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Bemiray – Monde – Le Mai 68 français et son contexte

Pour la première fois, le 21 mai 1968, le général de Gaulle adresse une allocution radiotélévisée à la nation française, depuis les évènements.

Cinquante et un ans déjà, comment le croire ? Mai 68 a passé le cap du demi-siècle et comme le chantait Bécaud, « c’est une chanson d’un autre âge » qui n’a pas totalement vieilli. Car Mai 68 est devenu un mythe et tout le monde le sait, les mythes ne meurent jamais. Tom Andriamanoro revient sur ce grand évènement.

Historiens, sociologues et analystes de tous bords s’accordent à penser qu’il s’agit du plus important mouvement social de l’histoire de France du XXe siècle, caractérisé par une révolte spontanée contre tout ce qui représente l’autorité, qu’elle soit culturelle, sociale, ou politique. Les cibles privilégiées sont le capitalisme et, sur le plan national, le pouvoir gaullien. Éclatent alors des manifestations estudiantines bientôt doublées de grèves sauvages dans le monde ouvrier, même si une méfiance réciproque empêche les deux pôles de se rapprocher.

Rendez-vous de toutes les passions, Mai 68 ne parvient pas à rester une contestation pacifique. Les échauffourées des mois de mai et juin provoquent la mort d’une dizaine de personnes. Les blessés se chiffrent par centaines, aussi bien du côté des manifestants que des forces de l’ordre. Une véritable rupture a lieu dans la société française, avec une remise en cause des institutions et des valeurs traditionnelles. Sur le plan économique, Mai 68 survient paradoxalement au terme d’une assez longue période de prospérité. La société de consommation est entrée dans les mœurs sans que l’on se rende réellement compte de toutes ses implications. Des symptômes de détérioration de cette situation économique apparaissent, le nombre de chômeurs dépasse les 500 000 et touche surtout les jeunes. Deux millions de travailleurs sont payés au Smig et se sentent exclus de la prospérité. Les bidonvilles font partie du paysage social, le plus célèbre étant celui de Nanterre, sous les yeux des étudiants.

Sur le plan politique, lors de la première élection présidentielle au suffrage universel de 1965, De Gaulle est mis en ballotage, ce qui est déjà un avertissement. Aux législatives de 1967, sa majorité se réduit à un siège, et les centristes comme Valéry Giscard d’Estaing commencent à nuancer leur soutien. L’extrême-droite, pour sa part, ne pardonne pas l’abandon de l’Algérie « française ». Les pratiques autoritaires de De Gaulle suscitent une opposition croissante. L’ORTF, par exemple, qui détient le monopole de l’audiovisuel, n’est plus qu’un relais de la propagande officielle. De plus, la politique extérieure de prestige chère au Général laisse les Français indifférents car ne répondant pas à leurs préoccupations matérielles. Dans les sphères de la gauche, le Parti communiste ne parvient pas à s’émanciper de la tutelle gérontocratique de Moscou. Il intéresse de moins en moins les jeunes qui préfèrent se tourner vers Cuba, l’Amérique latine, ou la Chine Populaire. Les nouvelles icônes s’appellent Che Guevara, Fidel Castro, Ho Chi Minh, ou les Gardes Rouges. On suit avec attention la lutte d’émancipation des Noirs aux États-Unis.

Sur le plan culturel, Mai 68 se ressent des effets de certaines grandes mutations comme l’accélération de l’exode rurale et de l’urbanisation, l’avènement de la culture des loisirs, du spectacle, et des media de masse. La décennie 60 est celle de l’affirmation de la jeunesse en tant que catégorie socioculturelle à part entière. Elle a sa presse (Actus, Hara-kiri…), ses émissions radio (Salut les copains…), ses chanteurs attitrés (Johnny Halliday, les Beatles, les Rolling Stones…). Elle a aussi son mal-vivre et ses revendications, telle la liberté sexuelle, que les adultes ne parviennent pas à comprendre.

