Chronique de Vanf

Football-alléluia

Le football est une religion laïque qui parvient (pas toujours) à transcender les clivages de race, de caste, de classe et de confession, beaucoup mieux que ne sauront jamais faire les autres religions. «Le dieu football» (par Philippe Villemus), «Thank God for football !» (Peter Lupson), «Dios y el Futbol» (Ignacio Dominguez), «Fussball Gott» (David Kadel) : comment les airs martiaux d’hier ont été canalisés en chants de supporters rivaux ; comment les nationalismes belliqueux d’antan ont été transformés en loyauté pour son équipe nationale ou le club de son quartier ; comment les régiments d’autrefois ont laissé place à des kops dont les couleurs de son onze arborées sur les joues constituent le seul camouflage, plus proche du déguisement de carnaval que des zébrures de commando.

Remontada (0-4, 6-1), Roma-tada (1-4, 3-0), Reds-montada (0-3, 4-0) : remonter un handicap de plusieurs buts et se qualifier au bout de la nuit. Les valeurs de persévérance, d’abnégation dans l’effort, de talents individuels au service du collectif, culminant dans une joie-exutoire, justifient que le football, porté par ses idoles galactiques, soit devenu le nouvel opium des peuples. Combien de milliards de (télé)supporters ne vivent que pour cette adrénaline extatique des mois de mai-juin. Après chaque défaite du match aller, on prie secrètement pour un miracle au match retour. Ici, contrairement à certaines promesses évangéliques, l’attente n’est pas indéfiniment vaine.

Comme d’autres religions, le football aussi réclame régulièrement son obole, prix du salut nerveux hors du stress quotidien : car, si la Ligue des Champions, compétition favorite des Real, Barça, Bayern, Juve et autre ManU, devient une extraordinaire usine à cash, elle reste avant tout une formidable machine à rêves. Les maillots floqués des noms de Maradona, Messi, Ronaldo, sont les ex-voto des prières exaucées, chaque samedi-dimanche de championnat.

Cette allégresse a un prix. À chaque trêve estivale, les pensionnaires réguliers du dernier carré de la Ligue des Champions se rendent en Chine, au Japon, aux États-Unis, en tournée marketing. 2013 vit l’invention de l’international champions cup, la nouvelle grand-messe commerciale du football, un «sport-tune» capitalistiquement éclaté entre la Chine, Singapour, l’Australie et les USA. L’édition 2017 fut clôturée par un alléchant Real-Barca : pour un premier «Classico» hors d’Espagne en 35 ans, la victoire de Barcelone (3-2, avec un but de Lionel Messi) semblait bien anecdotique, l’essentiel étant que les spectateurs de Miami, dont certains ont acheté leur billet 4500 dollars, aient vu jouer les dieux vivants du Panthéon actuel : Messi et Neymar (mais pas Ronaldo).

À la périphérie du «village planétaire», Madagascar ne représente pas (encore) un marché émergent que les clubs espagnols, anglais, italiens ou allemands, courtiseraient pour vendre des maillots iconiques, avec certificat d’authenticité et dédicace personnalisée. Nous ne sommes pas non plus de ces supporters qui suivent leur équipe de Camp Nou en San Siro ou autre Westfalenstadion et pourtant, devant notre temple cathodique, nous n’en communions pas moins avec ces socios qui portent la bonne parole chauvine aux quatre coins du monde, de la Chine à l’Amérique latine, en passant par l’Indonésie ou l’Inde. Tous les adeptes du ballon rond ont été convertis dans les cours de récréation des écoles du monde entier. Les garçons (et aussi certaines filles) s’y initient aux dribbles, passes et tacles, recevant en certificat de baptême les bleus au tibia et les égratignures au mollet.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter