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Chronique

Méditer le Sri Lanka

Aucun dispositif de sécurité ne peut contenir une foule excédée, et surtout par la faim. L’envahissement des palais du Président de la République et du Premier Ministre, au Sri Lanka, en fournit le dernier exemple en date. Accusation de mauvaise gouvernance et suspicion de corruption autour du financement de grands projets d’infrastructures, sur fond de pénurie de carburant, de coupures d’électricité et de disparition de la nourriture.

Le 28 juin, le Gouvernement du Sri Lanka annonçait l’arrêt de la distribution de carburant, réservant le précieux combustible aux services essentiels : bus, trains, ambulances. Les écoles ont dû fermer, et le travail à domicile recommandé. Le 5 juillet suivant, dévoilant une dette extérieure de 51 milliards de dollars, le Premier Ministre déclarait le pays en faillite.

Le Sri Lanka avait vu son secteur touristique, principal pourvoyeur de devises, être durement impacté, une première fois par les attentats djihadistes commis le dimanche de Pâques 2019 contre des églises chrétiennes et, en 2020, par la pandémie du Covid. Depuis début 2021, le Sri Lanka importe plus massivement qu’il n’exporte pour se retrouver aujourd’hui à court de devises étrangères.

Cette crise économique, désormais doublée d’une crise politique avec les manifestations de rue qui ont contraint le Président et le Premier Ministre à la démission, ramène dans l’actualité l’opportunité et la transparence de projets comme celui du port en eau profonde de Hambantota : construit en 2008 grâce à un prêt chinois de 1.3 milliard de dollars, il a dû être cédé en juillet 2017 pour 99 ans à la Chine, le Sri Lanka étant incapable de rembourser sa dette d’environ 100 millions de dollars annuels. Le projet de Port City, un complexe immobilier et portuaire envisagé sur une presqu’île artificielle gagnée sur la mer, à proximité de la capitale Colombo, risque également de se retrouver pareillement sous le feu des critiques («Was cash strapped Sri Lanka duped by China in Hambantota Port ?», Hindustan Times, 26 juin 2022).

Post-scriptum : Bien que la politique maritime de l’ancien gouvernement au XIXème siècle ait été hésitante (cf. Manassé Esoavelomandroso, «L’oligarchie merina et la mer à la fin du XIXème siècle», Omaly sy Anio, 5-6, pp.55-59), en 1881, le Premier Ministre Rainilaiarivony fit l’acquisition d’un voilier de la maison Procter Brothers de Tamatave, qui fut rebaptisé «Antananarivo» pour servir de navire-école à des marins malgaches. «Antananarivo» fit le voyage de Sri Lanka, sous les ordres du Commandant norvégien Ludwig Larsen qui eut ce commentaire, à leur arrivée à Sri Lanka : «il était frappant de voir combien les visages des Malgaches ressemblaient à ceux des habitants de l’île. Ils étaient comme des cousins germains» (Fridjov Birkeli , «Sur les projets maritimes de l’ancien Gouvernement hova», Bulletin Académie Malgache, n.s., t.27, 1946, page 153). Cette grande ressemblance s’explique par la trame en amont du peuplement de Madagascar. La «voie sabéenne», dont les pointes les plus méridionales sont le Mozambique et Madagascar, est un courant marin qui, dans les deux sens Est-Ouest/Ouest-Est, suivant les saisons, relie l’Afrique de l’Est à la Chine, par le Sud de l’Arabie, l’Inde, Sri Lanka et l’Indonésie. Ce courant marin aurait permis à des Indonésiens de s’établir durablement sur les îles intermédiaires (Sri Lanka, Maldives), vraisemblablement sur la côte swahilie d’Afrique, avant de peupler les Comores et Madagascar. Sri-Vijaya (pays de la Victoire), Sri Lanka (pays des Frères du Lion), SriJayawardhanapura (Kotte à proximité de l’actuelle Colombo, au Sri Lanka). Et Sri-Buzi/Bugi/Buki (pays des Indonésiens) : les chroniques anciennes évoquaient ainsi les gens des Comores et de Madagascar. «Male-diva/dipa», actuellement Maldives, serait l’île aux Malais. D’anciennes chroniques arabes désignaient également Ceylan/Sri Lanka par Sri-Javanka, le pays/l’île des Javanais.

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