Un mois fatidique pour la souveraineté


Parmi les monuments importants du rova d’Antananarivo, Urbain-Faurec cite la nécropole royale, constituée par les deux tombeaux des Rois (Tombeau Radama Ier), et des Reines (Tombeau Rasoherina), de la Tranofito­- miandalana. Les premiers, comme le décrit l’urbaniste, sont « deux pagodons de bois, peinturlurés de rose et de vert et surélevés sur un large socle de maçonnerie ». L’un d’eux, « d’architecture fantaisiste, mi-hindoue mi-chinoise », protège l’entrée du caveau où sont ensevelis les rois Andrianampoinimerina (1794- 1810), Radama Ier (1810-1828) et Radama II (1861- 1863). Le deuxième, de style nettement local et rappelant les « cases primitives », abrite la tombe de Ranavalona Ire (1828-1861), Rasoherina (1863- 1868), Ranavalona II (1868-1883) et Ranavalona III (1888-1897). Le mois de mars 1897 a été funeste à ces monuments funéraires car, voulant réduire à néant la souveraineté malgache, le général Gallieni prend différentes mesures. Tout commence le 28 février quand, après avoir condamné et exécuté quelques chefs Menalamba, il rend un arrêté abolissant la royauté. Plus tôt, à 3 heures du matin, précise Régis Rajemisa-Raolison (Dictionnaire historique et géographique de Madagascar, il envoie en exil à La Réunion, la reine Ranavalona III qu’il vient de destituer. De là, elle rejoindra Alger où elle tournera le dos en 1917. Le 11 mars, le général Gallieni décide de détruire les Fito­miandalana érigés à l’est de Manjakamiadana, pour les réaménager au pied du Mausolée des Rois et des Reines. Les Fitomian­dalana sont formés de sept caveaux qui contiennent les restes funéraires ou Masina de sept des neuf rois qui se sont succédé sur le trône d’Antananarivo. La cérémonie débute à 6 heures du matin et ne se termine que dans la soirée. Ce sont les descendants d’Andrianjaka, les Zafindralambo, qui sont chargés du rituel. Et comme, en outre, le général Gallieni veut faire d’Ambohi­manga une résidence de weekend, il ordonne également la translation, le 15 mars de la même année, des restes funéraires d’Andrianampoinimerina, de Ranavalona Ire et de Ranavalona II des tombeaux d’Ambohimanga, la ville sainte, berceau de la dynastie, et ceux de Radama II cachés à Ilafy, à Anatirova. Les corps de Ranavalona III rejoint ceux des autres reines en 1938. Urbain-Faurec évoque aussi deux monuments construits sous Andrianampoinimerina. Entre autres, une autre case royale Besakana, encore visible à l’époque où il écrit. Après avoir lutté pendant sept ans, à partir d’Ambohimanga soit diplomatiquement soit par les armes- afin reconstituer un royaume merina unique, Andrianampoinimerina s’installe définitivement dans sa troisième capitale, Antananarivo. Il la fait construire sur le modèle de celui d’Ambohimanga. « Ou peut-être un autre puisque le royaume ignore à l’époque, l’usage de la scie, à moins qu’ils aient connu le procédé des planches éclatées. » Selon l’urbaniste, le procédé consiste à enfoncer des coins de fer dans certains troncs de bois tendre. « Les planches ainsi obtenues sont ensuite raclées ou poncées. » C’est Andrianampoinimerina lui-même qui baptise la maison Besakana, faisant allusion à un souhait qu’il émet publiquement : « Que nous soyons préservés de la dispersion de la terre du Royaume qui m’appartient ! ». Besakana, situé entre le Grand Palais et l’Église du Palais, a servi pour recueillir, entre leur mort et le moment de l’inhumation, les Masina des souverains décédés. Ce temple, installé dans la cour de Besakana, et qui se dresse comme un défi à la religion ancestrale, est une œuvre de l’architecte Pool C’est Ranavalona II, en faisant du protestantisme la religion d’État, qui fait ériger ce « coquet monument ». La première pierre est posée le 20 juillet 1869, mais l’inauguration ne sera fêtée que onze plus tard, le 8 avril 1889.
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