Rasoherina tourne le dos en 1868, remplacée sur le trône par la seconde épouse de Radama II, la princesse Ramoma, sous le nom de Ranavalona II. Cette dernière règnera quinze ans et ratifie les accords de 1863, conclus par Rasoherina avec son peuple. Mais elle est chrétienne, protestante, et veut recevoir le baptême en février 1869. La même année, elle a la force de brûler les idoles royales et les amulettes, qu’elle remplace par la Bible à son avènement. « D’une santé fragile, docile, comme la précédente reine, elle laissa gouverner son époux, le Premier ministre Rainilaiarivony » (Histoire de Madagascar dédiée aux lycéens des classes Terminales, 1967). Celui-ci se débarrasse facilement de ses adversaires et peut ainsi « donner libre champ à son ambition ». Ce grand personnage hova domine, avec une énergie peu commune tous les obstacles qui le séparent du sommet, « malgré le mauvais signe de sa naissance ». Secrétaire de Ranavalona Ire pendant plusieurs années, il dirige des expéditions militaires, intrigue avec son frère Rainivoninahitriniony (Raharo), le porte au pouvoir, puis le remplace. Rainilaiarivony n’a que 36 ans en 1864, mais il possède une bonne fortune et une grande expérience des choses du gouvernement. Voici ce qu’en disent les auteurs du livre d’Histoire de Madagascar publié en 1967. « Douze années d’intrigues, de complots, la fréquentation des quelques Européens qui gravitaient autour de Ranavalona Ire, avaient cultivé son intelligence. Favorable aux Français, dont l’influence était grande à Tananarive pendant sa jeunesse, il n’avait jamais quitté la Grande ile. Il ne connaissait l’Europe qu’à travers les livres et les récits de ses contemporains. Marqué par cette jeunesse difficile, il ne perdit jamais son temps en divertissements inutiles. Toujours sur ses gardes, bien informé, il se croyait en mesure de faire seul la grandeur du royaume comme il avait bâti sa propre fortune. Il était convaincu de la nécessité de moderniser l’État et il s’y consacra opiniâtrement. C’était un homme à la fois très capable, autoritaire et ambitieux. » Le gouvernement de Rainilaiarivony, à partir de 1864, amène différentes réformes. L’organisation territoriale comporte l’Imerina, cœur du royaume où l’autorité du Premier ministre s’exerce sans opposition. Elle fournit l’essentiel des ressources de l’État. Aussi, le peuple supporte-t-il de lourdes charges auxquelles nul n’échappe. Tout autour de ce territoire, se trouvent les pays conquis, plus ou moins lointains, plus ou moins contrôlés, plus ou moins bien tenus par les troupes, et dénommés les Tanindrana. À Fianarantsoa, devenue une véritable ville, à Mahajanga, à Toamasina, l’autorité des gouverneurs qui cumulent les pouvoirs civils et militaires, est solide. Les gros villages sont tenus par des garnisons. La fidélité des chefs locaux permet aux gouverneurs et à leurs subordonnés de vivre en paix. Ainsi, les liens de vassalité sont plus ou moins étroits, en fonction des chefs. Les Hautes-terres, en particulier le Betsileo où la riziculture irriguée, les paysages sont semblables à ceux de l’Imerina, s’adaptent plus ou moins facilement à cette situation. Mais « l’occupation militaire ne s’accompagne pas d’un effort d’éducation, de tentatives d’uniformisation indispensables à l’unité ». Au contraire, « les pays occupés paient moins de contributions, échappent en partie aux corvées et aux servitudes ». Quant aux vastes plateformes du Sud, le Menabe, les Bara, les Antandroy, les Mahafaly, de nombreux Sakalava échappent totalement à l’autorité d’Antananarivo en 1864. L’hégémonie de l’État merina fait régner la paix dans les pays conquis, et se renforce avec le temps. Des commerçants, des paysans suivent les soldats et les postes militaires deviennent souvent de petites villes. Ainsi, Fianarantsoa se développe sur le Rova d’Ivoneana, Ambositra se relève. Le long des pistes, des terroirs, de nouveaux villages éclosent. Sur la côte, les colons créoles parviennent à s’installer dans des plantations modestes qu’ils louent à des Malgaches. « Ils ne peuvent en aucun cas devenir propriétaires de ces terres où ils cultivent le café, la vanille, la canne à sucre, le girofle. Le gouvernement seul peut concéder une grande plantation à un étranger et il perçoit des redevances sur les produits. « Il affirme sans cesse son droit de propriétaire, ce qui exaspère les traitants et les colons européens avides de profit. »
