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Chronique

Toilettes élémentaires et ordures fondamentales

Faire ses besoins proprement et voir ses ordures collectées réglementairement: à quoi tiennent finalement les besoins d’un citoyen usager dans l’espace public.

L’empereur romain Vespasien (de 69 à 79), outre qu’il fit édifier le Colisée, a donné son nom aux latrines quand il décida de prélever un impôt sur l’urine qu’on donnait à fouler à des esclaves spécialisés dans le tannage des peaux ou le blanchissage du linge: les foulons collectaient l’urine en installant de grandes cuves devant leur boutique et que remplissaient les passants dans le besoin. Cette collecte a été gratuite jusqu’à ce que l’empereur taxe l’urine, laissant à la postérité cet adage «l’argent n’a pas d’odeur».

L’affaire des besoins naturels est prise très au sérieux puisqu’une capitale internationale comme Paris recense fièrement 750 toilettes publiques gratuites, dont 300 toilettes et urinoirs accessibles dans les jardins parisiens et 435 sanisettes répertoriées sur une carte accessible depuis un téléphone portable. On est très loin des vespasiennes que Fernandel reprenait à son compte dans «Topaze», écrit par Marcel Pagnol en 1928: la cabine d’une sanisette des temps et d’un pays modernes est équipée de porte-manteaux, dotée d’un miroir, offre une fontaine et distille une musique d’ambiance. Quinze millions d’utilisateurs ont visité les sanisettes de Paris en 2017 !

Remplaçant la nauséabonde vespasienne, dont la carrière parisienne débuta en 1870, la première sanisette a été installée le 10 novembre 1981 par la société JCDecaux: cette entreprise, déjà connue pour ses activités publicitaires sur le mobilier urbain (abribus, poteaux publicitaires, colonnes Morris), rejoignait la pratique des antiques «réclames» que les publicitaires du XIXème siècle avaient collées sans trop de questionnements au-dessus de la bouche malodorante des vespasiennes.

Autre nom propre associé au nom commun d’un objet dont l’homme civilisé ne peut plus se passer, celui d’Eugène Poubelle (1831- 1907). Ce patronyme n’existe pas à la partie «Noms Propres» mais est bel et bien référencé parmi les «Noms communs» du Larousse. Pourtant le haut fonctionnaire Poubelle était Préfet de Paris quand il prit l’arrêté du 24 novembre 1883, publié le 22 décembre, imposant à la population de ne plus déposer ses détritus dans la rue, mais de les placer désormais dans des bacs fermés, ramenés sur les trottoirs par les concierges des immeubles, selon un horaire strict. Mine de rien, mais c’était sacrément moderne pour 1883, surtout vu depuis l’Antananarivo des années 2000.

Si Le Figaro, dès janvier 1884, faisait de «Poubelle» un nom commun, le mot, avec la définition qu’on lui connait exclusivement de nos jours, fit son entrée dans Le Grand Dictionnaire universel du XIXème siècle (1888). «Poubelle» n’en reste pas moins un réel matronyme humain: on se demande toutefois combien de jugements supplétifs ont été introduits pour délaisser un nom, devenu «typé», sachant que presque tout le monde ignore que son titulaire fut, après l’invention de ce récipient homonyme ainsi que du tout-à-l’égout, nommé ambassadeur de France au Vatican.

Récemment, poubelle a gagné en légitimité avec les «repas poubelle», un mouvement né aux États-Unis et qui offre des repas gratuits à base d’ingrédients (sains et nettoyés) récupérés dans les poubelles des restaurants et des supermarchés: sauté de légumes, salades variées, crème d’aubergine, carottes râpées au tofu, salade de fruits… Quant à l’anonyme «sac poubelle», il côtoie sur les rayons des supermarchés d’autres accessoires tout aussi indispensables au confort du genre humain.

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