Dans le domaine religieux, la France très catholique a suivi avec intérêt le Concile de Vatican II qui a profondément rénové, et parfois ébranlé, le catholicisme traditionnel et les mouvements d’action catholique. Les scouts modifient les rapports hiérarchiques dans leurs structures. Le mouvement des prêtres-ouvriers est de nouveau d’actualité. Beaucoup de milieux chrétiens parlent de revisiter les pratiques et les dogmes, et même de concilier la foi et la révolution.

Paternalisme autoritaire
Beaucoup est à faire, car les clivages sociaux sont encore extrêmement marqués. 92% des étudiants viennent encore de la bourgeoisie, et ce constat d’un « sekoly miangatra » sera repris quatre années plus tard par le Mai malgache de 1972. Le paternalisme autoritaire est omniprésent. À l’école, les filles ne sont pas encore autorisées à porter le pantalon, et dans les universités, il est hors de question que les garçons accèdent aux internats des filles. L’usage de la pilule est autorisé en 1967, mais le décalage avec les principes moraux en vigueur est énorme.

Le 22 mars, la salle du Conseil de l’Université de Nanterre est occupée. Le 2 mai, le mouvement déménage à la Sorbonne et au Quartier Latin, ce qui lui donne une nouvelle dimension de par la symbolique de ces lieux pétris du passé de Paris. La France vit, désormais, dans la frénésie de la prise de parole et des débats dans les lycées et universités, les entreprises, les théâtres et Maisons de la Culture, ou tout simplement dans la rue. On retiendra de Mai 68 une explosion parfois violente, mais le plus souvent ludique et festive, un grand moment d’illusion révolutionnaire et de foi en la possibilité d’une transformation radicale du monde, et de la vie. Plus d’un demi-siècle déjà …
Le temps va vite Voyage
Et Mai 68
C’est une chanson
D’un autre âge

Le président français Charles de Gaulle s’adresse au pays lors d’une allocution radio-télévisée à Paris le 24 mai 1968 pour la première fois depuis le début des événements de mai 1968. (Photo by AFP)

Rétro pêle-mêle

Il était une fois… Arivonimamo. Cet aérodrome a laissé, chez les Anciens, de précieux souvenirs. C’est là qu’avaient lieu les grands départs d’étudiants pour
« Andafy » avec, au fond de la valise, un peu de terre du tombeau familial, et dans la tête mille recommandations dont celle de ne pas épouser une vazaha. Tombé en
désuétude, il n’a pas pu tenir le rôle d’aéroport de dégagement qui aurait pu lui seoir. Et pourtant, on s’est dit à un certain moment, à tort ou à raison, que ses 45km d’une bonne RN1 ne sont pas nécessairement un handicap. Sa piste de 2 500 mètres a encore une importante marge d’extension, et il serait possible d’y aménager jusqu’à cinq hangars d’entretien de Boeing contre un à Ivato. Une autre lubie caressée par Arivonimamo était celle de devenir un aéroport tout cargo. Une option tombée également à l’eau, car prématurée et inadaptée au volume de fret avionnable de tout le pays, et ce dans les deux sens.

Le président sénégalais, poète et politicien est admis à l’Académie des Sciences morales et politiques de Paris, le 16 décembre 1969.