Rasoherina tourne le dos en 1868, remplacée sur le trône par la seconde épouse de Radama II, la princesse Ramoma, sous le nom de Ranavalona II. Cette dernière règnera quinze ans et ratifie les accords de 1863, conclus par Rasoherina avec son peuple. Mais elle est chrétienne, protestante, et veut recevoir le baptême en février 1869. La même année, elle a la force de brûler les idoles royales et les amulettes, qu’elle remplace par la Bible à son avènement. « D’une santé fragile, docile, comme la précédente reine, elle laissa gouverner son époux, le Premier ministre Rainilaiarivony » (Histoire de Madagascar dédiée aux lycéens des classes Terminales, 1967). Celui-ci se débarrasse facilement de ses adversaires et peut ainsi « donner libre champ à son ambition ». Ce grand personnage hova domine, avec une énergie peu commune tous les obstacles qui le séparent du sommet, « malgré le mauvais signe de sa naissance ». Secrétaire de Ranavalona Ire pendant plusieurs années, il dirige des expéditions militaires, intrigue avec son frère Rainivoninahitriniony (Raharo), le porte au pouvoir, puis le remplace. Rainilaiarivony n’a que 36 ans en 1864, mais il possède une bonne fortune et une grande expérience des choses du gouvernement. Voici ce qu’en disent les auteurs du livre d’Histoire de Madagascar publié en 1967. « Douze années d’intrigues, de complots, la fréquentation des quelques Européens qui gravitaient autour de Ranavalona Ire, avaient cultivé son intelligence. Favorable aux Français, dont l’influence était grande à Tananarive pendant sa jeunesse, il n’avait jamais quitté la Grande ile. Il ne connaissait l’Europe qu’à travers les livres et les récits de ses contemporains. Marqué par cette jeunesse difficile, il ne perdit jamais son temps en divertissements inutiles. Toujours sur ses gardes, bien informé, il se croyait en mesure de faire seul la grandeur du royaume comme il avait bâti sa propre fortune. Il était convaincu de la nécessité de moderniser l’État et il s’y consacra opiniâtrement. C’était un homme à la fois très capable, autoritaire et ambitieux. » Le gouvernement de Rainilaiarivony, à partir de 1864, amène différentes réformes. L’organisation territoriale comporte l’Imerina, cœur du royaume où l’autorité du Premier ministre s’exerce sans opposition. Elle fournit l’essentiel des ressources de l’État. Aussi, le peuple supporte-t-il de lourdes charges auxquelles nul n’échappe. Tout autour de ce territoire, se trouvent les pays conquis, plus ou moins lointains, plus ou moins contrôlés, plus ou moins bien tenus par les troupes, et dénommés les Tanindrana. À Fianarantsoa, devenue une véritable ville, à Mahajanga, à Toamasina, l’autorité des gouverneurs qui cumulent les pouvoirs civils et militaires, est solide. Les gros villages sont tenus par des garnisons. La fidélité des chefs locaux permet aux gouverneurs et à leurs subordonnés de vivre en paix. Ainsi, les liens de vassalité sont plus ou moins étroits, en fonction des chefs. Les Hautes-terres, en particulier le Betsileo où la riziculture irriguée, les paysages sont semblables à ceux de l’Imerina, s’adaptent plus ou moins facilement à cette situation. Mais « l’occupation militaire ne s’accompagne pas d’un effort d’éducation, de tentatives d’uniformisation indispensables à l’unité ». Au contraire, « les pays occupés paient moins de contributions, échappent en partie aux corvées et aux servitudes ». Quant aux vastes plateformes du Sud, le Menabe, les Bara, les Antandroy, les Mahafaly, de nombreux Sakalava échappent totalement à l’autorité d’Antananarivo en 1864. L’hégémonie de l’État merina fait régner la paix dans les pays conquis, et se renforce avec le temps. Des commerçants, des paysans suivent les soldats et les postes militaires deviennent souvent de petites villes. Ainsi, Fianarantsoa se développe sur le Rova d’Ivoneana, Ambositra se relève. Le long des pistes, des terroirs, de nouveaux villages éclosent. Sur la côte, les colons créoles parviennent à s’installer dans des plantations modestes qu’ils louent à des Malgaches. « Ils ne peuvent en aucun cas devenir propriétaires de ces terres où ils cultivent le café, la vanille, la canne à sucre, le girofle. Le gouvernement seul peut concéder une grande plantation à un étranger et il perçoit des redevances sur les produits. « Il affirme sans cesse son droit de propriétaire, ce qui exaspère les traitants et les colons européens avides de profit. »