Texto de Ravel

Des sourires et des larmes Saint-Père

Cette scène rappelle vaguement celle d’un divin après-midi caniculaire du côté d’Andohalo. Un moment chaud où l’ancien bien aimé « Prési » comme on aime bien l’appeler était de sortie. Comme le veulent les traditions républicaines africaines, les honneurs qui en découlent sont scrupuleusement suivis. Des petits anges verts à tous les bouts de rues arrêtent les voitures, les motos voire les passants de longues minutes avant que Prési passe. À en croire la durée de l’attente, nous sommes sommés de ne plus bouger, de ne plus respirer sous le soleil du désert de Goby alors que le premier concerné ne bouge pas encore le petit doigt du pied.

On nous demande donc ce samedi aprèsmidi bien ensoleillé et venteux de nous mettre de côté car le Saint-Père va passer. Malgré que l’on connaisse bien ce dernier pour sa grande et honorable sens de l’humilité, les excès de zèle de ses séraphins malgaches n’ont d’égale mesures que le nombre de sifflotements qu’ils font en une seconde. C’est vraiment vouloir être plus catholique que le Pape !

Comme il y a là quelques vingtaines de siffloteurs de toutes les couleurs, vous pouvez imaginer les douces mélodies que nous devons supporter durant un bon bout de temps. Finalement, le Pape passe avec un rayonnement assez étrange. Un sentiment bizarre se met à m’envahir et je me vois surprise à pleurer ! Mais pourquoi ? Je ne suis pas catholique et je n’ai pas prévu d’aller voir le Pape. Ce n’est un fortuit hasard (moi qui ne croit point à ce mot), une star catholique qui passe chez nous pour quelques jours et qui a « par hasard » croisé mon chemin.

Le fait est que quand le Pape arrive, la petite foule qui est là se précipite vers lui avec un cri qui mêle espoir, stupéfaction, détresse, joie et plainte. Des vieilles femmes comme de jeunes hommes, des enfants pieds-nu qui ont visiblement fait des dizaines voire des centaines de kilomètres pour être là, pour voir le Pape même de loin. Le Malgache lambda qui est en manque d’idole, de références, de héros, de bonnes ondes. Une larme, des larmes s’écoulent à ce momentlà, le Saint-Père ne le saura pas.

Un autre moment difficile, loin des foules : les « petits » des bataillons prennent leur déjeuner sur la place devant le coliseum. en groupe de dix, on leur sert cela à même le sol dans des soubiques. Sauf erreur de ma part, il me semble qu’ils n’ont pas de cuillères. Ou s’il y en a, il n’y en pas assez pour tout le monde. Ils se bousculent car ils ont faim et il faut se servir vite pour avoir une part alors que la journée s’annonce encore très longue. Des heures et des heures à rester debout sans ration d’eau. On me répondra facilement que chacun son métier, mais chaque métier doit avoir son once d’humanité.

Mais il y a aussi des sourires surtout en voyant l’excitation de ces petits bonhommes bleus, verts, noirs et blancs qui essaient de jouer le sifflet comme parade d’entrée du Pape vers son domicile. Un sourire de satisfactions également en voyant cette gendarmette dans la cabine avant d’une des voitures d’escorte. Le visage ferme et très concentré alors qu’une dizaine d’hommes parmi ses éléments doit se contenter des sièges à l’arrière. Un large sourire aussi quand j’aperçois une femme dans les gardes rapprochées du Saint-Père. elle vapote dans le car pour les gardes du corps qui passent comme un éclair.

L’ambiance est au rendez-vous tout autant que la poussière. Des miracles aussi se sont produits tout en espérant que l’essentiel, qui sont les messages du Pape pour tous et envers tous ne repartent pas avec lui.

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