Littérature – La négritude

Malgré les apparences, il n’y a aucune consonance péjorative dans cette expression, d’ailleurs, inventée par les écrivains africains et antillais d’expression française eux-mêmes, pour désigner leur courant littéraire. Il s’agit, pour cette élite intellectuelle d’affirmer son identité tout en utilisant la langue du colonisateur. Pour un Léopold Sedar Senghor, cela va de soi, car « nous, politiques, nous, écrivains noirs, nous nous sentons aussi libres à l’intérieur du français que dans nos langues maternelles. Plus libres, en vérité, puisque la liberté se mesure à la puissance de l’outil, à la force de création ». Le Haïtien Léon Laleau, au contraire, crie à la trahison : « Sentez-vous cette souffrance et ce désespoir à nul autre égal, d’apprivoiser avec des mots de France ce cœur qui m’est venu du Sénégal ? » Son compatriote René Depestre est plus agressif : « De temps à autre, il est bon et juste de conduire à la rivière la langue française, et de lui frotter le corps avec des herbes parfumées qui poussent en amont de mes vertiges d’ancien nègre marron. »

La première génération d’intellectuels négro-africains à se rencontrer sur les bancs des universités françaises élabore, dès la fin des années 30, des revendications d’identité culturelle dans des revues comme l’Étudiant noir. Mais le vrai ouvrage fondateur du mouvement est l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française de Léopold Senghor, préfacé par Jean-Paul Sartre. La revue Présence africaine, fondée en 1947, en devient la tribune, relayée par la suite par une maison d’édition. Le principe de la négritude est omniprésent dans les premières productions de cette littérature noire. Comme le suggérait Jean-Paul Sartre, c’est la poésie qui cristallise le mieux l’énergie de la négritude, avec un éventail de genres allant des déploiements lyriques aux poèmes-tracts, en passant par de véritables cris versifiés. Tout est alors bon pour chanter l’altérité noire.

Aimé Césaire au premier Congrès des écrivains et artistes noirs en Sorbonne, en septembre 1956.

Du côté du roman, les auteurs n’hésitent pas à subvertir l’esprit du « roman colonial » pour peindre l’Afrique dans sa réalité profonde. Cette appropriation ne va pas sans des débats passionnés, certains reprochant une peinture jugée encore trop idyllique de cette Afrique des années coloniales. Le paradoxe de ce roman se voulant africain mais qui est davantage lu par un public européen que par les Africains eux-mêmes. En 1968, un roman de Yambo Ouologuem, Le devoir de violence , met à nu toutes les contradictions, dénonçant aussi bien l’africanisme européen que les excès d’une négritude se croyant triomphante. Après le roman des rêves de libération, vient le temps du roman posant presque jusqu’au désespoir le désenchantement face au despotisme tropical des nouveaux tenants du pouvoir. C’est désormais le roman de la souffrance de l’Afrique, victime aussi bien des calamités naturelles que de la corruption des pouvoirs postindépendance…
Les Antilles tiennent une place prépondérante dans la négritude. C’est d’ailleurs dans le recueil poétique Cahier d’un retour au pays natal du Martiniquais Aimé Césaire qu’apparait pour la première fois en 1939, ce terme de « négritude ». Deux ans auparavant, le Guyanais Léon Gontran Damas publie ses Pigments, une étape essentielle dans l’émergence du concept. Un nom majeur de la littérature antillaise de combat est celui du Martiniquais Franz Fanon qui a eu le don de saturer jusqu’à plus soif les étudiants malgaches du temps de la Révolution socialiste avec ses Essais militants, dont Les damnés de la terre , écrit en 1961.
À Madagascar, au plus fort de l’époque coloniale, le pays connaît une activité littéraire de langue française assez importante grâce à des revues comme « 18 Latitude Sud » animées par des expatriés, mais qui accueillent dès les années 20, quelques auteurs malgaches. C’est le cas de Rabearivelo dont l’ambition est de développer une littérature nationale dans ses deux langues d’expression, le français et le malgache. En français, par exemple, il invente une forme poétique empruntée au malgache, tout en images et en énigmes comme dans le hain-teny. Dix ans après son suicide en 1937, la poésie du nationaliste Jacques Rabemananjara trouve des accents de révolte en symbiose avec la situation du moment. Après l’indépendance retrouvée, la littérature malgache de langue française se raréfie. Il faudra la plume de Michèle Rakotoson pour la réveiller, et ouvrir la voie à une nouvelle génération d’écrivains.

