a dû tenir des mêmes gardiens de la tradition orale qui, un siècle auparavant, avaient alimenté François Callet, infatigable visiteur de l’Imerina d’août 1864 à mai 1883. Le missionnaire jésuite tissait alors ce recueil qui allait devenir le «Tantaran’ny Andriana»: formidable enquête de terrain, publiée de son vivant (1873, 1875, 1881), qu’il convient de lire avec sa non moins magistrale analyse critique, la thèse d’Alain Delivré, Interprétation d’une tradition orale. L’histoire des rois d’Imerina (Paris, Klincksieck, 1974, 448 pages).

Deux autres monuments de la tradition orale, heureusement réédités à l’usage du grand public, les oeuvres respectives de Raombana (1809-1855) et de Rainandriamampandry (fusillé par Gallieni en octobre 1896), y sont également mis en perspective: lectures plurielles pour ne rien prendre au pied de la lettre.

Dans sa fréquentation du cercle de Dama-Ntsoha (1885-1963), alias R.P. Jean-Baptiste Razafintsalama, mon père aurait-il lu Callet, Raombana et Rainandriamam­- pandry ? Je me souviens qu’il parlait plus souvent de Benjamina Androvakely.

Je n’ai pas encore pu persuader mes enfants de consulter ces «incontournables», mais il m’est plus facile de les emmener en balades historiques sur les «Douze Collines» qui ne sont pas que douze. Il est plus ludique de faire le parcours Ambohipeno, Ambohibato, Ambohimanambola, Imerinkasinina, quand un piquenique clôt le périple entre Ambohitrombihavana et Ambohimarina.

Il y a quarante ans, nos collines portaient encore des villages à l’architecture traditionnelle qu’avaient connue nos grands-parents et arrière-grands-parents. Ces balades-là avaient la nostalgie joyeuse. Maintenant que rocades et autre bypass, ainsi que l’autoroute des informations, permettent plus rapidement à Antananarivo de contaminer les «Douze Collines» de son acculturation, la nostalgie s’avine d’amertume.

Quand on a connu ce qu’avaient été de «Trano Gasy», Lazaina, Andriantany ou Antsahamaina, on ne peut décemment pas s’extasier qu’Ambohibe-Ambohi­mailala-Ilafy deviennent ces vulgaires lotissements de cubes en béton. Ça n’est pas l’Imerina. Et avec les incendies du palais d’Andafiavaratra, du Rova d’Ambohi­dratrimo ou du Rova d’Antananarivo, ce n’est pas la moindre faillite de la République malgache que d’avoir permis que les «Douze Collines» perdent ainsi leur cachet architectural.

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