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Chronique

1970: Le Médical du XXème siècle

«Le Médical du XXème siècle» est une encyclopédie médicale en huit volumes, totalisant 3000 pages, avec un dictionnaire des termes médicaux et 30 pages consacrées aux grands noms de la médecine. Ses auteurs, tous des médecins, convoquent des noms (Plutarque, Solon, Bias, Cléotule, Platon, Socrate, Montaigne, le poète Saadi, Goethe, Spinoza) qu’on s’attendrait à rencontrer plutôt dans une revue littéraire. Et d’ailleurs, l’écriture est très loin de l’aridité de l’ordonnance du praticien.

Morceau d’anthologie à propos de l’habitation: «l’homme ne se contente pas de respirer, manger et boire; il poursuit d’autres fins, intellectuelles et morales, que l’habitation favorise ou contrarie. On n’y songe guère quand on fait le choix d’une demeure, et cependant l’essor de nos qualités et l’éclosion timide du bonheur en dépendent (…) Une habitation est peu ou prou claustrale et le voisinage constant d’un prochain insociable pousse à la fermentation des miasmes passionnés et aux drames humains. Toute maison, considérée sur ce biais, est pleine d’adversaires et de complices, de gens qui s’adorent, de gens qui se détestent et d’autres qui, pour vivre ensemble, doivent se tromper mutuellement et sans cesse. Quand on ouvre les fenêtres, il s’en échappe de la frénésie, du désespoir, du mensonge, des remords, d’admirables rêves et de criminels projets».

À relire, cinquante ans plus tard, «Le Médical du XXème siècle», on réalise tenir entre les mains un manuel d’éducation civique sanitaire. Le huitième tome passe en revue l’hygiène de l’habitation, l’hygiène du corps ou encore l’hygiène sociale. Conçu dans la France de 1970, «Le Médical du XXème siècle» garde sa douloureuse actualité dans le Madagascar de 2020.

Des propriétaires osent louer des cagibis sans autre aération qu’un courant d’air et sans autre éclairage naturel que le jour dispensé par une lucarne minuscule. Dans l’Antananarivo de 2020, Capitale saturée par une décentralisation inachevée, de trop nombreux ménages vont encore puiser l’eau aux fontaines publiques tandis que les eaux usées et autres matières encore moins avouables, sont déversées dans les egoûts à ciel ouvert.

Les appareils ménagers, innovateurs pour l’époque, comme le réfrigérateur, le chauffe-eau ou encore la machine à laver le linge, demeurent des accessoires inconnus et inaccessibles, pour nombre de Malgaches de 2020. À l’époque de la rédaction, les auteurs notaient que «plus de la moitié des Français ne disposent pas encore de «salle d’eau»: 1970, 2020…

En 1970, la fosse septique était déjà moderne: «Il appartient aux municipalités de prendre toutes mesures pour supprimer et interdire les fosses fixes, et il est de l’intérêt de la santé de tous d’établir dans sa propre maison, quand il n’existe pas encore de tout-à-l’égoût, que soient créées des fosses septiques de cubage suffisant».

Dans une Chronique de novembre 2014, je raillais déjà notre «réalité de la dégueulasserie»: «Mais, dans quel monde vivons-nous que l’auguste assemblée générale des Nations Unies inscrive encore à son ordre du jour une problématique que l’on croyait définitivement résolue quand le choléra et les autres pandémies de la saleté et autres dégueulasseries avaient été vaincus. Une Humanité à deux vitesses: l’une mettant «Rosetta» en orbite et arrimant «Philae» à la comète «Churyumov-Gerasimenko» à 850 millions de kilomètres de la Terre; l’autre, engluée dans une «Journée Mondiale des Toilettes».

Le décalage, entre des recommandations d’il y a cinquante ans et notre réalité du tiers monde, explique bien de choses: la permanence d’épidémies comme la peste ou le choléra ou encore l’impossibilité logistique du confinement pour une population qui doit faire son marché de produits frais tous les jours. Faute d’équipements pourtant banalisés depuis 50 ans.

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