Football – Les largesses de Gbagbo

Les routes des Barea et des Éléphants ivoiriens peuvent-elles se croiser à la CAN égyptienne ? Si oui, des souvenirs se bousculeront à la porte des mémoires. Celui d’un match gagné par trois buts à rien par les Ivoiriens à Mahamasina, par exemple C’était en 2007, et la différence de niveau et de comportement sur le terrain entre des professionnels et des amateurs, quel que soit le talent des uns et des autres, n’a jamais été aussi flagrante. Ce fut le cas quand Bolida s’est mis à dribbler Drogba sous un tonnerre d’applaudissements. Impavide, la star ivoirienne s’est contentée de le regarder, un pro ne faisant que l’essentiel de son travail et laissant le soin d’amuser la galerie aux autres.

Autre anecdote, certainement unique dans les annales. C’était l’année suivante à Bouaké, quand, après le match, le président Laurent Gbagbo s’est mis à distribuer 500 dollars par joueur à toute l’équipe malgache. Comment expliquer son geste ? A-t-il été séduit par le jeu des insulaires, même battus ? Cela ne justifie pas pareille générosité. Ou a-t-il senti chez les visiteurs des problèmes matériels qui ont touché sa corde sensible ? Nul ne le saura jamais. Mais c’est la suite de l’histoire, une fois de retour à Madagascar, qui a tourné au vinaigre. Le président de la République de l’époque, dont on connaît la susceptibilité, a vertement tancé les joueurs d’avoir manqué de fierté, suivi en cela par toute la hiérarchie du sport malgache. Mais aucun de ces grands pourfendeurs ne s’est posé cette question pourtant toute simple : Comment refuser un cadeau présidentiel au risque de l’offenser ?

Lettres sans frontières – Prêtre footballeur

Les moments que je passais avec mes amis d’enfance étaient autant d’occasion d’oublier les questionnements existentiels. Lorsque nous nous retrouvions, c’était pour faire la fête et partager la fièvre du football. Pour rien au monde, la voie dans laquelle je m’engageais ne m’aurait détourné définitivement de ce premier amour. Quand il le fallait, je m’échappais de l’école pour voir les matches. Irrésistiblement attiré par cette folie du ballon rond, par la fièvre des stades, je courais admirer les Navarro, Barnao, Rodrigez, Carrizo, Roma, Artime ou Rojas. Mes rêves de l’époque étaient peuplés de ces stars. La ville de Buenos Aires vibrait au rythme de son équipe nationale et surtout des clubs Independiente, Racing, Boca Junior et River Plate. Ceux-là mêmes qui affrontaient souvent l’Inter de Milan ou le Real de Madrid, à l’époque imbattable, pour la Coupe Intercontinentale.

« Pedro, il n’existe pas de supporters plus fous que les Argentins, tu pourrais te faire écrabouiller dans une émeute ! » me répétaient mes parents. Justement ! Cette folie contagieuse m’attirait. Elle prenait possession de tout mon corps. Pour moi, c’était comme aller à la guerre : je suais, gesticulais, m’époumonais comme un damné dans les gradins, peinant à couvrir la voix des adultes tous plus hystériques les uns que les autres […]

En rentrant encore tout excité chez les Pères, je me disais combien était fascinante cette capacité qu’a tout un peuple d’élire une idole, de mettre tous ses espoirs en elle et d’agir comme si son destin dépendait du geste d’une star élevée au rang de divinité. C’est ainsi qu’un jour m’est venue, depuis les gradins, une idée qui depuis ne m’a pas quitté : à travers le football, j’allais ramener les gens à Dieu. Comment ? Il me suffisait de devenir professionnel et, profitant de ma gloire, délivrer la parole du Christ. Même si, quarante ans après, il m’est difficile de vous dire plus en détail comment je m’y serais pris exactement, j’y crois encore.

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